Kathleen Cleaver, la femme panthère…

kat 5Vers la fin des années soixante, une afro-américaine un tantinet « grande bouche » fait son apparition dans le milieu du militantisme noir des grandes villes des Etats-Unis. On la reconnait à son énorme afro châtain et à sa silhouette élancée enfouie au milieu d’un groupement d’hommes, tous vêtus de noirs. Méfiez-vous de ce joli visage qui innocemment charme tous ceux qui s’en approchent; cette femme n’est pas une femme comme les autres, cette femme est  ce qu’on appelle « une panthère noire ». Son nom, Kathleen Neal Cleaver, et voici son histoire…

Kathleen Neal voit le jour le 13 mai 1945 à Dallas, dans le Texas. Fille d’intellectuels, elle est  issue d’un milieu assez aisé. Le père, Ernest Neal est professeur de sociologie et sa mère Juette Neal, est détentrice d’un master en Mathématique. Quelques temps après la naissance de Kathleen, son père accepte le poste de directeur à la Rural Life Council of Tuskegee Institute, un collège pour étudiants noirs en Alabama, ce qui le conduira six ans plus tard vers un poste dans les Affaires Étrangères. La famille Neal effectuera donc plusieurs déplacements à l’étranger, en Inde, au Liberia, en Sierra Leone et aux Philippines. Toutefois, les parents de Kathleen préfèreront envoyer leur fille poursuivre ses études secondaires à la George School à Philadelphie. En 1963, elle termine avec distinction et entre à Oberlin College, et ensuite au Barnard College.

katMais en 1966, Kathleen s’intéresse de très près aux problèmes des droits civiques. Le racisme et l’injustice à l’égard des Noirs qui règnent encore aux Etats-Unis à son époque devient inadmissible à ses yeux. Elle veut se consacrer à temps plein à la lutte pour les droits de son peuple et n’hésite pas à abandonner ses études pour la cause. C’est ainsi qu’elle quittera le collège pour un job de secrétaire à la SNCC (Student Nonviolent Coordinating Committee, littéralement « comité de coordination non violent des étudiants ») à New-York, l’un des principaux organismes du mouvement afro-américain des droits civiques des années 60. Lorsque Kathleen est chargée d’organiser la conférence de la Fisk University à Nashville (au Tennessee), elle ne sait pas encore que sa vie va prendre un tournant décisif.  En effet, c’est à cette conférence qu’elle rencontre le ministre de l’information du Black Panther Party, Eldridge Cleaver, qui deviendra par la suite son époux.

kat 4Kathleen et Eldridge Cleaver

Juste après la conférence de Nashville, Kathleen s’installe à San Francisco pour tenter d’adhérer au Black Panther Party qui jusque là n’est composé que d’hommes. Elle se rapproche de plus en plus d’Eldridge qui non seulement voit en elle un bon élément pour le parti mais tombe éperdument amoureux de Kathleen. Elle l’épouse le 27 décembre 1967 et devient Secrétaire chargée de la Communication et le premier membre de sexe féminin à intégrer le Black Panther Party. Son role est d’écrire des articles pour le parti mais aussi de donner des discours en sa faveur à travers le monde. Grâce à son éloquence et à charisme, on lui confie la tâche de défendre les Black Panthers devant les médias, ce qu’elle fait avec beaucoup de force et d’efficacité.

Kathleen se démarque aussi par le rôle primordial qu’elle joue dans la prise de conscience de l’identité des femmes afro-américaines. Elle devient un modèle et prend son rôle très aux sérieux. Alors que les éléments masculins du Black Panther Party prônent haut et fort le slogan « Black Power« , c’est Kathleen Cleaver qui contribuera à donner son véritable sens au concept de « Black is beautiful« .

Lorsqu’en 1967, Huey Newton, l’un des membres du Black Panther Party  et l’un des fondateurs du mouvement se fait incarcérer, Kathleen organise de main de fer un campagne extraordinaire en faveur de sa libération. Kathleen est toujours au premiers rangs des manifestations et assiste activement tout membre du parti se retrouve en prison.

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Son mari et elle deviennent des éléments clés dans le parti et intègrent le parti californien de gauche Peace and Freedom, dont les revendications socialistes défendent des idées sur le droit de la femme ou la fin de la guerre du Viet Nam. Cependant, leur implication dans le Black Panther Party leur coûte une surveillance permanente et rapprochée de COINTELPRO, une branche du FBI contre les Black Panthers et les communistes dans tous les Etats-Unis. Ils connaissent des gardes à vue à maintes reprises et sont constamment sur écoute. En 1968, alors que l’état soupçonne le mouvement controversé de cacher des armes et des munitions, une perquisition solide sera effectuée dans l’appartement des Cleaver. La même année, lors d’une embuscade organisée par la police d’Oakland, deux officiers de police ainsi que l’un des  membres du mouvement, Bobby Hutton  perdront la vie. Cleaver sera quant à lui sérieusement blessé suite aux échanges de coups de feu pendant ce malheureux incident. Accusé de tentative de meurtre, le mari de Kathleen décide de fuir vers Cuba afin d’échapper à la prison. Après avoir passé quelques mois à Cuba, il rejoindra Kathleen en Agérie.  Une année plus tard, alors que le couple se trouve en Corée du Nord, Kathleen donne naissance à sa première fille.

L’exil va changer Eldridge. Il se converti au christianisme et sa vision de la lutte change terriblement. En 1971, un sérieux conflit s’installe entre Elridge et Huey Newton, l’un des fondateurs du Black Panther Party. Elridge est expulsé de la branche internationale du mouvement. Les Cleaver vont alors créer une organisation qu’ils vont nommer la « Revolutionary People’s Communication Network » (le Réseau de Communication du Peuple Révolutionnaire).

Pour mettre en place l’organisation, Kathleen retourne à New-York. Mais après son départ, le gouvernement algérien commence à voir d’un mauvais oeil les activités d’Eldridge et de son organisation. En 1973, il sera obligé de quitter secrètement l’Algérie et de rejoindre Kathleen à Paris où le gouvernement français accordera un droit de résidence.Mais une année après, ils prennent le risque de rentrer aux Etats-Unis où Cleaver sera directement incarcéré pour l’incident de 1968. Coupable d’agression, il devra écoper de 5 années de probation et founir 2000 heures de travaux forcés. Kathleen travaillera d’ arrache-pied pour la libération de son mari, elle récoltera des fonds partout où elle pourra et ses efforts seront récompensés en 1976 lorsqu’ Eldridge sera libéré sous caution.

kat 6En 1981, Kathleen reprend ses études à l’Université de Yale et en ressort avec un baccalauréat en histoire en 1983.Mais le couple Cleaver bat de l’aile depuis un certain temps. En 1987, ils divorcent après 20 ans de mariage. Kathleen refuse de se laisser aller à la tristesse causée par cet échec et décide de poursuivre des études de droit à Yale. Après l’obtention de sa licence, elle devient avocate et se fait engager par la firme Cravath, Swaine & Moore. Mais à côté de cela, Kathleen se montre très active dans les affaires légales. Elle accepte notamment de devenir légiste à la Cour d’Appel des Etats-Unis à Philadelphie, et visite plusieurs facultés de droit du pays où elle donne des conférences. Professeur de droit à la Emory University et à la Yale Law School, elle est finalement conférencière pricipale à l’African American Studies de l’université de Yale.

Kat 2Aujourd’hui, Kathleen continue à enseigner le droit à l’Université Emory. Elle reste une référence utile en ce qui concerne le Black Panther Party et  nombreux sont les médias qui font appel à elle pour décrire ce qu’était en réalité l’un des mouvements noirs les plus controversés de l’histoire. Et qui sait, peut être que de son regard de femme elle parvient à donner une vision plus compréhensible voire moins diabolique de ce qu’était le Black Panther Party for Self Defence, dont elle était le premier élément féminin.

C’était le récit de la vie de Kathleen Cleaver, une Héroïne d’Afrique.

Natou Pedro Sakombi

 

Hatshepsout Ière: le mystère de la Reine-Pharaon

Quand bien même les femmes de l’Egypte ancienne bénéficiaient d’un statut plus élevé que celui des autres femmes de leur époque, il était très rare pour les elles d’accéder au titre de Pharaon, exclusivement réservé aux mâles. Hatshepsout faisait l’exception de cette règle car elle était la seule femme à bel et bien porter le titre de Pharaon. Le seul titre que pouvait porter une femme dans la monarchie égyptienne était celui de « Reine« , mais uniquement dans le sens de « Grande Epouse Royal ».

hatshepHatshepsout, fille aînée de Thoutmôsis I (ou Djéhoutymosé  I), donc de lignée royale, prit le titre de Pharaon suite à la mort de son époux et demi-frère Thoutmôsis II, dont le règne ne dura que 13 ans. Au départ, c’est son fils Thoutmôsis III, né de l’une des femmes du harem de Thoutmôsis II qui devait lui succéder. Mais ce n’était qu’un enfant à l’époque, c’est donc sa tante, et belle-mère, la Grande Epouse Royale Hatshepsout qui assura le rôle en attendant que l’enfant devienne adulte. Ainsi, vers -1473 , Hatshepsout se proclama Pharaon et régnera pendant 22 ans. Dès sa proclamation, elle remplacera sa robe royale par un « némès » (pagne que le portait les Pharaons), et ira jusqu’à porter la barbe postiche. Hatshepsout ne reniera pas pour autant sa féminité, sa volonté était simplement de maintenir un respect de la tradition et d’obtenir le respect de la population. Elle finirapar être comptée parmi les plus grands Pharaons Egyptiens, et son long règne lui permit d’accomplir plusieurs oeuvres.

Hatshepsout avait un grand penchant pour les grandes constructions, elle se fera d’ailleurs construire une temple mortuaire extraordinairement célèbre à Deir el Bahari, dont cent-vingt sphinx montaient la garde de ll’entrée. Malheureusement son nom fut martelé après sa mort afin d’être effacé du monument, sans doute suite à l’instigation de son neveu et beau-fils, Thoutmôsis III qui cherchait à effacer toutes les traces de son existence.

hatshepsut 2Elle dirigea le pays avec une énergie remarquable en bénéficiant de l’appui de dignitaires compétents et dévoués tels que Pouymrê, second prophète d’Amon et grand architecte, Néhésy, chancelier qui dirigea une expédition lancée par Hatshepsout vers le pays de Pount , Hapouseneb, son vizir et également grand prêtre d’Amon et enfin  Sénènmout (ou Senmout), qui était son préféré et aussi le pécepteur de la Princesse Néférourê, sa file. Sénènmout était d’origine modeste, mais il était très ambitieux et très talentueux, ce qui lui permit de devenir le premier conseiller de la reine, et peut être aussi son amant.

On peut dire du règne d’Hatchepsout qu’il était relativement calme, même si en l’an XII elle dut faire face à une rébellion nubienne. La majorité de ses constructions en Nubie furent détruites sous ses successeurs, mais il reste encore quelques traces de son passage à Kasr Ibrîm et à Bouhen.La reine étaient fortement attirée par les expéditions commerciales, dont celui du Pays de Pount ou Pwenet, en l’an VIII/IX, également appelé Ta Nétjer, qui signifie « Pays du dieu ». Sa localisation est encore incertaine mais la majorité des auteurs situent le site sur la côte africaine de la Mer Rouge, allant des  confins érythréo-soudanais au nord de l’actuel Somalie.en l’an VIII/IX. De cette expédition, on ramenait des navires chargés de d’or, d’ivoire, de bois d’ébène, de peaux de panthère, une panthère vivante, une girafe, des parfums et des huiles de sycomore te surtout de l’encens, utile aux cérémonies du culte.

En 1903, l’égyptologue Howard Carter qui retrouva notamment la tombe de Toutânkhamon en 1922, retrouva les momies de deux femmes dans une tombe de la vallée des rois à Louxor. L’une était dans un sarcophage et l’autre était simplement posée à terre. L’une d’elle était Satrê, la nourrice d’Hatchepsout, mais on ne savait pas encore qui était la deuxième, même si on le devinait, et pour cause, la momie avait le bras gauche sur la poitrine, tel qu’il en était le cas pour les momies royales de l’Egypte Antique.

Chose étrange et qui rendait sceptiques  les scientifiques, la momie ne portait aucune parure, aucune coiffe, aucun bijou, cest à dire rien qui généralement accompagnaient les Pharaons dans l’au-delà.

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C’est finalement le 27 juin 2007 que l’on attesta de l’authenticité de cette momie comme étant celle de la Reine Hatchepsout. Comment? Grâce à des tests ADN et à la technique d’imagerie CT-scan qui permet de recomposer le corps en 3 dimensions.  Les scientifiques ont fini par affirmer qu’il s’agissait d’une femme autour de la cinquantaine qui était obèse, qui souffrait de diabète et d’un cancer des os métastasé. Le décès de la momie aurait été toutefois causé par un abscès dentaire mal soigné. La momie d Hatchepsout a été transféré au Musée Egyptien du Caire.

Ce qu’on retiendra d’elle, c’est surtout son audace à vouloir se représenter comme les Pharaons mâles, les nombreux projets de constructions architecturales bien souvent menés à terme, et les expéditions commerciales enrichissantes qu’elle lança. Hatchepsout, une Reine et Héroïne d’Afrique!

Natou Pefro Sakombi

 

La Moïse du peuple Noir: Mieux vaut mourir que voir un esclave asservi!

L’histoire commence en 1821 dans la ville de Araminta Ross, une ville du Marylan, au sud des Etats-Unis. Une esclave noire donne naissance à son premier enfant, une petite fille qu’elle prénomme simplement Harriet, car à cet époque, les esclaves n’ont pas de nom de famille. En grandissant, Harriet verra naître ses 9 frères et soeurs et exécutera comme eux des tâches diverses telles que le ménage dans la maison du maître, l’extraction de coton sur les plantations ou les travaux pénibles de la ferme. Ses journées en sont remplies, elle ne fait rien d’autre que ça. A chaque fois qu’elle décide de souffler un peu ou de travailler à son aise, elle reçoit d’horribles coups de fouets, et même si Harriet n’est qu’une enfant, tout ça lui semble terriblement injuste! Harriet n’est encore qu’une fillette lorsqu’elle décide d’aider un petit esclave à fuir de la plantation. Le gamin a commis une  grave bêtise et on lui a promis un terrible châtiment. Certains esclaves supportent mal leurs punitions et y perdent la vie, Harriet préfère alors que son ami prenne le risque de fuir. Malheureusement,  la tentative de fuite échoue, elle et son compagnon ramassent plusieurs coups de massue sur la tête. Harriet qui frôle la mort finit quand même par s’en remettre.
harriet 1Adolescente, Harriet et d’autres esclaves de la même plantation sont vendus au Docteur Anthony Thomson, un prédicateur protestant, moins violent que leur ancien maître. Mais quelques années plus tard, elle sera revendue à un autre maître qui l’obligera à épouser un certain John Tubman, un Noir libre. Harriet deviendra Harriet Tubman. Non seulement ce mariage arrangé ne la rendra pas heureuse, mais il ne l’émancipera pas non plus. Ainsi, après quelques années, elle se séparera de John et passera de maître en maître. Très vite, elle comprend que même son ancienneté ne fera jamais d’elle une femme libre, et à trente ans, elle sait que les mauvais traitements qu’elle a toujours enduré la mèneront un jour vers la mort. Entre fuir ou mourir, elle choisit la fuite!
Harriet 2Lorsqu’ Harriet décide de fuir cette nuit d’été, aucun de ses compagnons ne l’encouragent, et pas un seul d’entre eux n’accepte de la suivre; et ils n’ont pas tellement tort car le châtiment réservé à un esclave rattrapé lors de sa fuite équivaut à une visite aux portes de l’enfer, et beaucoup y restent. Si le maître est sans pitié, il n’hésitera pas à pendre l’esclave, à le lyncher jusqu’à la mort ou à lui sectionner les tendons. Harriet ne recule pas face à ces éventualités atroces et s’en va. Mais où va t-elle? En Pennsylvanie, un état où l’esclavage a déjà été abolie. Il suffit pour elle de traverser la frontière en empruntant la direction du Nord du Maryland.

La chance accompagne Harriet: elle rencontre un homme noir qui fait parti de l’Underground Railroad (traduction: Chemin de Fer Souterrain), un réseau qui aide les Noirs à fuir des plantations et atteindre les Etats du Nord, là où l’esclavage a déjà été abolie. L’employé aidera Harriet à se dissimuler dans un train, dans un sac de marchandises. Après plusieurs jours de souffrance extrême, elle parvient à destination sans s’être faite repérer.

L’ Underground Railroad aide Harriet à s’installer à Philadelphie, elle est enfin une femme libre! Toutefois, malgré une nouvelle vie et une liberté gagnée, Harriet ne cesse de penser aux mauvais traitements et autres atrocités que subissent les compagnons qu’elle a laissé. La colère va vite s’emparer d’elle: elle se dit qu’il faut absolument arracher tous les Noirs des mains des esclavagistes. Il n’est pas question pour elle de rester à Philadelphie pendant que ses compagnons frôlent la mort tous les jours. Il faut retourner sur place et les aider à s’enfuir!

C’est ainsi qu’Harriet décide de rejoindre l’Underground Railroad et devient « passeuse », au péril de sa vie. Elle étudiera attentivement les leçons apprises par les membres de l’Underground Railroad: comment s’infiltrer secrètement dans les plantations, comment entrer en contact avec les esclaves désireux de s’enfuir, comment aider des familles entières à passer les frontières, comment manipuler une arme à feu, comment échapper aux chasses policières, etc…Tout un tas de techniques quasi militaires.

Une fois prête, Harriet décide de retourner dans son ancienne plantation pour délivrer sa soeur et ses deux enfants. L’opération réussie et l’encourage à continuer à libérer les autres qui le désirent. Petit à petit, elle deviend une experte des « passes » et on dénombre pas moins de 19 voyages d’Harriet dans les plantations du Sud. Au bout de quelques années, elle aura aidé plus de 300 esclaves à fuir et devenir libres sans qu’aucun d’entre eux ne soit capturé.Voici les différentes péripéties auxquelles Harriet fait face lors des voyages clandestins:

– elle doit parfois se montrer fin psychologue car pendant ces passes, beaucoup d’esclaves manifestent des crises d’angoisses. Harriet passe souvent des nuits entières à leur parler pour chasser leur panique.

– pour calmer les bébés susceptibles de pleurer et de les faire remarquer, Harriet se voit obligée d’avoir sur elle des somnifères qu’elle leur administre quand c’est nécessaire

– il faut faire vite, car ils n’ont que 48h avant que le maître esclavagiste n’alerte la presse pour qu’elle publie des avis de disparitions. Ce laps de temps doit leur permettre de s’éloigner le plus possible avant que la police se lance à leur poursuite

– il faut habilement éviter les chasses et les battues des policiers lancés à leur recherche. Harriet devra utiliser son fusil au cas où. Il lui est même arrivé de pointer ce même fusil à l’un des esclaves qui décidera de ne plus continuer et de se rendre à son maître. Par ce geste brutal, Harriet veut lui faire comprendre que s’il se rend, il est déjà un homme mort; elle préfèrerait donc le tuer elle même plutôt que laisser un blanc le faire. Cet esclave choisira de continuer.

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Harriet (tout à fait à gauche) photographiée avec une famille qu’elle a aidé à fuir de leur plantation

Les maîtres esclavagistes n’en peuvent plus de voir autant d’esclaves leur filer entre les doigts. Ils crée en 1850 un décret qu’ils nomment le « Fugitive Slaves Act« . Ce décret prévoit que les maîtres ont le droit de poursuivre les esclaves dans tous les Etats-Unis, c’est à dire même dans ceux où l’abolition de l’esclavage a été proclamée. Cette loi ne refroidira en rien Harriet, bien au contraire! Mieux vaut risquer sa vie en essayant de la sauver que mourir dans la lâcheté. La renommée d’Harriet se répand dans tous les Etats-Unis. Son activisme la rend célèbre et les Noirs l’admirent et la vénèrent tandis que les Blancs cherchent à avoir sa peau. Elle ne cesse de narguer les autorités et va jusqu’à libérer ses propres parents, pourtant devenus très vieux.

Même si Harriet pense qu’elle mourra certainement si elle n’abandonne pas son rôle de « passeuse », c’est un autre élément historique qui viendra lui donner l’assurance d’une longue vie. En effet, la Guerre de Sécession (La Guerre Civile) éclate et opposent les Etats du Nord et ceux du Sud. L’abolition de l’esclavage sera l’un des points clé de cette fameuse guerre. Et suite à cela, en 1863, le président des Etats-Unis Abraham Lincoln proclame l’abolition de l’esclavage.

harriet 3A la fin de l’esclavage, on aura chiffré plus de 30 000 libérations d’esclaves par l’Underground Railroad depuis sa fondation en 1780 jusqu’à l’abolition. Parmi ces esclaves, 300 auront été libérés par une femme: Harriet Tubman. Mais elle ne s’arrêtera pas là notre chère Harriet, pas en si bon chemin. Elle rejoindra l’Armée du Nord, favorable à l’abolition, qui continue à lutter contre l’Armée du Sud qui retient encore des esclaves captifs. Elle y jouera plusieurs rôles: infirmière, cuisinière, éclaireuse, et sachant de quoi elle était capable, l’Armée lui confiera mêmes des missions secrètes pendant lesquelles elle s’infiltrera dans les plantations du Sud pour rapporter des informations. Elle participera à une bataille à Combahee River, en Caroline du Sud, où elle créera sa propre équipe. Harriet est la première femme afro-américaine à avoir joué un rôle militaire dans l’Armée. On lui donnera le nom de Générale Tubman, mais il ne s’agira que d’un simple surnom. En 1865, à la fin de la guerre, Harriet Tubman se retire dans une petite ville de New-York. Elle se remarie à Nelson Davis et consacre son temps à l’éducation des enfants noirs et à aider des personnes ayant des difficultés sociales. Plus tard, en 1908, elle fait construire une maison pour accueillir les pauvres et les personnes âgées de la communauté noire. Elle leur sera dévouée jusqu’à sa mort en 1913, où Harriet Tubman sera enterrée avec les honneurs militaires au cimetière de Fort Hill.

Harriet Tubman, c’est toi, c’est moi, c’est nous, car une héroïne sommeille en chaque Femme Noire, où qu’elle soit et quelque soit son époque.

 

Natou Pedro Sakombi

 

Funmilayo Ransome Kuti, la lionne de Lisabi


funmilayo kuti1On a coutume de dire que derrière chaque grand homme se cache une grande femme. Une femme qui peut influer sur une destinée. Cette femme exceptionnelle que vous présente RHA-Magazine ne déroge pas à cette règle. Si le personnage de Funmilayo Ransome Kuti n’est hélas que peu connu du grand public, le nom de son fils le grand musicien Fela Kuti est bien ancré dans nos mémoires. Mais est-ce que Fela aurait été le fougueux artiste et activiste 
panafricain que nous connaissons s’il n’avait pas été élevé par une incroyable héroïne ? Rendons hommage à cette grande Dame de l’Afrique, figure emblématique du Nigéria et qui définitivement pour nous mérite les titres de Reine et d’Héroïne d’Afrique. Voici le parcours de Funmilayo Ransome Kuti qui fut une grande activiste politique et qui a incontestablement marqué l’histoire de son pays, notamment par sa lutte incessante pour les droits de la femme.

funmilayo-kuti-1.jpgNée au Nigéria dans la ville d’Abeokuta (dans le sud-ouest du Nigéria) le 25 octobre 1900, sous le nom de Frances Abigail Olufunmilayo Thomas, Funmilayo était de l’ethnie Yoruba et plus précisément issue de la tribu Egba (sous-groupe de l’ethnie Yoruba). Funmilayo signifie en yoruba « Donne- moi du bonheur». Le père de Funmilayo était le fils d’un esclave revenu d’Amérique et installé en Sierra Leone, qui a retracé son histoire ancestrale jusqu’à ses origines nigérianes, à Abeokuta. Converti à l’anglicanisme le père de Funmilayo éduqua ses enfants dans la foi anglicane, tout en restant néanmoins bien ancré dans les coutumes Yoruba. Il veilla à ce que sa fille ait une bonne éducation et il l’envoya poursuivre ses études en Angleterre. Après ses études, Funmilayo revint au Nigéria et devint institutrice. Le 20 janvier 1925, elle épousa le révérend Israël Olodutun Ransome Kuti. Tout comme son épouse, Israël Olodutun Ransome Kuti s’est investi dans la défense des droits des citoyens. Il fut le fondateur de l’Union des Professeurs Nigérians ainsi que de l’Union des Etudiants Nigérians. Cette organisation d’étudiants mena notamment des manifestations contre les législations imposées par le pouvoir coloniale dans le domaine de l’éducation.

En se référant aux dires de Fela tirés d’une de ses biographies (1), Funmilayo et son mari semble avoir donné une éducation très stricte à leurs enfants, influencée par le modèle coloniale anglais. Ils étaient chrétiens et rejetaient certains aspects des coutumes Yoruba comme la polygamie, ou le fait de s’agenouiller devant les autorités ou les anciens. De même leur mariage représentait plutôt un modèle d’égalité entre époux alors que dans les familles nigérianes, traditionnellement, le mari avait un rôle nettement dominant. Néanmoins, ils tenaient à leur héritage culturel, et ne manquaient pas de le valoriser. Funmilayo n’hésitait pas à faire ses discours en Yoruba. Et son mari et elle n’ont donné que des noms yorubas à leurs enfants. A partir des années 40 elle ne portera plus que les tenues traditionnelles nigérianes. C’était sa manière d’exprimer à la fois sa fierté pour ses origines mais aussi sa résistance contre le colonialisme. Elle n’a pas manqué d’emmener ses enfants dans ses campagnes politiques semant en eux les graines de l’activisme panafricain.

funmilayo-kuti-4.jpgSon combat pour le droit des femmes débuta en 1923 lorsque Funmilayo lança une association de femmes à Abeokuta, l’Abeokuta Ladies Club ou l’ALC. A l’origine ce club était destiné à l’apprentissage de l’artisanat. Une vingtaine d’années plus tard l’ALC intégrera les commerçantes et les femmes défavorisées, dont pas mal de femmes illettrées, à qui Funmilayo apprendra à lire. Le groupe deviendra l’Union des femmes d’Abeokuta, Abeokuta Women’s Union (AWU). Ce changement marqua la direction politique que prenait le groupe. C’est au sein de ce groupe, face aux inégalités faites aux femmes que la position anticoloniale de Funmilayo se radicalisa. Elle restera présidente de l’AWU jusqu’à sa mort. A cette époque coloniale, les Britanniques prélevaient des taxes directes sur les Nigérians, ce qui suscita la colère et la protestation, notamment au sein du peuple Egba. Ils protestaient aussi contre les ingérences britanniques dans leur administration. Les chefs traditionnels avaient été dépossédés de leur pouvoir, si bien que le Conseil de l’Autorité autochtone n’avait plus qu’un rôle consultatif. Et sous le règne du roi EgbaAlake Oba Ademola II, les autorités coloniales britanniques imposait leurs règles avec la complicité de ce dernier. Funmilayo a fait connaître son organisation au grand public quand elle a rallié les femmes pour protester contre le contrôle des prix qui touchait la plupart des commerçantes du marché d’Abeokuta. Le commerce représentait l’activité principale des femmes nigérianes dans l’ouest du pays. Les Britanniques s’immisçaient dans des affaires habituellement dirigés par elles. De plus, la corruption régnait et touchait les différentes strates du pouvoir au sein du gouvernement. La conséquence est qu’on réclamait une taxe due ou non due à tout bout de champs, ce qui appauvrissait davantage les commerçantes. Le roi EgbaAlake Oba Ademola II prenait part à ses actes de corruption et abusait de son pouvoir car il avait obtenu le droit de percevoir les impôts pour le compte de la couronne britannique. Funmilayo révoltée, décida de mener des manifestations contre, les autorités traditionnelles et notamment contre le roi Alake. Elle dénonça les abus de ce dernier. C’est ainsi qu’à la tête de 50 000 femmes elle se rendit à la résidence du roi afin de réclamer le son départ. Celui-ci prit la fuite et dû finalement renoncer à sa couronne. Ce fût un véritable exploit pour ces femmes.

Cet événement fit entrer Funmilayo dans la légende et lui vaudra le surnom de « Lionne de Lisabi ». Lisabi était un grand héro du peuple Egba, du 18ème siècle qui s’était battu contre l’invasion de l’empire Oyo. Et tout comme ce héro ancestrale, Funmilayo fit preuve de bravoure jusqu’à défier le District Officer anglais d’Abeokuta qui tenta de renvoyer les femmes chez elles lors des manifestations. En 1953, Funmilayo fonda la Fédération des femmes Nigérianes qui par la suite s’allia avec la Fédération Internationale démocratique des Femmes. Elle lutta pour qu’on accorde le droit de vote p aux femmes. Elle fût également longtemps membre du parti du National Council of Nigeria and The Cameroons(NCNC). Elle fût trésorière puis présidente de l’association des femmes du NCNC. En 1950, elle était l’une des rares femmes à être élue dans les instances les plus influentes du pays. Funmilayo adressa plusieurs lettres et télégrammes aux autorités, cela faisait partie de sa stratégie de pression, notamment à l’époque de l’indépendance. Elle fit d’ailleurs partie des personnes déléguées pour négocier les termes de l’indépendance du Nigéria avec le gouvernement britannique. A l’instar de Gandhi elle critiquait l’administrationn coloniale en révélant les contradictions de ce régime autoritaire par rapport aux idéaux démocratiques prônés par la Grande Bretagne. En termes de reconnaissance, Funmilayo reçut l’insigne d’honneur de l’Ordre du Nigéria en 1965. Elle fut également nommée Docteur honoris causa de l’Université d’Ibadan. Sur le plan international, Funmilayo s’illustra aussi sur la scène internationale. Elle entreprit plusieurs voyages, dans les pays de l’est de l’Europe. Ce que très peu de femmes africaines peuvent se targuer d’avoir fait à l’époque. Mais pendant la guerre froide et avant l’indépendance de son pays, il n’était pas de bon ton de se promener de ce côté du globe, et Funmilayo se mit à dos les gouvernements nigérian, américain et britannique de par ses contacts avec le Bloc de l’Est. Elle voyagea en tant qu’ambassadrice de la Fédération Internationale démocratique des femmes en URSS, en Pologne, en Hongrie et même en Chine où elle rencontra Mao Tse Tung. Funmilayo s’est même vu décerner le Prix Lénine de la paix. Finalement en 1956, on refuse de lui renouveler son passeport sous prétexte qu’elle pouvait influencer les nigérianes avec ses idées et vues politiques communistes. On lui refusa également le visa pour les Etats-Unis où on lui colla d’emblée l’étiquette de communiste.

funmilayo-kuti-2.jpgVers la fin de sa vie ce sont trois de ses fils qui ont occupé le devant de la scène par leur activisme, qui s’opposait fermement aux juntes militaires nigérianes. En février 1978, alors qu’elle vit chez son fils Fela, un assaut de militaires est orchestré contre le fief de Fela Kalakuta Republic. Ce dernier était devenu une menace pour le pouvoiren place dont il ne cessait de dénoncer les travers. Funmilayo fut projetée du deuxième étage de la résidence et tomba dans le coma. Elle ne survécut pas à ses blessures et mourut en avril 1978. Funmilayo Ransome Kuti était une féministe et une nationaliste panafricain qui a ouvert la voie à beaucoup de femmes au Nigéria. Cette femme qui fût la première à conduire une voiture dans son pays est sans nul doute un exemple de courage dont peuvent s’inspirer toutes les Reines et Héroïnes d’Afrique d’aujourd’hui.

Par Pauline Ndaya Mutombo pour RHA-Magazine
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Sources :

Raisa SIMOLA, The Construction of a Nigerian Nationalist and Feminist, FunmilayoRansomeKuti, University of Joensuu, 1999.
Cheryl JOHNSON-ODIM, Nina Emma MBA, For Women and the Nation. FunmilayoKuti of Nigeria, Univ

En savoir plus sur http://reinesheroinesdafrique.doomby.com/pages/recits-des-reines-heroines/funmilayo-ransome-kuti.html#zEOxS83cpDos3FlC.99

Brenda Fassie, la Madonne des Townships

Il est de ces femmes qui savent assumer une féminité exacerbée en même temps qu’une masculinité exubérante. Elles sont extraverties à outrance, parlent à tout le monde, rient fort, touchent et papillonnent avec un regard malin qui en dit long sur ce qu’elles ont dans la tête. En général, on est assez loin du cliché que l’on peut s’en faire ! Brenda Fassie est de ces femmes : menue, le regard pétillant et constamment en ballade, on a l’impression qu’elle scrute du regard toute situation nécessitant son intervention. Souvent de bonne humeur et parfois caractérielle, elle est capable de mettre l’ambiance partout où elle va, surtout la nuit d’ailleurs. Mais qui est donc cette femme que Madiba aimait appeler « princesse » et au chevet de qui Mandela en personne se tenait quelques jours avant sa mort? Tambo Mbecki lui-même avait pour elle une extrême sympathie, sans oublier Winnie Mandela, qui l’affectionnait comme si elle eut été sa propre fille. Qui était donc Brenda Fassie? Pourquoi est-elle citée comme la huitième plus grande personnalité de l’Afrique du Sud?

Nokuzola Fassie est née en 1964 à Langa, près de Cape Town, d’une famille de 9 enfants dont elle est la cadette. Sa mère qui s’attendait à mettre au monde un bébé de sexe masculin accepte le choix de la providence et prénomme sa petite fille Brenda, en hommage à la chanteuse américaine de country Brenda Lee. A l’âge de deux ans à peine, la future étoile sud-africaine perd son père. Afin de pourvoir au besoin de ses enfants, la mère, pianiste de profession, chante pour les touristes dans les rues du cap et emmène Brenda avec elle. La petite de quatre ans à peine accompagne sa mère dans les chants et fait fureur à tel point que les dales sur lesquelles elle esquisse ses pas de danse sont tapissées de pièces de monnaie et de billets. Les touristes sont  impressionnés par son talent , elle devient déjà célèbre dans les quartiers de Cape Town. C »est à cet âge qu’elle intègre son premier groupe, les « Tiny Tots ».

A treize ans, consciente de son talent, Brenda envisage de faire carrière dans la chanson. Plusieurs artistes de renom proposent de la lancer, mais la mère Fassie refuse que sa cadette arrête ses études. Agacée, Brenda décide de prendre elle-même son destin en main en quittant le domicile familial à l’insu des siens. Valise en main, elle fait de l’auto-stop pour rejoindre Johannesburg. Furieuse et inquiète, sa mère  lance la police à sa recherche et après plusieurs semaines de cavale, Brenda est retrouvée à Soweto. La police la renvoie manu militari à la maison où l’attend une sévère correction.

C’est à l’âge de 16 ans que sa carrière décolle réellement. Le célèbre producteur Koloi Lebona de Johannesburg a eu vent du talent de Brenda grâce à plusieurs musiciens de Cape Town et souhaite l’entendre de ses oreilles. Koloi n’est pas déçu, il reconnait en la jeune femme une voix et une technique extrêmement mâtures pour son âge. Pour lui il n’y a aucun doute, c’est « la voix du future ». Tout cela n’impressionne en rien la mère de Brenda. Elle a toujours fait comprendre à sa fille que les études passaient avant la musique, et que même si James Brown en personne se présentait elle ne laisserait sa fille partir sous aucun prétexte! Koloi quant à lui refuse de laisser filer ce qu’il considère comme la trouvaille du siècle et promet à la veuve de s’occuper personnellement des études de Brenda. Il lui donne sa parole, la carrière de sa fille ne sera lancée qu’après l’obtention de son diplôme.

La mère Fassie accepte et confie sa fille à Koloi Lebona. Dès ce jour, Brenda s’en va vivre avec la famille Lebona à Soweto où elle sera scolarisée comme promis. Toutefois, le destin en décide autrement, et ce n’est pas pour déplaire à Brenda. L’une des chanteuses du trio « Joy » dont s’occupe Koloi doit prendre son congé de maternité. Brenda se propose spontanément mais Koloi refuse se rappelant de la promesse faite à la mère Fassie. Mais après plusieurs castings, le producteur a du mal à trouver une remplaçante. Il rompt sa promesse et Brenda  rejoint le trio Joy après qu’il ait pris soin de lui faire signer son contrat. Les frères et soeurs de Brenda aideront à dissiper la colère de la veuve, tous persuadés de la réussite de Brenda.

Lorsque le contrat avec le groupe « Joy » prend fin, on lui propose de signer pour son propre groupe, « Brenda and the Big Dudes », où elle enregistrera son premier single et premier succès, « Weekend-Special ». Le morceau sera classé meilleure vente de l’époque. Il connait un succès international et ouvre au groupe la porte vers d’autres horizons avec des tournées aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Australie, dans plusieurs villes d’Europe, en Australie et au Brésil. Brenda obtient son premier disque d’or, et la décennie qui suivra la sortie de « Week-end special » marquera le début de sa carrière solo.

En 1985, Brenda donne naissance à son fils unique, Bongani, dont le père n’est autre que l’un des musiciens de « Brenda and the Big Dudes ». Malheureusement, le couple ne fait pas long feu et se sépare. Mais malgré une carrière bien remplie et florissante, Brenda se comporte en mère attentionnée et très présente pour son fils.

A la fin des années quatre-vingts, Brenda signe avec le producteur Sello Chicco Twala. Leur partenariat qui est l’un des plus fructueux de l’histoire du show-biz sud-africain donnera naissance à l’album « Too Late for Mama », classé disque de platine en 1989. Parmi les titres de l’album se trouve « Black President », un morceau que Brenda écrit en l’honneur de Nelson Mandela. Dans le titre, elle accuse les méfaits de l’apartheid et annonce la fin imminente du système. Beaucoup ont ressenti une sorte de provocation dans l’écriture du morceau, surtout à une époque où peu pensait qu’un Noir deviendrait président. Néanmoins, des années plus tard, Brenda sera considérée comme une visionnaire. La chanson est interdite par le gouvernement sud-africain, ce qui pousse Brenda à dénoncer davantage les injustices de son pays et accroit sa popularité. Brenda réalise pour la première fois qu’elle représente une voix pour son peuple et que les choses peuvent bouger grâce à son talent. Elle se rapproche de plus en plus des populations délaissées des bidonvilles et lutte pour les conditions de la femme des townships. Ses textes sont une fenêtre ouverte sur la vie de ses frères et soeurs des ghettos, une ouverture qui permer aux classes plus élevées  et au monde entier d’enfin découvrir une réalité méconnue.

Brenda devient l’ennemi du gouvernement mais cela ne lui empêche pas de dire haut et fort son appartenance aux mouvements anti-apartheid. Elle réalise qu’elle risque sa vie, mais elle chante et milite en même temps, persuadée d’être porteuse d’une mission pour les siens. Certains ne verront donc aucun hasard qu’à cette même période les médias passent la vie privée de Brenda au crible, surtout quand elle épouse Nhlanhla Mbambo et divorce de ce dernier en 1991 après deux années de mariage à peine, suite à des violences conjugales. L’année 1993 se montre particulièrement rude avec Brenda. La même année, elle apprend le décès de sa mère et doit faire face à la fin de sa collaboration avec Twala. C’est le début d’une spirale infernale pour Brenda qui trouve refuge dans la cocaïne et en devient très vite l’esclave. Bien souvent incapable de se présenter sur scène, plusieurs de ses concerts sont annulés. Certains de ses fans ne le lui pardonnent pas et sa popularité baisse terriblement. Lorsqu’on surprend Brenda inconsciente dans une chambre d’hôtel aux côtés d’une certaine Poppie Sihlahla dont le corps inanimé révèle une mort par overdose, Brenda n’a nulle autre choix que d’accepter de se faire interner dans un centre de désintoxication. Les médias s’en prennent à coeur joie, ils divulguent au monde entier la bisexualité de la chanteuse.

Trois années plus tard, Brenda refait surface, fière d’avoir lutté et réussi à se défaire de la cocaïne. Elle enregistre un duo avec l’artiste congolais Papa Wemba et renoue avec Twala. Sa carrière va refaire un bon en avant avec la sortie de l’album « Memeza » qui signifie « Cri ». Brenda confie avoir les larmes aux yeux en interprétant le succès, car elle se voit dans cette spirale ou seule, elle crie si fort mais personne ne l’entend. Le plus gros succès après son come back reste incontestablement « Vulindlela » (https://www.youtube.com/watch?v=1RvfDkzUOos) qui lui fera remporter l’award de la meilleure vente aux SAMAS, South African Music Awards (les awards sud-africains) et grâce à quoi elle est sacrée meilleur arstiste féminin pour la 4e édition des Kora Music Awards. Durant la cérémonie, Brenda fait un véritable triomphe! On se souviendra notamment d’elle offrant une banane à Nelson Mandela pendant son show et faisant danser de joie Madiba. C’est cette soirée qui la révèlera en Afrique. « Vulindlela » sera également choisie comme l’hymne national de la campagne éléctorale de l’ANC et Brenda elle-même sera invitée à l’interpréter à la cérémonie de l’inauguration de la présidence de Thabo Mbeki.

Ses fans se comptent désormais par millions de par le monde, on la surnomme affectueusement « Ma-Brrr » et le Timemagazine de décembre 2001 lui donne le titre de la « Madonne des Townships », car dans la plupart de ses morceaux elle dépeint la vie quotidienne des ghettos plutôt que celle des quartiers riches où elle réside. Elle n’hésite pas à rendre visite aux quartiers des déshérités et à montrer son soutien à cette population souvent oubliée. Ce qui étonne dans ses oeuvres, c’est ce côté « ghetto » qui revient sans cesse et qui semble même convenir  aux classes plus élevées. Brenda Fassie devient la conciliatrice, l’intermédiaire entre les différentes classes de la société sud-africaine, et c’est ainsi qu’elle parvient à se réapproprier son public.

Face aux attaques des médias, Brenda n’a qu’une seule arme: elle-même! Le sourire narquois, les sourcils froncés, elle aime dire à la presse et à ses ennemis:

« Plus vous me critiquez, plus vous me rendez forte. Mon secret c’est la confiance que j’ai en moi-même! J’aime choquer! Je suis née pour choquer et j’aime créer la controverse autour de moi, c’est ma marque de fabrique ».

En effet,  elle est ce qu’elle est et ne changera pour rien au monde. Elle admet avoir des faiblesses, des fantomes contre qui elle se bat mais déclare haut et fort:

« Il faut m’accepter comme je suis. Je ne suis pas parfaite, mais la seule chose que je sais c’est qu’une héroïne vit en moi. Voyez le succès que Dieu me donne, qui sait, demain je deviendrai votre nouvelle papesse, tout est possible dans ce bas monde!…« .

Brenda reconnait qu’elle doit tout à ses fans, mais au-delà de son talent et de tout ce qu’elle pouvait leur offrir, elle ne pouvait pas toujours leur plaire. Lors d’une interview qu’elle donne dans sa chambre (comme elle aime à le faire), allongée sur son lit, cigarette et verre d’alcool à la main elle parle à ses fans:

« Je vous aime, c’est vous m’avez faite. Mais ne m’en demandez pas trop, ne me demandez pas de vivre selon vos exigences. Laissez-moi vivre ma vie, on ne vit qu’une fois… ».

Brenda Fassie ne rompt pas totalement avec la cocaïne, elle y replonge petit à petit et en réalité autant qu’auparavant. Elle reconnait sa lente descente aux enfers et parle de plus en plus de la mort, comme si son destin l’y emmenait sans qu’elle puisse se débattre. Elle dira:

« Vous savez, je n’ai pas de rêve. Je ne suis pas devenue ce que je suis aujourd’hui en rêvant mais en le désirant ardemment! Je ne rêve jamais, je désire les choses et me bats pour les obtenir. Et quand bien même je les obtiens, j’en demande encore plus. J’aime ce que je suis devenue, mais je ne suis pas satisfaite de ce que je suis.(…)Je vis les choses à l’instant présent, je ne pense pas à demain car je ne sais pas de quoi sera fait demain.(…) Je sens mon corps s’affaiblir de jour en jour et je me demande de plus en plus à quoi ressemble la mort.« 

Le 26 avril 2004, Brenda se plaint difficultés respiratoires, comme c’est le cas depuis quelques années. Ce jour là, c’est son frère Temba qui lui tient compagnie. Soudainement, alors que ce dernier à le regard tourné ailleurs, il est interpellé par des bruits que Brenda réussit à faire pour attirer son attention. Elle lui fait comprendre qu’elle ne peut plus respirer. Temba emmène sa soeur prendre l’air à l’extérieur, mais rien ne s’arrange, elle perd connaissance. Il appelle les secours et Brenda est transportée d’urgence dans un hopital de Johannesburg, elle vient de faire un arrêt cardiaque. Les médecins parviennent à la réanimer mais elle glisse tout doucement dans un coma qui durera plusieurs jours. La presse annonce sa mort de façon prématurée laissant les fans de la Reine des vocalistes dans la panique. Le président Mbeki en est furieux et ordonne à la presse de cesser immédiatement de diffuser des nouvelles sans en avoir la confirmation.La rumeur sur la mort de la diva est rapidement démentie et pendant deux semaines, le pays entier la soutien dans des prières de toutes sortes. Elle reçoit les visites de grandes personnalités telles que Nelson Mandela qu’elle affectionnait et pour qui elle avait écrit « Black President », ou Thabo Mbeki qui vient prier aux chevets de celle qui l’avait tant soutenu durant sa campagne électorale.

Le 9 Mai 2004, le temps était arrivé pour la Madonne des bidonvilles d’aller rejoindre ses ancêtres qui, selon elle, veillaient sur elle nuit et jour. Elle allait rejoindre ce Dieu dont elle disait:

« Il est toujours avec moi. Je ne vais jamais dans sa maison mais lui vient toujours vers moi… »

D’après les médecins, la mort de « Ma Brrr » serait causée par de l’ asthme mal soigné. Plus tard, la presse s’empressera de démentir la cause en parlant d’overdose de cocaïne et même de sida. Mais un scoup bien plus malheureux surprendra les fans de Brenda Fassie: la dose de cocaïne qu’aurait prise la diva sud-africaine aurait été mélangée à de la mort au rat!

Les funérailles officielles de Brenda Fassie eurent lieu le 23 mai à Langa, sa ville natale. On y reconnaissait les plus grandes personnalités sud-africaines, même ceux qui la combattaient alors qu’elle dénonçait l’injustice qui régnait dans son pays. Sa famille demanda à ses nombreux fans venus par milliers de ne pas pleurer son départ mais de se réjouir dans les chants et les danses, pendant que les funérailles se déroulaient dans l’intimité. C’était impressionnant, une foule  immense riait aux éclats et dansait de joie sur les succès de Brenda.

Ernest Adjovi, président et producteur exécutif des Kora dira de Brenda:

« Brenda était une folle, une provocatrice. Elle avait une personnalité très controversée. C’était une anti-conformiste : aujourd’hui mariée, demain divorcée. Tantôt avec un compagnon, tantôt avec une compagne. Elle savait donner à la presse de la matière à vendre du papier mais c’était une dame au grand coeur et d’une grande sensibilité.Sur scène Brenda était une vraie professionnelle. C’était une bête de scène qui savait tenir en haleine son public. Pour les promoteurs c’était l’artiste qu’il fallait avoir à tout prix. Mais une fois qu’on l’avait, on ne savait pas si elle viendrait jouer. Quand elle était là, on ne savait pas si elle monterait sur scène. Elle était imprévisible. Il fallait beaucoup de patience, mais aussi de la fermeté pour ne pas lui passer tous ses caprices. »

Que penser de « Ma Brrr », d’une femme noire née dans un pays de Noirs où les Noirs sont détestés? Que dire d’une femme qui très tôt a su comprendre qu’une héroïne vivait en elle et que sa mission sur terre était de parler pour son peuple, de faire danser son peuple et lui faire oublier la dureté de la vie? Lorsqu’on prend conscience à un si bas âge que l’on est existe pour donner, donner et encore donner, on en oublie parfois de vivre pour soi-même. Elle s’en est allée après nous avoir donné une vraie leçon de vie: le don de soi. Et surtout elle nous a appris à ne pas rêver ni vivre dans les rêves, mais à désirer ardemment les choses jusqu’à voir leur accomplissement. C’est ça, être visionnaire!

A notre tour, nous souhaitons qu’elle sache que ses faiblesses et ses erreurs de parcours pèsent tellement peu sur la balance de notre coeur. Pour nous, Brenda Fassie restera à jamais la Madonne des oubliés, la voix de ceux que l’on n’entend pas, une Reine et Héroïne d’Afrique.

Natou Pedro Sakombi

 

Bella Bellow – La blueswoman d’Afrique

téléchargementBella Bellow, qui donc se cachait derrière ce nom de scène aussi mélodieux?

Mais qui est donc cette artiste-chanteuse dont l’effigie orne magnifiquement bien les timbres du Togo à certaines périodes? Peut être l’avez-vous déjà entendu chanter, et certainement avez-vous été charmé par son talent. Ou alors vous ne la connaissez simplement pas. Bella Bellow est la pionnière de la chanson togolaise moderne, une artiste africaine inoubliable qui nous a quitté dans la fleur de l’âge, une Reine et une Héroïne d’Afrique…Voici son histoire.

Georgette Nafiatou Adjoavi alias Bella Bellow est née le 1er janvier 1945 à Tsévié, une ville à 35 km de Lomé (Togo).

Son enfance, elle le passe à Agoué-Nyivé dans la préfecture du Golfe. Ayant terminé ses études primaires et secondaires avec brio, Georgette décide poursuivre des études de secrétariat à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où elle apprend le solfège à l’École des Beaux-Arts. En 1963, la Belle offre pour la première fois au public l’occasion de l’écouter chanter, lors d’une fête scolaire. Sa beauté, sa voix suave et le charisme qu’elle dégage sur scène faisant grande  impression, on ne cessera plus de l’inviter aux fêtes populaires et aux récitals scolaires. L’un de ses professeurs aux Beaux-Arts qui voit en elle une carrière plus que prometteuse, la présente au grand Gérard Akueson, producteur qui perce dans les milieux du show-biz.

téléchargement (2)Akueson devient son impressario, on lui donne son nom de scène, Bella Bellow, et on lui déniche de bonnes prestations. Ainsi, en 1965, Bella Bellow est sollicitée par le Président Hubert Maga du Bénin pour chanter à l’occasion de la fête de l’Indépendance de l’ex-Dahomey. En 1966, elle participe au tout premier Festival mondial des Arts Nègres à Dakar au Sénégal. Le public est parfaitement et simplement tétanisé en écoutant la voix chaude et veloutée de la jeune togolaise. Il émane d’elle ce que personne ne parvient à décrire, même si les avis sont unanimes sur un fait, hommes et femmes veulent  contempler et écouter Bella Bellow chanter à n’en plus finir. On parle de douceur, de candeur, de frissons, de mélancolie mêlée à de la joie et et de beaucoup d’autres caractéristiques pour décrire la présence de Bella Bellow sur scène. On la sait fan de l’artiste sud-africaine Miriam Makeba, de qui elle s’inspire notamment en reprenant les folklores togolais et en leur apportant une rythmique plus moderne, mais on ne dénote en elle aucun soucis d’ imitation de Mama Afrika; Bella Bellow reste elle-même, c’est à dire une artiste unique en son genre.

 

Au départ du Festival mondial des Arts Nègres, la bella et charmante Bellow voit les portent de la scène internationale s’ouvrir davantage à elle. L’Afrique entière la réclame, de Cotonou, Dakar, Bamako, en passant par Libreville, Douala, Brazzaville ou Kinshasa, l’artiste fait salle comble. Ses prestations débutent toujours en face d’un public émerveillé, en pleine hystérie ensuite et saluant la note finale de Bella par un standing ovation.

Gérar Akuesson, son producteur et premier éditeur phonographe africain en France, l’emmène à Paris.

Bella Bellow y voit le rêve de tous les artistes de son époque s’accomplir pour elle en montant sur la scène de l’Olympia.

Après cette prestation remarquable, le destin fantastique de notre diva la conduira sur d’autres podiums internationaux. Ainsi, elle est invitée au Festival de la chanson populaire de Rio de Janeiro au Brésil, où elle se produit au mythique Stade de Maracana devant plus de 100 000 spectateurs qu’elle enivre par sa voix mielleuse.

On la surnomme rapidement la « Blueswoman d’Afrique« , et c’est désormais toute l’Europe qui lui ouvre ses portes.

Elle est invitée à Athènes en Grèce, à Split en ex-Yougoslavie, à Rennes en France ou à Berlin, en Allemagne. Le public des Antilles aussi veut l’entendre, elle preste en Guyane et en Guadeloupe.

bella bellowBella Bellow enregistrera son premier disque à Paris, Rockya, qui fera parti de la compilation d’un album intitulé « Trente ans de musique africaine ». Mais lorsqu’elle décide de vivre à Paris, la blueswoman se sépare de Gérard Akueson.

On attribue à l’artiste et à son producteur une liaison amoureuse qui serait à l’origine de leur séparation. L’amour et les affaires ont ils eu raison du couple? On ne le saura jamais. Toutefois, les mauvaises langue insinuent qu’Akueson aurait gardé une dent contre Bellow. Il a fait d’elle une grande étoile internationale et sa réussite après lui entraine toute une série de ressentiments. Et pour cause, Bella fait fureur en créant son propre groupe musical « Gabada », du nom d’un rythme musical du terroir togolais.

Le point fort de Bella Bellow est de transmettre des émotions en tout genre. Elle touche par exemple ses auditeurs avec Blewu, une prière dans la douleur et véritable negro spiritual. Avec Lafoulou, elle fait rêver les foules sous un rythme de bossa nova. Les hommes aiment particulièrement l’entendre interpréter Nye Dzi, un chant dans lequel Bella rassure son amour : « Je ne te tromperai jamais ! Où tu iras, j’irai. Où tu seras enterré, je mourrai. Même la mort ne saura nous séparer ». Et il y a sa chanson fétiche, « Dényigban », une ode à la mère patrie, le Togo.

Mais Bella Bellow n’a pas qu’une vocation artistique, elle veut être femme au foyer et mère. Elle épouse le magistrat togolais Théophile Jamier-Lévy et donne naissance à sa fille unique,  Nadia Elsa.

Sa nouvelle vie de famille lui coûtera quelques temps d’absence sur scène, mais son public ne lui en tiendra pas rigueur, elle méritait tant d’être heureuse!

En 1973, la diva prépare son retour avec le roi de la soul Makossa, le Camerounais Manu Dibango, qui lui propose une tournée internationale et cette fois, jusqu’aux Etats-Unis. Cette tournée n’aura malheureusement jamais lieu.

Nous sommes le 10 décembre 1973. Bella Bellow se trouve à bord d’une Ford Capri conduite par son chauffeur. Elle revient de sa ville natale, et se dirige vers Lomé, et c’est là que la malheur la arrive! Un accident plus qu’absurde les surprend son chauffeur et elle, vers Lilikopé, dans la préfecture de Zio. Jusqu’à ce jour, on ne parvient à expliquer de quelle façon le véhicule s’est retrouvé quatre pneus en l’air! Projetée au dehors, Bella se cogne la tête contre le bitume. Elle meurt sur le coup, victime d’une hémorragie cérébrale. Elle n’a que 27 ans.

bella bellow2Plusieurs bruits circulent autour de la mort tragique et imprévue de l’artiste. Certains y voient un assassinat réussi grâce au sabotage du véhicule de la diva. D’autres vont jusqu’à mettre en cause Akweson, l’ex-producteur et amant de Bella Bellow, qui aurait souhaité l’éliminer avant sa tournée aux USA. Certaines rumeurs ont évoqué une rivale éprise de jalousie et qui aurait payé le personnel domestique de la chanteuse pour saboter la voiture; bref, on peut compter par centaines les avis et les différentes versions sur les circonstances de la mort de Bella Bellow. Si elles pouvaient au moins la ramener…Hélas, la diva repose encore à ce jour sur sa terre natale, et elle s’est tu à jamais.

Le Togo est toujours à la recherche d’une artiste digne du talent de Bella Bellow. Qui sait, on ne la trouvera sans doute jamais. Plus qu’une simple artiste de la chanson, Bella Bellow faisait la fierté de son pays. Elle n’est et ne sera jamais oubliée. Une salle de spectacle dénommée « Salle Bella Bellow » en est certainement le témoignage le plus marquant.

C’était le récit de la vie de la blueswoman d’Afrique, Bella Bellow, une Reine et Héroïne d’Afrique.

Natou Pedro Sakombi

 

Muilu Marie, Héroïne de la foi Kimbanguiste

muilu

L’épouse du grand SIMON KIMBANGU participa véritablement à établir les fondations de l’église africaine la plus imposante et la plus organisée de l’histoire. Et on peut sans conteste affirmer qu’elle marqua le début du « kimbanguisme » et qu’elle en est le pilier. Invincible et téméraire, MAMAN MUILU ne fléchit jamais face aux intimidations et aux menaces des autorités coloniales mais suivit scrupuleusement les recommandations de son époux afin de poursuivre son oeuvre. Et si Simon Kimbangu est aujourd’hui reconnu comme l’un des plus grands prophètes d’Afrique, beaucoup ignorent encore l’impact extraordinaire qu’eut son épouse sur les événements qui suivirent son incarcération et son assassinat.

Muilu Marie Kiawanga Nzitani, fille de papa Mfuka du village de Nkamba et de mama Tuba du village de du village de Kingombe est née le 7 mai 1880 à Nkamba. Elle fut mariée pour la première fois à Ndompetelo Mpata Mia Mbongo, cousin de Simon Kimbangu, qui plus tard deviendra son époux. Ils vécurent ensemble durant plusieurs années et de leur union naquit une fille, Nkitudia Nelly.

Plus tard, lorsqu’il sentit sa mort proche, Ndompetelo fit appeler son cousin Simon et lui fit cette recommandation :

« Simon, je suis ton cousin. Je sens la mort approcher à grand pas, et lorsque je quitterai la terre des hommes, je souhaiterais que tu prennes comme épouse Marie Muilu. C’est moi-même ton cousin qui en a décidé ainsi, car je ne veux pas que Marie et ma fille soient désorientées. Voilà pourquoi en ce jour je te la confie, épouse-la ! ».

Après la disparition de Ndompetelo, les anciens du village se réunirent pour étudier les dernières volontés du défunt et voir comment les appliquer. Toutes les modalités furent arrêtées et une dot fut payée pour le deuxième mariage de Muilu. Ainsi, elle devint l’épouse de Simon Kimbangu et sa fille, Nelly Nkitudia, en devint la fille adoptive. Simon Kimbangu qui avait au départ songé à épouser une certaine Mademoiselle Mbangi, préféra plutôt accomplir les dernières volontés de son cousin en épousant coutumièrement Marie Muilu.  Et le 4 juillet 1915, juste après leur baptême, le couple se maria religieusement. La cérémonie du baptême se déroula à Ngombe-Lutete et le mariage religieux fut célébré au village de Masangi par le diacre Kusandanga de la Baptist Missonary Society de Ngombe- Lutete.

muilu-marie-3Vers 1918, Kimbangu se mit à monologuer régulièrement dans son sommeil. Et un jour, Muilu interrogea son époux sur ce fait pour le moins étrange: «Pourquoi donc parles-tu dans ton sommeil ? ». Ce dernier lui répondit que Jésus-Christ était en train de lui confier une très grande mission. A ces mots, Muilu ne put que l’encourager et lui faire la promesse de le soutenir quoi qu’il advienne. Ainsi, le 5 avril 1921 exactement, Kimbangu demanda à son épouse de faire retentir la cloche qui annoncerait le rassemblement des fidèles pour le premier culte matinal. Le 6 avril 1921 à 6h du matin, Muilu fit effet sonner la cloche,  et ce fut la coutume avant chaque culte.

Le 12 septembre 1921, un évènement viendra bousculer à jamais la vie du couple et le devenir de la congrégation : Kimbangu est arrêté par l’autorité coloniale belge, ce qui marque le début d’une période de péripéties pour Muilui et ses enfants, Kisolokele Charles Daniel, Dialungana Salomon et Diangienda Kuntima Joseph. Le 15 septembre 1921, ils sont tous arrêtés puis séparés les uns des autres. L’aîné, Kisolokele, est envoyé à Boma alors que Muilu et les deux autres enfants, Dialungana et  Diangienda, sont assignés à Ngombe Kinsuka à N’Kamba.

Le 3 octobre, le jugement rendu à l’encontre de Simon Kimbangu le condamne à mort. Mais avant son incarcération, il demande à voir sa femme et ses enfants. Sa requête est acceptée et la rencontre a lieu le 10 octobre 1921. C’est ce jour-là précisément qu’ il confiera à son épouse la mission de préserver l’église et de veiller sur les fidèles. Muilu Marie deviendra de ce fait la responsable officielle de l’église que nous connaîtrons plus tard comme l’Eglise kimbanguiste.

Durant sa mission, Muilu fit preuve d’un courage exemplaire, car en dépit de l’interdiction formelle de se rassembler en des lieux de prières, elle organisait clandestinement des rencontres à Ngombe Kinsuka depuis l’arrestation de Simon Kimbangu jusqu’à sa mort, à savoir entre  1921 et 1959.

muilu-marie-2On rapporte au sujet de Muilu Marie qu’elle était une femme remarquable, dotée d’un amour vrai et toujours prête à aider son prochain. Elle possédait un sens inné de l’hospitalité, bien qu’il manquait souvent à elle et à ses enfants de quoi se vêtir et se mettre sous la dent. Aussi, les mauvais traitements que les missionnaires belges lui infligeaient ne la décourageaient pas, bien au contraire, on la disait très forte moralement et spirituellement, sa foi lui permettant de surmonter chaque épreuve.

Le 12 avril 1959, Muilu octroie des cartes de catéchistes aux premiers responsables de l’Eglise Kimbanguiste dans le but de poursuivre l’œuvre laissée par son époux. Le même jour, elle délégua la direction de l’église à son fils Diangienda. Et quinze jours plus tard, le 27 avril 1959 exactement, Muilu rendit son dernier souffle et se fit enterrer après deux jours à Ngombe Kinsunka, soit le 29 avril 1959. Elle aurait déclaré avant sa mort : « Si je ne pars pas, cette situation ne changera guère ! La parole de Dieu doit s’accomplir ! » Et en effet, c’est après son décès que l’Église kimbanguiste fut reconnue officiellement par l’État colonial belge. C’était le 24 décembre 1959.

Si plusieurs personnages illustres de l’Histoire eurent à leur côté des femmes exceptionnelles,  il faut reconnaître que l’histoire tend à oublier l’impact et le rôle décisif qu’avait joué Muilui Marie, épouse de Simon Kimbangu, pendant sa mission, durant son incarcération et après sa disparition. En effet, derrière le prophète africain et le père-fondateur de l’Eglise kimbanguiste, se cachait en réalité une femme de haute estime, Muilu Marie,  dont le courage et la persévérance furent la pierre angulaire de l’Eglise kimbanguiste.