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Feuilletez le numéro de janvier 2018 (cliquez sur la flèche à droite de l’image):

La très discrète Mariam Sankara raconte les derniers instants avec son époux, Thomas Sankara

La veuve de Thomas Sankara, Mariam Sankara, vit depuis 1990 à Montpellier dans le sud de la France. Depuis son exile, elle n’est retournée que deux fois au Burkina Faso, en 2007 et en 2015. Mariam est une femme d’une extrême discrétion qui a toujours évité la presse. Voilà maintenant trente ans qu’elle se bat sans relâche pour connaître la vérité et obtenir justice pour son mari. Reines & Héroïnes d’Afrique revient sur les moments qui précédèrent l’assassinat de son époux, le grand Thomas Isidore Sankara, père de la révolution burkinabé et emblème du panafricanisme et de la lutte contre l’impérialisme. 

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Mariam Sérémé Sankara est née le 26 mars 1953. Elle épouse le lieutenant Thomas Sankara le 21 juillet 1979 alors qu’elle est encore étudiante. Son époux devient capitaine et prend le pouvoir par un coup d’état militaire en août 1983 en devenant Président de ce qui est alors la République de Haute-Volta et qu’il rebaptise Burkina Faso, ce qui signifie « le pays des hommes intègres ».

mariam3Mariam Sankara se rappelle parfaitement bien des derniers instants passés auprès du héros de la révolution burkinabé. Bien que très discrète et fuyant la presse, elle s’est confiée de rares fois sur ses instants qui marquèrent un tournant décisif dans sa vie.

Le soir du mercredi 14 octobre, Mariam se trouvait à la présidence avec son époux. De retour à leur résidence, après le dîner,  ils visionnaient ensemble un documentaire sur Che Guevara à la télévision, puis un autre sur Lénine. Les enfants s’étaient endormis devant le poste et Mariam les avait conduits dans leur chambre, puis était allée se coucher à son tour.

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Le matin du 15 octobre 1987, jour de l’exécution de Thomas, Mariam Sankara quitte son lieu de travail vers midi afin de le retrouver à leur domicile pour le déjeuner. Mais Thomas est dans son bureau, en train d’y préparer un discours important et urgent, Mariam déjeune alors seule. Avant qu’elle ne s’accorde une courte sieste, Thomas fait appel à son épouse pour qu’elle l’aide à finaliser l’écriture de son texte. Lorsqu’elle va se coucher, son époux déjeune enfin et la rejoint au lit. Malgré les pressions qu’il pouvait endurer, Mariam se souvient que c’était un homme gai, agréable et convivial, et elle ne se doutait pas qu’il s’agissait là du dernier moment qu’ils partageaient ensemble. Elle se réveillera pour regagner le travail et quittera la chambre sur la pointe des pieds pour ne pas le réveiller… C’est la dernière image qu’elle verra de Thomas vivant!

A l’époque, Mariam est chargée d’étude dans le secteur des transports. Quelques temps après son retour au bureau, elle reçoit un appel de Thomas qui lui rappelle qu’ils recevaient un couple d’amis ce soir-là. Ce fut leur dernière conversation. Quelques heures plus tard, une amie l’appelle pour lui faire part de bruits de tirs qu’elle aurait entendu du côté du Conseil de l’Entente, siège du gouvernement, mais l’épouse du chef d’état ne s’en inquiète pas  et se dit que les coups de feu sont des choses qui peuvent arriver dans les camps militaires. C’était un jeudi, un jour ou l’on pratiquait au travail le « sport de masse », une activité que son époux avait préconisé pour tous les employés de la fonction publique. Et alors qu’elle est en pleine activité sportive vers 16h, Mariam voit son chef de protocole arriver en voiture, avec à son bord ses deux fils, Philippe et Auguste, âgés respectivement de 7 et 5 ans. Il lui demande de les suivre rapidement, car il aurait reçu l’ordre de les conduire chez des amis. Mariam comprend que quelque chose de grave se passe, elle est paniquée mais ne pose aucune question, incapable de prononcer un mot.

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Après un court moment passé chez leurs amis à Ouagadougou, Mariam et les petits sont ensuite emmenés à l’ambassade du Ghana qui se trouve juste à côté de leur domicile. Mais là encore, on estime qu’ils ne sont pas en sécurité, on les amène chez des amis à eux et on leur apprend qu’ils y passeront la nuit. Il y a apparemment des tensions dans le pays, Mariam espère que Thomas gère la situation et attend patiemment. Durant ces quelques heures, elle écoute RFI et comprend dans les divers récits des journalistes que son mari pouvait avoir été tué, mais elle pense avoir mal compris. Elle refuse d’ y croire et s’endort.

Le lendemain, Mariam et les enfants sont conduits dans la maison de sa belle-famille, à Paspanga. Tout le monde autour d’eux sait ce qui s’était passé la veille, mais on ne lui dit encore rien. C’est quand ils arrivent dans la maison familiale et qu’elle découvre que tous sont présents et en pleurs qu’elle réalise que Thomas a vraiment été tué! Elle s’écroule et éclate en sanglots, dévastée par une tristesse inconsolable.

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En plus du choc d’avoir appris la disparition violente de son époux, Mariam apprend que Blaise, l’ami intime de Thomas, serait directement lié à cet assassinat. Elle savait qu’il y avait des tensions avec celui qui succédera à la tête du pays et qui n’était plus un visiteur fréquent chez eux, mais jamais elle n’aurait cru que les choses iraient aussi loin entre eux. Elle se rappelle que Thomas était rassurant lorsqu’ils évoquaient ce fameux conflit avec son bras droit et meilleur ami. Il évitait d’aborder ce sujet avec elle car il ne voulait pas l’inquiéter:

Thomas disait que ça passerait. Il se disait que la chose fondamentale pour eux c’était la révolution. Que quel que soit le problème, ils le dépasseraient pour que la révolution continue. Des gens lui disaient, il va faire ceci, il va faire cela, mais il ne pensait pas que Blaise passerait à l’acte. C’est inimaginable de penser qu’on peut tuer un ami. Ce n’est pas facile de perdre un être cher d’une manière si brutale – et de surcroît par la trahison de proches. Je n’ai jamais revu Blaise Compaoré et il ne m’a jamais appelée. Il a disparu du jour au lendemain. 

mariam5Pour Mariam Sankara, il n’y a aucun doute, Blaise est bien l’un des commanditaires du complot. Plus de trente ans après, elle reste lucide sur la situation délicate que vivait son époux durant les derniers instants de sa gouvernance:

Certains intérêts étaient en jeu (…), au fur et à mesure, les personnes autour du pouvoir ont vu que ce n’était pas l’endroit pour s’enrichir (…) Thomas était au pouvoir pour le peuple, pas pour lui. C’était un homme intègre (…) Sur la dette, l’écologie, l’émancipation des femmes, il était en avance sur son temps, c’est ce qui fait sa popularité toujours vivace, notamment en Afrique et parmi la jeunesse.

Mariam se réfugiera à Libreville au Gabon durant trois ans, avant de s’exiler en France avec ses enfants. En 1997, elle dépose une plainte auprès de la justice burkinabé à propos de l’assassinat de son époux, mais ce n’est qu’en  juin 2012 que la Cour Suprême juge que l’instruction de l’affaire peut être poursuivie. La veuve du héros légendaire reste à jamais déterminée à combattre jusqu’au bout pour que justice soit rendue.

« On ne regrette pas d’avoir connu un homme comme lui » confiera Mariam Sankara, qui n’a jamais voulu refaire sa vie avec un autre…

 

Natou Pedro Sakombi

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Marthe Ekemeyong Moumie, une héroïne de conviction

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Le nom qu’elle reçoit de ses parents sonne comme une prémonition: « Ekemeyong » signifie « celle qui quittera son pays pour vivre là-bas, chez les autres », un euphémisme pour cette grande battante qui aura vécu quasi toute sa vie « chez les autres ». Voici l’histoire si peu connue de madame Felix Roland Moumie, Marthe Ekemeyong Moumie, une reine et une héroïne d’Afrique!

Marthe Ekemeyong est née le 4 septembre 1931 dans le village d’Ebom Essawo, dans la commune d’Efoulan, en pays Bulu (au sud du Cameroun). Elle grandit dans une famille modeste où le père qui tient à scolariser  toutes ses filles les inscrit à l’école élémentaire de la mission protestante du village. Marthe est une bonne élève qui termine son cursus avec brio et devient une jeune femme pleine de vie et ouverte au monde qui l’entoure.

Nous sommes en 1947 à Lolodorf, une commune du département Océan, au sud du Cameroun, où habite désormais la famille de Marthe. Elle n’a que 16 ans lorsqu’un jeune médecin fraîchement diplômé de l’école normale William Ponty de Dakar vient d’être muté à Lolodorf afin de travailler dans la clinique principale comme chirurgien. Il s’appelle Félix Roland Moumié, et bien qu’il soit très occupé dans l’exercice de son travail, à ses heures perdues, le jeune médecin consulte les articles de presse faisant vent d’un nouveau parti indépendantiste dont à la tête se trouve un certain Um Nyobè. Le jeune homme est fasciné par le caractère téméraire du militant nationaliste et ses idées font  écho dans sa tête. Il souhaite lui aussi intégrer ce nouveau parti, l’UPC, l’Union des Populations du Cameroun.

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Le jeune Félix n’hésite pas à propager les idées de l’UPC à Lolodorf, entraînant ainsi une vague de jeunes gens déterminés à en finir avec le colonialisme. Parmi eux, la jeune Marthe Ekemeyong, qui a dans le regard une détermination et un cran qui ne manque pas de percuter le jeune médecin. Il se créé entre eux une amitié vive autour des idées indépendantistes qu’ils partagent et un attachement réciproque les rendra rapidement inséparables. Félix ne tarde pas à demander la main de Marthe, et cette dernière, ivre de joie, annonce la nouvelle à ses parents. D’emblée, ses parents se braquent et la font descendre de petit son nuage: il est hors de question que leur fille épouse un Bamoun! Marthe ne comprend pas ce tribalisme dont sa famille fait preuve, et même son propre cousin, de qui elle est très proche, la met en garde contre les Bamouns: ils tueraient de sang froid et auraient des penchants cannibalistes! Mais malgré toutes ces choses horribles qui se disent contre les Bamoun, Marthe n’envisage pas d’épouser quelqu’un d’autre et considère le refus de ses parents comme un défi qu’elle se jure de relever. De son côté, Félix essuie lui-même un « non » catégorique de la part de son père: épouser une Bulu? Même en rêve, ce n’est pas envisageable! Mais les jeunes gens sont tellement déterminés à passer le restant de leur vie ensemble et s’imaginent déjà lutter côte à côte pour la libération de leur chère patrie, le Cameroun.

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De gauche à droite, au premier plan: Ossendé Affana, Abel Kingué, Ruben Um Nyobè, Félix-Roland Moumié, Ernest Ouandié

Félix intègre l’UPC, le même jour que Marthe, et voit son rêve se réaliser lorsque Um Nyobè lui-même, président de l’UPC, qui a entendu parler de son dévouement pour la cause anti-colonialiste, souhaite le rencontrer. Ce dernier le nomme immédiatement Vice-Président de l’UPC. Marthe fait preuve d’un zèle exceptionnel au sein du parti et se montre une aide efficace pour Félix. Trois années plus tard, leurs parents cèdent à leur volonté et Félix l’épouse le 22 juillet 1950.

Marthe n’a que 19 printemps lorsqu’elle est comptée parmi les trente premiers upécistes à intégrer l’Ecole des Cadres du parti. En son terme, elle gère déjà une myriade de femmes à travers le nouveau parti qu’elle crée au sein même de l’UPC, l’UDEFEC, l’Union Démocratiques des Femmes du Cameroun. Un autre parti voit le jour parmi les militants de l’UPC: le JDC, Jeunesse Démocratique du Cameroun.

Mais Félix et Marthe dérangent! Leurs activités anti-colonialistes en faveur d’un Cameroun uni et indépendant forcent les autorités coloniales françaises à muter le jeune médecin à plusieurs reprises. Et si Félix n’exerce jamais plus de six mois au même endroit, les nombreuses mutations lui permettent de drainer de plus en plus d’adeptes aux idées de l’UPC partout où ils passent.

martemoumie3Marthe et Félix, victimes de multiples tentatives d’assassinat et de diverses mesures de représailles ne sont cependant pas découragés. En 1951, le couple fait face à une terrible épreuve: leur première fille décède des suites de ce qui ressemblent à une crise palustre, alors que Marthe vient à peine de donner naissance à leur deuxième fille. Ebranlée, elle se remet difficilement de cette perte et partout où ils seront mutés, Marthe emportera la dépouille de sa fille, une démarche qui nécessitera plusieurs exhumations.

Le couple est finalement muté à Douala où Félix travaille en tant que chirurgien à l’hôpital Laquintinie. Pour le jeune médecin, c’est le lieu idéal, car  c’est là que se trouve le quartier général de l’UPC. Chaque soir après son travail, il rejoint les autres militants du parti et, ensemble, ils échangent jusqu’à des heures tardives, avant de rejoindre chacun leurs familles. Marthe est habituée à ce style de vie et termine la soirée en lisant à son époux les articles de presse qu’elle aura relevé durant la journée.

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L’UPC qui s’agrandit de plus en plus, commence à sérieusement inquiéter la France . Et en effet, le parti devient le plus important du Cameroun et compte plus de 400 sections. Le Haut-Commissaire français Laurent Pré est alors envoyé à Douala avec pour mission d’en terminer avec le parti de l’opposition en six mois! Ce dernier organise une conférence où il attaque l’UPC et encourage les Camerounais à se méfier de ses dirigeants. Le 25 mai 1955, Félix Moumié contre-attaque avec une conférence pour démentir les dires du Haut-Commissaire français. Les militaires français qui encerclent la zone où a lieu la conférence tirent sur les militants du parti, pourtant désarmés. S’en suivra une grande émeute qui finira dans un bain de sang. Le bilan à est catastrophique et fait état de milles mort dans la ville et de cinq milles morts dans le pays les jours qui suivront.  Exaspérées, les autorités coloniales françaises emprisonnent plusieurs membres de l’UPC et démarrent une grande chasse à l’homme, forçant le couple Moumié à s’exiler en dehors du Cameroun français, en pirogue, pour s’installer à Kumba, dans le Cameroun britannique. Mais là également, les colons anglais craignent que le jeune couple et d’autres militants de l’UPC provoquent un dangereux soulèvement anti-colonialiste et les forcent à s’exiler.

martemoumie6C’est d’abord l’Egypte de Nasser, président aux idées anti-impérialistes et membre du mouvement des non-alignés qui les accueillent. Mais lorsque le Ghana accède à son indépendance, Félix et Marthe obtiennent l’asile politique de leur ami, le nouveau président du Ghana, Kwame Nkrumah. En 1959, le jeune couple participera, au nom de l’UPC, à la grande conférence panafricaniste « All African People’s Conference » d’Accra où Marthe, seule femme à avoir pris la parole lors de la séance plénière, se fera remarquer par un discours brillant et percutant. L’emblématique couple Moumié, menacé de mort de toute part, finit par rejoindre la Guinée de Sékou Touré. Ils y poursuivent leurs activités liées à l’UPC, déterminés à libérer le Cameroun et l’Afrique du joug colonial. Marthe s’affère à lire tous les articles de presse qui font état des activités du parti et qui parlent de plus en plus de son époux comme d’une menace et d’un élément nuisible pour les colonialistes français. Tous les soirs, comme à son habitude depuis des années, elle en fait un compte rendu détaillé à Felix.

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Liliane F.

En 1960, Felix s’envole en mission secrète à Genève pour les besoins du parti. Et d’après une enquête menée après à son assassinat, il y rencontre une jeune brune genevoise, une certaine Liliane F. avec qui il mène un train de vie luxueux.  Il s’installe chez la jeune fille et  lui offre tout ce qu’elle désire. D’après les proches de Liliane, son attachement pour elle est démesuré. Il lui promet d’en faire sa compagne et va jusqu’à lui confier les secrets les plus confidentiels de sa mission.

Vers la mi-octobre, Marthe qui attend Félix dans leur résidence de Conakry ne reçoit plus de ses nouvelles depuis quelques jours déjà. Elle est inquiète, mais sait son époux vigilant et attend patiemment de ses nouvelles. Pourtant Félix est très mal en point: il est en train de mourir dans un hôpital de Genève. Liliane, la jeune femme suisse qu’il a rencontrée depuis quelques semaines à peine, est à son chevet, assistée d’une amie. Félix qui sent sa fin approcher, confie à Liliane la mission de se rendre à Paris afin de déposer un dossier classé top-secret à l’ambassade de Guinée Conakry. Dans ce dossier, une enveloppe contenant la somme de 300.000 francs suisses qu’elle doit également remettre à l’ambassadeur de Guinée. Mais le dossier ne sera remis que deux jours plus tard, et l’argent aura étrangement disparu.

C’est à travers la radio que Marthe est mise au courant de l’état de santé de Félix. Et la presse ne tarde pas à préciser que le militant nationaliste camerounais, Felix Moumié, est carrément dans un état comateux! Marthe tente de prendre le premier avion pour Genève, mais impossible de trouver un vol direct, elle fait un escale de plus de 48 heures à Dakar. Arrivée à Genève dans l’après-midi du 3 novembre 1960, elle rejoint immédiatement l’hôpital où se trouve son époux. C’est un Félix agonisant qu’elle y découvre! Les yeux fermés et inconscient, Marthe semble avoir en face d’elle un cadavre et ne peut malheureusement ni échanger un dernier regard ni une dernière parole. Félix s’éteindra le même soir de son arrivée. L’autopsie renseigne qu’il est mort des suites d’un empoisonnement au thallium!

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Révoltée, la jeune veuve de 29 ans accuse d’emblée les services secrets français d’avoir assassiné son époux. Le récit de la dernière soirée avant sa crise ne lui laisse aucun doute: le journaliste avec qui Félix aura dîné et partagé un verre était un agent de la France, envoyé pour l’empoisonner, avec comme appui une jeune et belle blonde qui l’accompagnait dans le but de distraire son époux. « Tout cela, dira la jeune veuve, avec la complicité du gouvernement camerounais! ». Elle porte plainte et demande le rapatriement du corps de Moumié à Conakry, ce qu’elle va heureusement obtenir. Quant à la mystérieuse Lilian F., considérée comme suspecte et recherchée par la police, elle tentera de se suicider mais la police la jugera innocente dans l’assassinat de Felix Moumié. On apprend plus tard que cette jeune femme sans histoire aura ouvert une maison de retraite de luxe.

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Ernest Ouandié, Marthe Moumié, et Abel Kingue à Genève, juste après la mort de Félix Moumié

Marthe n’a plus rien à perdre! Déterminée plus que jamais à en finir avec l’impérialisme et le colonialisme, elle n’hésite pas à frapper à toutes les portes pour dénoncer les méfaits d’un système qui a emporté son époux et plusieurs membres de l’UPC. La veuve obtient les faveurs de plusieurs chefs d’états dont Nasser, Nkrumah, Ben Bella, Sékou Touré, Ho-Chi-Minh et Mao Zedong.

Ces nombreux déplacements en faveur de la lutte anti-colonialiste la conduiront en Guinée Equatoriale. C’est là qu’elle rencontre le militant équato-guinéen Atanasio Ndongo Miyone. Ce dernier s’éprend d’un amour fou pour la veuve Moumié et l’épouse peu après leur rencontre. Marthe qui verra certainement en cette nouvelle union une revanche sur sa vie et sur la perte son premier époux soutiendra farouchement Atanasio dans sa lutte contre la colonie espagnole et dans ses activités de son parti, le Monalige.

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Atanasio Ndongo Miyone

Grâce aux liens qu’ils entretiennent avec Marthe, Atanasio obtient la faveur de nombreux leaders de l’Afrique francophone . En 1966, le couple regagne l’Algérie, où, en exil, ils poursuivent une lutte qui place Ndong dans le rang des leaders anti-impérialistes reconnus au niveau international. Il tente de mener un coup d’état en 1969 à Bata, en Guinée Equatoriale où il sera malheureusement exécuté! Marthe est immédiatement arrêtée et placée en détention dans une prison de Guinée Equatoriale. Elle y est sévèrement maltraitée et torturée. Expulsée au Cameroun, alors qu’elle avait demandé à retourner à Conakry, le gouvernement d’Ahmadou Ahidjo, qui garde clairement une dent contre la veuve Moumié, l’emprisonne dès son arrivée. Durant cinq années, Marthe va connaître les pires sévices et les pires tortures morales et physiques. Au fin fond des geôles camerounaises, elle apprend les nouvelles sur les arrestations et les exécutions des autres membres de l’UPC, dont le grand Ernest Ouandié qui avait été d’un si grand soutien pour elle à Genève après l’assassinat de son époux.

 

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Lorsque elle est libérée en 1974, c’est une Marthe traumatisée et brisée psychologiquement que ses proches retrouvent. Recueillie par son ex-belle famille, elle bénéficie d’un grand soutien et d’une grande affection du petit frère de Félix et de sa maisonnée. Elle préfère épargner le récit des sévices cruels qu’elle a connus durant les années d’emprisonnement en Guinée Equatoriale et au Cameroun et se ferme également à tout commentaire à la presse. C’est dans un repli et un mutisme total que vivra Marthe Ekemeyong durant plusieurs années.

En 1991, c’est un véritable coup de théâtre auquel assiste le Cameroun et la veuve de Félix Moumié. Agée alors de 60 ans et vivant désormais dans son village natal d’Ebom Essawo, elle apprend en même temps que la nation toute entière que son époux a été reconnu héros national par l’état camerounais. Marthe n’est pas du tout impressionnée par cette subite reconnaissance et scande:

« Je détiens les vrais secrets de ce pays! ».

La veuve se voit soudainement offrir une maigre retraite de 16.000 FCFA par mois et continue à mener une vie modeste, retirée dans sa petite maison. Lasse d’habiter seule, elle adopte une fillette qu’elle élève comme sa propre fille. Elle a l’heureuse chance de bénéficier du soutien financier de sa seule fille biologique Hélène, qui mène une vie familiale discrète en Espagne.

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Au début des années 2000, Marthe Ekemeyong Moumie décide de se relever et surtout de briser le silence! Elle décide de se mettre au travail, malgré son âge avancé pour démarrer un projet qui lui tient à coeur, le lancement de Fondation Felix Moumié. Aussi, elle se lance dans l’écriture d’un ouvrage au titre accusateur qu’elle publiera en 2006:

« Victime du colonialisme français, mon époux Felix Moumie », préfacé par le premier président algérien, Ahmed Ben bella.

Elle y raconte les circonstances de l’assassinat de son époux et  les tortures qu’elle a subi après la mort de dernier.

En 2005, Marthe accepte de participer dans le film-documentaire

« Mort à Genève – L’assassinat de Felix Moumié » de Frank Garbely.

On y retrace les derniers instant du militant camerounais jusqu’à son empoisonnement au Thallium.

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La nuit du 7 au 8 janvier 2009, Marthe va connaître le dernier événement tragique de sa vie. Dans la soirée, elle reçoit la visite d’un jeune voisin à son domicile d’Ebolowa. Il s’agit d’Eboutou Minla’a Franck, dix-huit ans, connu dans le village pour son insolence et ses multiples larcins. Ses parents qui habitaient le voisinage de la veuve Moumié avaient déjà déménagé et la vielle dame n’avait jamais le coeur à recevoir Franck à chaque fois qu’il se présentait chez elle. Lors de sa visite, le soir du 7 janvier, le jeune homme fouille le porte-feuille de Marthe à son insu. N’ayant trouvé que la modique somme de 1300 FCFA, il fait semblant de s’en aller mais reste caché dans la maison. Il sort de sa cachette en pleine nuit et réclame de l’argent à Marthe qu’il croit riche du fait, dira t-il lui même, que sa fille Hélène habite en Europe et qu’elle reçoit les royalties de son livre publié en 2006. Lorsque Marthe lui dit ne rien posséder de plus que les 1300 FCFA, il la brutalise, la viole et l’étrangle. La veuve Moumié s’éteindra cette même  nuit.

Le jeune homme qui décide de repartir avec quelques butins, dont le poste téléviseur de la vielle veuve, réveille la fille adoptive de Marthe et l’envoie à l’école manu militari à cinq heures du matin! À une voisine qui l’apercevra emportant le téléviseur, Franck dira avoir transporté Marthe à l’hôpital d’urgence durant la nuit et que cette dernière lui a demandé de lui apporter son téléviseur dans sa chambre d’hôpital.

Plus tard dans la journée, ne répondant pas à l’appel de l’une de ses proches, la porte de Marthe est enfoncée. On y retrouve un spectacle macabre et la police est  immédiatement alertée. Le jeune Franck qui avait été aperçu par la fille adoptive et la voisine de Marthe avouera son crime ainsi que le vol, mais hésitera longtemps avant de reconnaître l’acte de viol sur la vielle dame de 78 ans.

Marthe aurait-elle cru que la vie lui serait ôtée par un jeune homme de sa chère patrie? Elle qui portait tant d’espoir sur la jeunesse et qui avait déclaré à la publication de son ouvrage:

martemoumie2« Mon souhait est que cette histoire, qui est aussi l’histoire de l’Union des Populations du Cameroun et celle de la lutte anti-colonialiste dans plusieurs pays africains soit connue de la jeunesse africaine et européenne. »

Une chose demeure certaine, la veuve de Félix Moumie sera à tout jamais présente dans le panthéon des reines et héroïnes d’Afrique, aux côtés des oubliées des Indépendances et des révolutions africaines.

C’était un récit sur la vie de Marthe Ekemeyong Moumie, une reine et une héroïne d’Afrique…

 

Par Natou Pedro Sakombi

Ce que matriarcat n’est pas…de l’afroféminisme!

Un article signé Christelle Kedi pour RHA-Magazine

 

matriarcat-2Aujourd’hui en Occident, même parmi certains ‘penseurs’ dits panafricains, la méconnaissance du rôle des femmes afro-descendantes dans l’expansion civilisationnelle de l’Afrique et de sa diaspora est largement partagée. Véhicules de cette ignorance collective, certains ‘savants’ ont même tendance à renforcer les stéréotypes néo-coloniaux concernant ces femmes ‘racisées’. Ces diffamations: ‘black angry woman’, ‘mère seule’, ‘prostituée’, ‘(afro)féministe’ et ‘mante religieuse’ nourrissent désormais l’imaginaire des hommes blancs ou noirs et parfois justifient la trivialité chez certains d’entre eux, donneurs de leçons. Pour marquer son territoire, la femme afro-descendante se retrouve en situation permanente de conflit: interne à son groupe (les femmes noires), externe à celui-ci (les non-noirs) et finalement périphérique (les hommes noirs). Les autres femmes afro-descendantes ne lui pardonnent pas sa prise de conscience: cette dernière les renvoie à leurs lacunes à la fois intrapersonnelles et interpersonnelles. Les non-noirs tentent de la récupérer idéologiquement tandis que les hommes noirs adoptent une stratégie de condescendance néfaste pour tous: l’exogamie des mâles dominants en Europe et aux USA. En Afrique, en fonction du fond socio-culturel hérité des Anciens, la femme est encore susceptible de bénéficier parfois d’un sort plus clément si elle est mariée, divorcée, mère et/ou possédante (Koisse,2011) à l’instar de ses consoeurs Asiatiques ou Occidentales.

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La femme européenne et sa consoeur afrodescendante féministe sont en perpétuelle recherche d’identité socio-politique, de validation masculine et matérielle. […] Il a été démontré précédemment que le patriarcat tout comme le matriarcat, sont des systèmes sociétales. Ni l’un ni l’autre n’est un régime juridique. Il a été également analysé l’essence de ces deux systèmes: le premier est fondamentalement capitaliste tandis que le second est profondément collectiviste. La différenciation existant entre l’androcentrisme et le patriarcat a été interpellée grâce au lien qui les unit: c’est la société patriarcale hellénique qui a donné naissance à l’androcentrisme occidental contemporain. C’est également le matriarcat africain précolonial qui se serait transformé en matrifocalité aux Antilles. C’est au sein du patriarcat qu’est né le féminisme. Réponse à une oppression millénaire, ses fondements anthropologiques résultent de la misandrie et du rejet du patriarcat. Le féminisme n’a aucune attache philosophique avec le matriarcat.

Christelle KEDI  – Extrait de Blacktherapie  ‘Matriarcat’

Au sujet de l’auteure:

christelle-kediChristelle Kedi est une artiste de maquillage primée (GLE One London, Rising Star 2008 ainsi que Women4Africa, maquilleur de l’année 2012), une consultante de mode créative, auteure et conférencière. Son premier livreBeautifying the body in ancient Africa and today (2013, Books of Africa) est un voyage historique et identitaire à travers la vision africaine de la beauté et des secrets séculaires. Son deuxième livre Afropolitanism and Black blogosphere (2016, Books of Africa) est une sélection de 21 études de cas de blogueurs Afropolitan noirs dans la beauté, la mode et le mode de vie à travers 9 pays européens. Christelle Kedi est également la conceptrice des  formations Black Thérapies à Paris. 

F​éminisme, black feminism et afroféminisme

Un article signé Christelle Kedi pour RHA-Magazine

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Le féminisme serait la conséquence d’une combinaison de différents facteurs d’essence historique, sociologique, économique et philosophique. Autant la misandrie est devenu une réalité quelquefois associée à des pensées et actions extrémistes dans des pays comme le Canada ou encore les Etats-Unis, autant le patriarcat institutionnel de certaines cultures dominantes aujourd’hui, a justifié que le XXème siècle marque un tournant décisif dans la quête d’égalité entre hommes et femmes dans ces sociétés principalement issues du berceau nordique. Le féminisme est une réponse Indo-Aryenne à la culture du patriarche nomade que les anthropologues placent au début des civilisations de langues indo-européennes. Le féminisme est un combat qui s’évertue à recréer une certaine harmonie dans la société, il ne s’agit pas de justice. Un idéal d’égalitarisme, de respect, de conscience aussi. Le féminisme occidental en particulier, s’est notoirement penché sur les questions qui affectaient principalement la gestion du corps de la femme, la citoyenneté féminine et son rôle dans toutes les sphères publiques et privées.

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Le féminisme est indéniablement la gestion d’un conflit: le patriarcat. Un conflit se définit comme une perspective qui révèle les dysfonctionnements ou les inégalités sociales, politiques et/ou matérielles au sein d’un groupe donné. Le féminisme est un phénomène de société qui présente des éléments conflictuels puisqu’il puise son avènement au coeur des inégalités millénaires subies par les femmes Européennes. Selon Dana (1997), la négociation est un procédé qui consiste à développer des stratégies de résolution ou de prévention de conflits. L’afroféminisme francophone est une conséquence du Black Feminism qui fait partie de la troisième vague féministe: une gestion locale des conflits socio-raciaux et genrés. Lancé en 1992 par Rebecca Walker (filleule de la controversée et ex-agent CIA Gloria Steinem), le Black feminism de la troisième vague, applique l’intersectionnalité de la classe, de la race et du genre, académiquement introduite par Crenshaw en 1989. La notion d’intersectionnalité de trois facteurs d’oppression des femmes avait déjà été présentée par les féministes radicales (séparatisme, féminité et réforme sociétale) ou encore les féministes marxistes (féminité, capital et oppression sociale). L’ajout de l’élément racial avait été amorcé par Angela Davis (1981) mais d’un point de vue marxiste.

Christelle KEDI  – Extrait de Blacktherapie  ‘Matriarcat’

Au sujet de l’auteure:

christelle-kediChristelle Kedi est une artiste de maquillage primée (GLE One London, Rising Star 2008 ainsi que Women4Africa, maquilleur de l’année 2012), une consultante de mode créative, auteure et conférencière. Son premier livre Beautifying the body in ancient Africa and today (2013, Books of Africa) est un voyage historique et identitaire à travers la vision africaine de la beauté et des secrets séculaires. Son deuxième livre Afropolitanism and Black blogosphere (2016, Books of Africa) est une sélection de 21 études de cas de blogueurs Afropolitan noirs dans la beauté, la mode et le mode de vie à travers 9 pays européens. Christelle Kedi est également la conceptrice des  formations Black Thérapies à Paris. 

Roukaiyatou ALI HAMANI ou l’appel à la jeunesse africaine au Panafricanisme

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« Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause »  

Ce sont là les paroles de Roukaiyatou ALI HAMANI, plus connue sous le nom de Rouki Sarkiss, jeune femme extraordinaire d’origine nigérienne dont RHA-Magazine a choisi de vous présenter le portrait.

Leader et activiste, elle se dit « Nigérienne de père et de mère mais Africaine de sang et Africaniste par idéologie ». A 25 ans à peine, Rouki Sarkiss possède un parcours des plus étonnants: ancienne Députée Junior, 1ere vice présidente du parlement des jeunes du Niger (PJN), membre du parlement francophones des jeunes (PFJ) et observatrice, membre du réseau des jeunes filles leaders de l’espace CEDEAO (ROAJELF), membre fondatrice de l’association des anciens députés juniors du Niger (AAPJN), membre de l’association des résidents Nigériens en France (ANRF), membre de l’union des leaders Africains, responsable genre adjointe du bureau exécutif national du Afrinytype/Niger et Vice présidente de l’Association d’aide aux enfants en situation difficile et de l’espoir pour l’humanité ( AVESIDEH). Diplômée en Droit Public International puis en Sciences Politiques, dans la branche du droit de Coopération et Solidarité internationale, à l’Université d’Evry Val d’Essonne à Paris, Rouki fait partie de cette génération africaine au regard plein d’optimisme et décidée à participer activement à la renaissance de son continent.

A travers ses nombreuses prises de position, elle peut être considérée comme une activiste engagée, luttant corps et âme pour une citoyenneté active et responsable. A ce jour, elle reste un modèle et une fierté pour la jeunesse nigérienne, mais également un espoir pour l’Afrique puisque la jeune femme croit fermement aux valeurs du panafricanisme.  Si la jeunesse nigérienne, patriote et républicaine, fut restée trop longtemps silencieuse, elle aura trouvé en Rouki une voix nouvelle dans le débat public, une voix qui lui soit propre et qui puisse constituer une véritable force de réflexion critique et de proposition constructive. Roukaiyatou veut convaincre et veut redonner un espoir nouveau à cette même jeunesse sous sa plume et son engagement personnel. Et cela, elle l’exprimera à la perfection dans un discours qu’elle tiendra en novembre 2016 à Tunis, au Congrès sur le Leadership Panafricain, organisé par l’Union des Leaders Panafricains, dont elle sera l’une des panélistes, aux côtés de l’orateur principal, l’activiste, écrivain et chroniqueur géopolitique Kemi Seba.

rouki2En voici un extrait:

 » Je veux, par cette occasion, m’adresser à tous mes frères et sœurs d’Afrique qui sont si différents les uns des autres, qui n’ont pas la même langue, qui n’ont pas la même religion, qui n’ont pas les mêmes coutumes, qui n’ont pas la même culture, qui n’ont pas non plus la même histoire et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme des Africains. Là réside le premier mystère de l’Afrique. Croyez-le que c’est cela le trésor d’espoir et d’estime de l’Afrique pendant que le bradage, la négligence, le somnambulisme et l’assoupissement aient pris un temps fou pour retarder l’intelligentsia et les jeunes que nous sommes de vivre l’avenir si lointain que nous et certains de nos ancêtres ont voulu pour ce si beau continent. Par ce thème voyez-y l’expression d’une jeunesse motivée, voyez-y une Afrique renaissante, un leadership à point nommé et un développement prenant la forme d’une durabilité certaine qui s’installe de lui-même.

Jeunes d’Afrique, ma voix n’est pas seulement celle qui convie à l’éveil et au service des discours continus, mais que ma voix, si affectueuse soit-elle, vous invite à nous aimer les unes les autres et les uns les autres, une des conditions sine qua none pour faire bloc contre une belligérance livrée à nous et à notre continent, néanmoins qui retient en elle les germes de la néo colonisation et de la nouvelle forme de servitude par un ENNEMI qui ne nous a jamais aimé. Par vous ici, j’oserais croire que le passé était un pont pour nous ouvrir les yeux et que nous apprenons à apprécier le destin que nous enchanterions pour nous et pour notre Afrique.

Un thème aussi riche que significatif, il me plait donc de vous ramener à certaines réalités d’Afrique pour comprendre par où allons-nous commencer non seulement pour sa renaissance mais surtout pour son redressement socioéconomique et la culture d’un leadership modèle qui doit être le nôtre.

Ainsi, dès lors que vous regarderiez bien en face la réalité de l’Afrique et que vous la prendriez à bras le corps, alors commencera la Renaissance africaine. Car le problème de l’Afrique, c’est qu’elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause. Et ce mythe empêche de regarder en face la réalité de l’Afrique.

La réalité de l’Afrique, c’est une démographie trop forte pour une croissance économique trop faible.

La réalité de l’Afrique, c’est encore trop de famine, trop de misère.

La réalité de l’Afrique, c’est la rareté qui suscite la violence.

La réalité de l’Afrique, c’est le développement qui ne va pas assez vite, c’est l’agriculture qui ne produit pas assez, c’est le manque de routes, c’est le manque d’écoles, c’est le manque d’hôpitaux.

La réalité de l’Afrique, c’est un grand gaspillage d’énergie, de courage, de talents, d’intelligence parce que nous sommes intelligents chers amis.

La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes. La Renaissance dont l’Afrique a besoin, vous seuls, Jeunes d’Afrique, vous pouvez l’accomplir parce que vous seuls en aurez la force. Cette Renaissance, je suis venue vous la proposer. Je suis venue vous la proposer pour que nous l’accomplissions ensemble parce que de la Renaissance de l’Afrique dépend pour une large part de la volonté de la vieille école et de l’autre de la jeunesse sur qui repose son avenir.

Nous avons des valeurs mystiques incroyables c’est l’Afrique et nous en sommes fiers, nous avons des trésors tels que le sens de l’amitié sincère, l’esprit de famille, les cultures extraordinaires qui font que malgré tout nous nous en servons pour faire revenir la paix lorsqu’une frange de terre tremble de colère par les armes. Valorisons-les, acceptons-nous et aimons nous, c’est enfin par ici que la jeunesse trouvera ses lettres d’espoir et que le leadership s’écrira en lettres d’or et le développement s’installera à l’échelle dans les tentacules de l’Afrique tout entière.

Toutefois, j’ai aimé vous ramener à cette belle manière de transmettre de mon père qui disait : ’’ cen’est pas sans appréhension que les adolescents envisagent leur entrée dans un monde qui n’est plus celui de l’enfance, de l’école, de la communauté familiale, un monde qui paraît fermé et inaccessible. Cependant, la jeunesse, c’est la période du passage entre l’enfance et l’âge adulte. Cette période a un caractère transitoire. Avant, la classe privilégiée vivait sa jeunesse, ce qui facilitait la transition. Aujourd’hui, cette phase dure peu, car les Jeunes souhaitent devenir vite adultes. Ils sont… « L’homme qui se fait ». La jeunesse est un aspect de la réalité sociale et politique d’un pays, d’une période de la vie de celui-ci. Les jeunes aujourd’hui que nous sommes vivons dans des conditions que les générations précédentes n’ont pas connues. Les relations avec les adultes, avec la société, revêtent des formes nouvelles. L’accélération de l’histoire a entraîné une évolution telle que les adultes ont du mal à suivre le rythme, alors que les jeunes s’adaptent plus rapidement aux situations nouvelles.

L’emploi des jeunes c’est la concrétisation de leur insertion sociale.Il y a une nécessité de la prise de conscience collective du problème. La grande entreprise à laquelle nous devons tous nous consacrer répond à une attente, celle des jeunes qui sont impatients d’entrer dans la cour des grands, de participer avec les adultes à la construction de la société moderne, une société fondée sur l’enracinement dans les cultures de nos pères et les acquisitions nouvelles apportées par le brassage des civilisations.

Cette attente des jeunes est aussi celle des parents, des hommes politiques et de l’administration, des cadres des mouvements de jeunesse et des associations, lesquels sont animés de l’immense désir d’aider les Jeunes. Ce grand rendez-vous est un symbole dématérialisé qui a pour tâche de satisfaire les besoins et aspirations des jeunes dans toute leur diversité afin d’asseoir au pluriel un avenir commun de l’Afrique et de ses fils.

Cette initiative chers amis, oui, a une conception dynamique et fonctionnelle qui s’oppose à la conception intellectuelle traditionnelle. Elle part du terrain de l’homme pour arriver, par la participation active aux actes liés, donc communautaires, pour arriver par l’humanisme à l’universel.

Pour finir, et si l’Afrique refusait le développement ? A vrai dire, autant cette question d’Axelle KABOU m’a fait réfléchir à outrance, autant elle m’est apparue, en dernière analyse, d’une radicalité et d’une sévérité quelque peu exagérées. Sans rien enlever à la pertinence et à l’originalité d’approche de l’ouvrage de cette éminente sociologue camerounaise, j’ose toutefois lui reprocher son apparent manque de confiance en une jeunesse africaine qui, parce qu’héritière d’idéologies et de mentalités fixistes, résignées, fatalistes et passéistes, serait dans l’incapacité de faire mouvoir le continent vers un développement durable. Alors disons oui, nous sommes là pour relever le défi et pour promouvoir la volonté et le leadership africain;  c’est aussi cela l’AFRIQUE.

J’ai aucun doute que le meilleur est à venir.

Vive la jeunesse !

Vive le retour aux valeurs positives !

Vive le développement !

Et Vive le renouveau de l’Afrique !

Je vous remercie.

Melle Roukaiyatou ALI HAMANI »

A la lumière d’un tel discours, que RHA-Magazine a tenu à saluer, on peut clairement affirmer que par sa lutte en faveur du panafricanisme, Rouki demeure  la figure tutélaire de la jeunesse nigérienne et certainement l’une des clés de voûte de la renaissance africaine au féminin.

 

Sources: Extrait du discours tenu lors du Congrès des Leaders Panafricains à Tunis, le 5 novembre 2016)

Ndlr: Portrait de Rouki selon les éléments apportés par messieurs Abass Nassirou et Mohammed Elhadji Attaher

Auteur de l’article: Natou Pedro Sakombi, rédactrice en Chef

Les Reines de l’Empire Kuba: le mystère des masques de la Reine-Mère Ngokady

kuba4Les Bakuba (« ba » étant la marque du pluriel) sont une ethnie du centre de la République Démocratique du Congo, entre le Kasaï-Occidental et le Sankourou. Organisés en royaume depuis le XVIIe siècle, les Bakuba formaient une société centralisée et très hiérarchisée qui avait développé un art de cour, principalement celui du statuaire. Le Royaume Kuba regroupait près de 20 peuples bantous regroupés en différents états dont les populations étaient les Luba, les Leele, les Pende, les Dengese et les Wongo. L’histoire nous révèle que la femme occupait une place privilégiée, voire singulière, chez les Bakuba. L’une d’elle, une reine, viendra révolutionner la société kuba en introduisant le fameux mystère de deux masques en bois ornés de perles et de cauris, appelés « ngadyi a mwashi » et « moshambuyi ». Son nom, Ngokady! Qui était-elle?

Si dans l’Empire Bakuba le roi est un être sacré et entouré d’un rituel complexe, la reine mère et la soeur du roi  jouent un rôle encore plus important car la succession est matrilinéaire, à  l’instar de tant de sociétés africaines anciennes. Le matriarcat de la société traditionnelle  Kongo, dont fait partie l’Empire Bakuba,  trouverait son origine dans son mythe fondateur  : l’ancêtre original  des Bakongo, la Nkâka ya kisina, serait une femme répondant au nom de Nzinga. Elle était la fille du roi Nkuwu mais aussi l’épouse de Nimi. Ainsi,  Nimi’a Lukeni Lwa Nzinga fut  le premier Mwene Kongo attesté dans les annales traditionnelles.

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Mythe fondateur de l’Empire Kuba et origine de son système matrilinéaire

kuba1Sous le règne de Wootfondateur du Royaume Kuba, fils du ciel et de la terre qui se réincarnerait dans le corps de ses souverains successeurs, la femme se voit concéder une place prépondérante. Woot lui attribue la technique de production du feu par friction, ce qui en fait d’elle la dignitaire. Mais c’est au 12ème siècle que le système matrilinéaire va véritablement naître au sein des Kuba, grâce au souverain Woot Makup. Ce dernier récompense sa fille et fait de ses petits enfants ses héritiers et successeurs, déshéritant de ce fait ses propres enfants mâles. Ainsi, il fait de la femme le pilier du royaume naissant et instaure un système de succession matrilinéaire, au détriment du système patriarcal. Dès lors, il n’est pas rares de rencontrer des reines-mères ou des reines-régentes au sein du Royaume Kuba. L’une d’entre elles, la reine-mère Ngokady, célèbre pour avoir appris aux Kuba à cultiver le pili-pili (piment), participera activement à l’émergence culturelle et surtout artistique du Royaume, alors qu’elle exerce la régence de son fils. Ngokady sera à l’origine de la création d’un masque représentant les femmes, mais destiné à être porté par les hommes.

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Le masque qui représente la sœur du héros fondateur de l’Empire Kuba, le roi Woot est nommé « Ngadyi a mwashi ». Mais pour accompagner ce masque féminin, Ngokady commandite la fabrication d’un masque représentant les hommes. Elle le nomme « Moshambwuyi ». Les masques sont ornés de cauris, de raphias et de nombreux motifs triangulaires sombres et claires. Ceux du front font référence à « la maison du roi». Durant le rituel qui accompagnent le port des masques Ngadyi a’mwaashi et Moshambwuyi , les danseurs reconstituent les épisodes mythiques de la cosmogonie Kuba, y compris l’acte sexuel qui perpétua de la dynastie Kuba. Par ce rituel, la souveraine soulignera la complémentarité homme-femme, nécessaire à la bonne marche du royaume. Toutefois, l’incapacité de la femme à exercer des fonctions officielles durant certaines périodes va se démontrer de manière fortuite à travers un incident plus que gênant: la reine-mère Ngokady aurait subitement eut ses menstrues en pleine réunion du Conseil! D’aucuns, certainement parmi l’assistance masculine, se serviront de l’incident pour déclarer la femme inapte à exercer durant ses menstrues ou durant ses derniers mois de grossesse, période lui rappelant qu’elle ne doit jamais chercher à se faire homme.

kuba2Vers 1630, le roi Shyaam a Mboul a Ngoong succède au trône kuba et offre à l’empire sa forme la plus achevée. Enfant d’une esclave du Bas-Kongo, arraché à sa mère biologique et adopté par une princesse Kuba, Shyaam a Mboul a Ngoong rapportera du Bas-Kongo la culture du maïs, du manioc, des haricots et du tabac, mais aussi le tissage, la broderie, de nouveaux styles de forge et de sculpture sur bois, ce qui viendra renforcer les efforts de promotion de l’art que soutenait Ngokady. C’est sous son règne que l’art du statuaire kuba sera magnifié. Mais ce qu’il faut surtoit retenir du règne de Shyaam a Mboul a Ngoong, c’est la mise en place concrète de l’organisation matrilinéaire dont les fondements furent lancés par Woo Makup. Le rôle de la femme devient primordiale et il est clairement défini dans les lois de succession. Mais le monarque ira plus loin dans son innovation en instaurant le système du « harem royal ». Ainsi, aux femmes célibataires de la cour seront présentés les jeunes gens de l’empire, tout droit sortis de leur initiation, et les soeurs du rois pourront en épouser plusieurs. C’est de cette manière que la polyandrie kuba sera introduite à la cour,  accordant aux femmes un certain privilège sur leurs maris , lesquels ne pouvaient se prévaloir d’aucun droit sur leurs épouses. Il n’était pas rare de voir les sœurs du roi user de leur pouvoir sur leurs fils, successeurs présomptifs, même si un inceste réel ou présumé permettait parfois au fils élu, le Nyimi (roi), de s’affranchir de la tutelle maternelle.

Natou Pedro Sakombi

 

Sources: 

  • Women and political power, Mary Nooter Roberts (University of California) (africa.uima.uiowa.edu)
  • La femme dans la société congolaise : de l’ascension à la perte de son pouvoir,  Anne-Marie Akwety  – Unikin

  • « Notes Ethnographiques sur des Populations Habitant les Bassins du Kasaï et Kwango Oriental », E.Torday & T.A.Joyce (Annales du Musée du Congo Belge)
  • ammafricaworld.com: Histoire du Royaume Kuba
  • The Children of Woot: A History of the Kuba Peoples,  Jan Vansina (University of Wisconsin Press)

L’impitoyable Reine Ririkumutima : la Mwamikazi (reine) qui usurpa le titre de Mugabekazi (reine-mère)

Ririkumutima
Ririkumutima

 

Aucune femme n’aura autant marqué l’histoire du Burundi que l’ingénieuse Ririkumutima. Moins estimée que la dernière reine du Royaume du Burundi, la grâcieuse Baramparaye, il y a lieu de reconnaître que Ririkumutima a réellement bouleversé le cours de l’histoire! Elle comptait parmi les nombreuses épouses du roi Mwezi Gisabo, qui vécut de 1850 environ à 1908, date de sa mort, et dont le règne plongea le royaume dans de fréquentes famines, épidémies et guerres. Ririkumutima était son épouse préférée, celle à qui il attribua le surnom de « Bizima  bitazimiza Mwezi » , littéralement « celle qui ne fait pas dévier Mwezi« . Mais comme nous le verrons plus loin dans ce récit, ce titre s’inscrit dans un paradoxe flagrant !

 

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Le Mwezi Gisabo

Ririkumutima donnera cinq enfants à Mwezi Gisabo: Karabona, Bishinga, Nduwumwe, Bangura et Nganguzi, ce qui ne fera qu’attiser la flamme qui brûlait dans le coeur du roi pour sa favorite. Cependant, la place privilégiée dont elle bénéficiait entraînera la reine dans une spirale de manigances sordides, car habituée à jouir de ses faveurs  et à ne jamais perdre. Ainsi, malgré les nombreux  rejetons que les autres épouses de Mwezi lui avaient donné , Ririkumutima souhaitait secrètement que l’un de ses fils devienne le « mwami » (le roi) à la mort de son époux. En conséquence, elle joua ses meilleures cartes afin de convaincre son bien-aimé de faire une exception et de laisser l’un de ses fils régner juste après lui, mais ce dernier préférera suivre la tradition. Néanmoins, convaincue de l’amour inconditionnel de Mwezi, Ririkumutima continuait à croire qu’il finirait par céder à l’approche de sa mort. Mais grande fut sa déception lorsqu’aux sentiments, le Mwezi, qui était connu pour être un homme intègre, préféra la tradition.

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Mbijike Mutaga

Mbikije, enfant du roi né d’une relation extraconjugale et que Ririkumutima avait  élevé était âgé de quinze ans lorsqu’il avait été désigné pour succéder à son père en 1908. Né avant les  enfants de Ririkumutima, la succession de Mbijike était somme toute normale. Ainsi, dès la disparition de son père, l’enfant porta le nom dynastique de Mutaga, ce qui attisa l’extrême jalousie de sa belle-mère. Et celle que tout le royaume prenait pour sa mère biologique allait bientôt devenir sa pire ennemie.

Selon la tradition, la régence devait être assurée par la mère de Mutaga, Ntibanyiha, qui avait eu le coeur arraché des années plus tôt  lorsque Mwezi lui avait retiré son fils à très bas âge pour la confier à Ririkumutima. Cette dernière avait exigé cet acte horrible, car le roi avait eu l’enfant hors mariage. Ne souhaitant pas que le roi maintienne sa relation avec la mère de l’enfant, elle aurait préféré l’éduquer elle-même. La future intronisation de son fils avait donc réjouit le coeur Ntibanyiha  qui y voyait non seulement l’espoir de renforcer les liens avec son cher rejeton mais une occasion de se venger de Ririkumutima, son ennemie jurée.

Hélas, se sentant trahie au plus haut point, Ririkumutima vit le ressentiment qui germait en elle se transformer en une jalousie macabre et incontrôlable. La veuve pensa que son fils devait coûte que coûte prendre la place de Mutaga, et s’il fallait éliminer qui que ce soit physiquement, elle n’aurait pas hésité.

Le plan d’action de Ririkumutima avait été savamment élaboré. La première étape consistait à éliminer Ntibanyiha, mère de Mutaga. En conséquence, avant même qu’elle n’assure sa régence, Ririkumutima réussit à faire assassiner Ntibanyiha et fit croire à tout le royaume que si le roi lui avait confié Mutaga, c’est parce qu’elle était sa mère biologique. Elle passa donc du titre de mwamikazi (reine) à celui de mugabekazi (reine-mère) et exerça  la régence sous Mutaga. Cependant, il lui fallait passer à la deuxième phase de son plan en temps opportun, et un événement viendra finalement lui faciliter la tâche.

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le Prince Nduwumwe, fils de Ririkumutima et de Mwezi Gisabo

Bangura et Nduwumwe, fils de Ririkumutima, entrèrent dans une altercation violente avec leur demi-frère Mutaga suite à un conflit passionnel. Bangura surprit Mutaga en train de faire la cour effréné à sa promise, Ngezahayo, et entra dans une colère sombre et incontrolable. Nduwemne, l’autre fils de la reine régente, s’en mêla pour défendre son frère utérin. Lorsque la belle courtisée finit par choisir Mutaga, le conflit prit des proportions si grandes, qu’avec la bénédiction de leur mère, les deux frères tuèrent secrètement Mutaga après que ce dernier eut épousé Ngezahayo et eut un fils avec elle.

Mwambutsa Bangiricenge, fils héritier de Mutaga, devait logiquement lui succéder et sa mère, la princesse Ngezahayo, objet du conflit fratricide, devait assurer sa régence. Mais bien évidemment, Ririkumutima ne l’entendait pas de cette oreille, elle décida de faire assassiner la princesse par un brigand. Ririkumutima avait à nouveau usurpé le pouvoir de reine-mère.

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Inabiyengero, fille de Ririkulutima et de Mwezi Gisabo

Durant sa régence qui en réalité ressemblait plus à un règne, Ririkumutima s’employa à étendre l’influence de ses fils et de son lignage, les Banyakarama. Et le comble de son insolence et de sa méchanceté se manifestera lorsqu’elle partagera les terres des Bavubikiro (exterminés parce que tenus injustement pour responsables de la mort de Mutaga) entre son fils Nduwumwe, ses parents et son gendre, le munyakrama Rutuna, mari de sa fille Inabayengero. En réalité, sa haine pour les Bavubikiro avait une origine sombre et scandaleuse. Pour couronner son règne macabre, Ririkumutima aurait entretenu une longue liaison avec l’un des sages de la cour de Mwezi Gisabo, ce qui était un secret de Polichinelle chez l’un des membres du clan Bavubikiro. Craignant que ce dernier ait ébruité l’affaire, elle décida d’exterminer tout le clan en usant du prétexte qu’il complota pour éliminer Mutaga.

Ririkumutima, reine et héroïne d’Afrique?

Une chose est certaine, on attribuerait plus facilement ce titre à Baramparaye, dernière reine du Burundi, qui incarnait à la perfection le Burundi d’avant l’ « Occupant », en l’occurrence un pays libre et fier, qui fut durant des siècles, maître de son destin. Elle incarne la tradition, le passé, mais elle est aussi une source d’inspiration pour les nouvelles générations.

Son histoire, à suivre sur Reines & Héroïnes d’Afrique.

Les Amazones de Kadhafi: le guide libyen s’était inspiré des Mino du Dahomey

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Qui étaient les Amazones de la garde rapprochée de Kadhafi?

Les « nonnes révolutionnaires », voilà comment le guide libyen aimait appeler sa garde rapprochée. Elles se déplaçaient au nombre de 40 pour veiller sur le Président et devaient être coquettes jusqu’au bout des ongles. Pour Kadhafi qui aimait provoquer, il s’agissait certainement de marquer par un symbole fort cet Islam progressiste qu’il prônait. Et pour rire au nez de ceux qui le qualifiaient d’hommes à femmes, l’Amazone libyenne devait refléter l’image de la femme musulmane libre. Or, l’on sait qu’à l’instar des Mino, les Amazones du Dahomey qui protégeaient le Roi Behanzin, tout le sacré de leur force reposait dans leur vœu de chasteté. 

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Le Colonel libyen ne badinait pas avec sa sécurité, et pour se protéger, il avait décidé de s’entourer d’une quarantaine de femmes soldates lors de ses déplacements. Sélectionnées avec soin, en uniforme kaki sanglé d’or, parfois accompagné de talons hauts pour la touche glamour, le visage maquillée, les ongles vernis et un parfum envoûtant, il fallait avoir une présentation irréprochable pour accompagner le président. Il aimait les femmes combattantes, mais charmantes également.

khada3Tout comme les Mino qui suivaient des années d’entraînement intensif, elles devaient être recrutées vierges à la sortie de l’Académie Militaire fondée par le Président libyen lui-même. Elles intégraient alors un programme d’entrainement commando comprenant le maniement d’armes à feu et les arts martiaux. Certaines apprenaient aussi à piloter des jets MiG et toutes étaient évidemment formées pour tuer et était prête à se faire tuer. Ce fut le cas d’Aïsha, morte criblée de balles lors d’un attentat contre le colonel en 1998, après s’être jetée au-devant de lui pour le protéger.

Les Amazones de Kadhafi étaient de vrais soldats d’élite au féminin qui avaient fait leur preuve sur le terrain et qui étaient souvent à l’œuvre dans les combats à Tripoli. En 2003, à l’occasion du 15ème sommet de la Ligue Arabe, les Amazones se font remarquer en défendant très énergiquement leur leader en proie à une altercation avec les Saoudiens. La même année, le dirigeant libyen leur dédie les festivités marquant le 34ème anniversaire du coup d’État.

khada4En 2010, à Rome cette fois, elles forment un véritable bouclier humain alors que près de mille Italiennes huent le colonel parce qu’il ne permet pas aux femmes de conduire sans la permission de leur mari. Fatia, qui était élève de l’Académie Militaire du guide libyen et qui rêvait d’intégrer la garde rapprochée de Kadhafi avait déclaré au magazine belge Express en 2010: « Il nous a donné la vie. Je suis prête à mourir pour lui. Il est un père, un frère et un ami à qui l’on peut se confier. Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point il est humble. » Difficile à imaginer pour tous ceux qui ont catalogué le Colonel Kadhafi de dictateur, allant jusqu’à l’accuser de viol sur ses Amazones, reniant le caractère sacré qu’il attribuait à leur virginité. Et une question reste à poser : que sont devenues ces femmes combattantes alors que le Président Kadhafi a perdu la vie ? Après Khadafi, peut-on parler d’une progression ou d’une régression pour la femme Libyenne?

Dans le monde Musulman, les idées de Mouammar Kadhafi étaient perçues comme progressistes, même en ce qui concerne la question féminine. Dans son ouvrage « Le livre vert », il défend une vision essentialiste de la femme. On peut dire que son interprétation personnelle de l’Islam était aux antipodes de la vision traditionnelle et l’avait motivé à fonder son académie militaire pour femmes en 1979. Dès lors, la femme jouait pour lui un rôle prépondérant et il ne se déplaçait jamais sans son escorte de jeunes femmes soldates.

khada1D’après les témoignages, Kadhafi accordait plus de confiance à la gente féminine qu’aux hommes. La légende dit que le colonel exigeait que toutes ses guerrières soient belles, vierges, surentraînées et qu’elles présentent un certificat de bonne moralité. Issu de la culture Berbère où la femme est l’égale de l’homme, il n’hésitait pas à critiquer certaines pratiques de l‘Islam telle que le port du voile ou la polygamie. Les femmes en conséquence ont pu se créer une place bien assise dans tous les secteurs de la société libyenne sous le règne de Kadhafi. Elles étaient pour la plupart inscrites à l’université, éduquées, elles pouvaient donc occuper des postes à responsabilité en tant qu’officiers, juges ou encore avocates. Elles avaient d’ailleurs fait entendre leurs voix durant toute la période de la révolution où un groupe d’avocates avait manifesté contre le régime à Tripoli et dans la région de Benghazi.

La menace d’un Islam extrémiste radical au pouvoir en Libye a toujours été ce spectre mainte fois dénoncé par Kadhafi et ses supporters. Cette éventualité n’avait jamais ébranlé la communauté internationale, à l’instar du président Sarkozy qui, après avoir soutenu la dictature libyenne de Kadhafi, réaffirme son soutien au nouveau régime de transition (CNT) d’ Abdel Jalil, qui remettra en place la charia. Dès lors, l’inquiétude pèse quant au dessein de la femme libyenne qui perd davantage ses acquis dans la société et la reconnaissance dont elle bénéficiait durant l’époque de Kadhafi. Le 23 Octobre le conseil de transition annonçait la libération de la Libye au détriment de la libération de la femme. Au programme de ce nouveau gouvernement, un bond de 40 ans en arrière pour les libyennes qui sont désormais tenues à l’écart de toutes décisions. Parmi les grandes lignes de la constitution établie sur les « Lois Coraniques », le divorce est interdit et la polygamie restaurée.

Kadhafi, qui avait exercé son pouvoir sur la Libye durant quatre décennies, était percç par certains comme un dictateur prétentieux, misogyne et insupportable. Cependant, le régime actuel, aux intentions évidentes de répression de la liberté de la femme, n’est certainement pas meilleur. Il n’en ait rien de moins concernant les complices impérialistes de cette guerre en Libye qui, en voulant exporter leur démocratie, ont engendré une régression aux femmes qui constituent quasi la moitié de la population libyenne.

Natou Pedro Sakombi