Abla Poukou ou le cri de coeur d’une mère: « Baouli! L’enfant est mort… »

Au 17ème siècle, le roi Osseï Tutu fondera  la Confédération Ashanti (Ghana). Etant donné que chez les Ashanti c’est la loi matrilinéaire qui prime, à sa mort, c’est son neveu qui lui succédera.  Toutefois, lorsque le neveu finit à son tour par trouver la mort, une guerre éclatera à Koumassi, capitale du Royaume, et opposera principalement un vieil oncle de la famille royale nommé Itsa, et Dakon, le second frère de celle qui nous intéresse ici, à savoir la future Reine Abla Pokou (née au début du XVIIIe siècle).

Dakon finit lui-même  par trouver la mort dans cette guerre fratricide. Et très vite, Abla Pokou comprend que sa vie et celle de ses fidèles serviteurs et soldats sont en jeu. Elle décide de s’enfuir avec eux. Conduit par leur reine, le peuple marchera pendant de nombreux jours et de nombreuses nuits, fuyant sans arrêt  ceux qui s’étaient lancés à leur poursuite pour les abattre. Complètement épuisés, ils arrivent devant le fleuve appelé Comoé, situé à la frontière entre le Ghana et la Côte d’Ivoire. Mais le fleuve est quasi infranchissable, et les ennemis quant à eux s’approchent de plus belle. Mais après avoir franchi autant d’obstacles, après autant de jours et de nuits de lutte, il était hors de question d’en rester là.

La Reine Abla Pokou tourne les yeux vers sa suite et, confrontée aux regards perdus et désespérés de ceux qui l’avaient suivi et lui avaient fait confiance jusque là, sa principale responsabilité est de trouver une solution rapide pour les maintenir en vie. C’est finalement vers son devin, qui fait parti de sa suite, qu’elle lance un dernier regard en disant: « Dis-nous ce que demande le génie de ce fleuve pour nous laisser passer ! » Le vieil homme totalement abattu lui répond : « Reine, le fleuve est irrité, et il ne s’apaisera que lorsque nous lui aurons donné en offrande ce que nous avons de plus cher. » A la réponse du vieux devin, les femmes de la suite proposeront leurs bijoux en or et en ivoire et les hommes leur bétail. Mais le devin secoue tristement la tête et dit:  « Ce que nous avons de plus cher, ce sont nos fils ! »

Aux dernières paroles du devin, Abla Pokou ne voit aucune autre solution que proposer elle-même, en tant que Reine, un sacrifice au génie du fleuve. Ces hommes et ces femmes tellement fidèles et dévoués ne méritaient nullement d’offrir de si lourds sacrifices. La reine se présente donc elle-même devant l’immensité du fleuve, défait le pagne qui retient son fils à son dos et prend l’enfant dans ses bras. Elle le couvre de bijoux et enfin dit:

« Kouakou, mon unique enfant, pardonne-moi, mais j’ai compris qu’il faut que je te sacrifie pour la survie de notre tribu. Plus qu’une femme ou une mère, une reine est avant tout une reine ! « 

La foule surprise de ce qu’aucune larme ne tombe des yeux de cette femme au courage exceptionnelle, éclate en sanglots, sans doute persuadée que ces cris du coeur feront changer d’avis cette mère qui s’apprêtait à livrer son fils unique au fleuve. Mais elle, toujours aussi déterminée, lève l’enfant au dessus d’elle, le regarde une dernière fois les yeux pleins d’affection et de révolte. Elle se détourne et continue à s’avancer vers les eaux du fleuve majestueux et aux vagues impressionnantes.  Elle y précipite l’enfant!

Le sacrifice ainsi fait, Abla Pokou et sa tribu observent avec étonnement la rapidité avec laquelle les eaux troublées du Comoé se calment. La tribu  traverse le fleuve dans le calme que l’étendu d’eau leur offre en échange d’un incroyable sacrifice.

On raconte qu’à  la fin de la traversée, la Reine aurait fini par pousser un cri en sanglotant:  « BA OULI »!

C’est de ce cri que viendrait le nom de la tribu sauvée: « Ba ouli », qui signifie « L’enfant est mort », et qui donnera le nom « Baoulé ». Il faut tout de même noter que les avis des généalogistes de la tribu baoulé divergent quant à cette traversée du fleuve. Certains racontent qu’un arbre fromager se serait penché et aurait permis à la Reine et à sa suite de traverser, d’autres parlent d’énormes hippopotames rangés dos à dos pour leur offrir le passage. Mais l’épisode du sacrifice reste identique.

Une fois arrivée sur ce que nous connaissons aujourd’hui comme une région de la Côte d’Ivoire, la tribu décide d’organiser des funérailles pour l’enfant sacrifié. Et en souvenir de l’enfant, le lieu sera appelé Sakassou, ce qui veut dire « le lieu des funérailles. » La Reine Abla Pokou régnera des années et des années sur cette contrée et sa renommée sera si fièrement répandue. Elle mourra vers 1760.

La similitude de cette merveilleuse et émouvante histoire nous fera certainement penser à d’autres grands récits historiques connus, tel que la traversée de la Mer Rouge par le peuple d’Israël ou le Jugement de Salomon. Que cela ne nous égare en aucun cas en nous poussant à croire au caractère légendaire du récit de la Reine Abla Pokou et de la tribu baoulé. Abla Pokou a bel et bien existé, et ce récit, qui représente une partie non négligeable du patrimoine historique ivoirien et de notre terre mère bien aimée, l’Afrique, est bel et bien vraie.

Respect et hommage à cette grande dame qui offrit ce qu’elle avait de plus précieux pour sauver toute une tribu. C’est elle qui ramènera le peuple du Ghana vers la Côte d’Ivoire, sa terre d’exile, afin de lui épargner la vie. Retenons donc le nom de la Grande Reine Abla Pokou, fondatrice de tribu des Baoulés de la Côte d’Ivoire.

Natou Pedro Sakombi

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