Les Amazones de Kadhafi: le guide libyen s’était inspiré des Mino du Dahomey

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Qui étaient les Amazones de la garde rapprochée de Kadhafi?

Les « nonnes révolutionnaires », voilà comment le guide libyen aimait appeler sa garde rapprochée. Elles se déplaçaient au nombre de 40 pour veiller sur le Président et devaient être coquettes jusqu’au bout des ongles. Pour Kadhafi qui aimait provoquer, il s’agissait certainement de marquer par un symbole fort cet Islam progressiste qu’il prônait. Et pour rire au nez de ceux qui le qualifiaient d’hommes à femmes, l’Amazone libyenne devait refléter l’image de la femme musulmane libre. Or, l’on sait qu’à l’instar des Mino, les Amazones du Dahomey qui protégeaient le Roi Behanzin, tout le sacré de leur force reposait dans leur vœu de chasteté. 

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Le Colonel libyen ne badinait pas avec sa sécurité, et pour se protéger, il avait décidé de s’entourer d’une quarantaine de femmes soldates lors de ses déplacements. Sélectionnées avec soin, en uniforme kaki sanglé d’or, parfois accompagné de talons hauts pour la touche glamour, le visage maquillée, les ongles vernis et un parfum envoûtant, il fallait avoir une présentation irréprochable pour accompagner le président. Il aimait les femmes combattantes, mais charmantes également.

khada3Tout comme les Mino qui suivaient des années d’entraînement intensif, elles devaient être recrutées vierges à la sortie de l’Académie Militaire fondée par le Président libyen lui-même. Elles intégraient alors un programme d’entrainement commando comprenant le maniement d’armes à feu et les arts martiaux. Certaines apprenaient aussi à piloter des jets MiG et toutes étaient évidemment formées pour tuer et était prête à se faire tuer. Ce fut le cas d’Aïsha, morte criblée de balles lors d’un attentat contre le colonel en 1998, après s’être jetée au-devant de lui pour le protéger.

Les Amazones de Kadhafi étaient de vrais soldats d’élite au féminin qui avaient fait leur preuve sur le terrain et qui étaient souvent à l’œuvre dans les combats à Tripoli. En 2003, à l’occasion du 15ème sommet de la Ligue Arabe, les Amazones se font remarquer en défendant très énergiquement leur leader en proie à une altercation avec les Saoudiens. La même année, le dirigeant libyen leur dédie les festivités marquant le 34ème anniversaire du coup d’État.

khada4En 2010, à Rome cette fois, elles forment un véritable bouclier humain alors que près de mille Italiennes huent le colonel parce qu’il ne permet pas aux femmes de conduire sans la permission de leur mari. Fatia, qui était élève de l’Académie Militaire du guide libyen et qui rêvait d’intégrer la garde rapprochée de Kadhafi avait déclaré au magazine belge Express en 2010: « Il nous a donné la vie. Je suis prête à mourir pour lui. Il est un père, un frère et un ami à qui l’on peut se confier. Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point il est humble. » Difficile à imaginer pour tous ceux qui ont catalogué le Colonel Kadhafi de dictateur, allant jusqu’à l’accuser de viol sur ses Amazones, reniant le caractère sacré qu’il attribuait à leur virginité. Et une question reste à poser : que sont devenues ces femmes combattantes alors que le Président Kadhafi a perdu la vie ? Après Khadafi, peut-on parler d’une progression ou d’une régression pour la femme Libyenne?

Dans le monde Musulman, les idées de Mouammar Kadhafi étaient perçues comme progressistes, même en ce qui concerne la question féminine. Dans son ouvrage « Le livre vert », il défend une vision essentialiste de la femme. On peut dire que son interprétation personnelle de l’Islam était aux antipodes de la vision traditionnelle et l’avait motivé à fonder son académie militaire pour femmes en 1979. Dès lors, la femme jouait pour lui un rôle prépondérant et il ne se déplaçait jamais sans son escorte de jeunes femmes soldates.

khada1D’après les témoignages, Kadhafi accordait plus de confiance à la gente féminine qu’aux hommes. La légende dit que le colonel exigeait que toutes ses guerrières soient belles, vierges, surentraînées et qu’elles présentent un certificat de bonne moralité. Issu de la culture Berbère où la femme est l’égale de l’homme, il n’hésitait pas à critiquer certaines pratiques de l‘Islam telle que le port du voile ou la polygamie. Les femmes en conséquence ont pu se créer une place bien assise dans tous les secteurs de la société libyenne sous le règne de Kadhafi. Elles étaient pour la plupart inscrites à l’université, éduquées, elles pouvaient donc occuper des postes à responsabilité en tant qu’officiers, juges ou encore avocates. Elles avaient d’ailleurs fait entendre leurs voix durant toute la période de la révolution où un groupe d’avocates avait manifesté contre le régime à Tripoli et dans la région de Benghazi.

La menace d’un Islam extrémiste radical au pouvoir en Libye a toujours été ce spectre mainte fois dénoncé par Kadhafi et ses supporters. Cette éventualité n’avait jamais ébranlé la communauté internationale, à l’instar du président Sarkozy qui, après avoir soutenu la dictature libyenne de Kadhafi, réaffirme son soutien au nouveau régime de transition (CNT) d’ Abdel Jalil, qui remettra en place la charia. Dès lors, l’inquiétude pèse quant au dessein de la femme libyenne qui perd davantage ses acquis dans la société et la reconnaissance dont elle bénéficiait durant l’époque de Kadhafi. Le 23 Octobre le conseil de transition annonçait la libération de la Libye au détriment de la libération de la femme. Au programme de ce nouveau gouvernement, un bond de 40 ans en arrière pour les libyennes qui sont désormais tenues à l’écart de toutes décisions. Parmi les grandes lignes de la constitution établie sur les « Lois Coraniques », le divorce est interdit et la polygamie restaurée.

Kadhafi, qui avait exercé son pouvoir sur la Libye durant quatre décennies, était percç par certains comme un dictateur prétentieux, misogyne et insupportable. Cependant, le régime actuel, aux intentions évidentes de répression de la liberté de la femme, n’est certainement pas meilleur. Il n’en ait rien de moins concernant les complices impérialistes de cette guerre en Libye qui, en voulant exporter leur démocratie, ont engendré une régression aux femmes qui constituent quasi la moitié de la population libyenne.

Natou Pedro Sakombi

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