Ce que matriarcat n’est pas…de l’afroféminisme!

Un article signé Christelle Kedi pour RHA-Magazine

 

matriarcat-2Aujourd’hui en Occident, même parmi certains ‘penseurs’ dits panafricains, la méconnaissance du rôle des femmes afro-descendantes dans l’expansion civilisationnelle de l’Afrique et de sa diaspora est largement partagée. Véhicules de cette ignorance collective, certains ‘savants’ ont même tendance à renforcer les stéréotypes néo-coloniaux concernant ces femmes ‘racisées’. Ces diffamations: ‘black angry woman’, ‘mère seule’, ‘prostituée’, ‘(afro)féministe’ et ‘mante religieuse’ nourrissent désormais l’imaginaire des hommes blancs ou noirs et parfois justifient la trivialité chez certains d’entre eux, donneurs de leçons. Pour marquer son territoire, la femme afro-descendante se retrouve en situation permanente de conflit: interne à son groupe (les femmes noires), externe à celui-ci (les non-noirs) et finalement périphérique (les hommes noirs). Les autres femmes afro-descendantes ne lui pardonnent pas sa prise de conscience: cette dernière les renvoie à leurs lacunes à la fois intrapersonnelles et interpersonnelles. Les non-noirs tentent de la récupérer idéologiquement tandis que les hommes noirs adoptent une stratégie de condescendance néfaste pour tous: l’exogamie des mâles dominants en Europe et aux USA. En Afrique, en fonction du fond socio-culturel hérité des Anciens, la femme est encore susceptible de bénéficier parfois d’un sort plus clément si elle est mariée, divorcée, mère et/ou possédante (Koisse,2011) à l’instar de ses consoeurs Asiatiques ou Occidentales.

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La femme européenne et sa consoeur afrodescendante féministe sont en perpétuelle recherche d’identité socio-politique, de validation masculine et matérielle. […] Il a été démontré précédemment que le patriarcat tout comme le matriarcat, sont des systèmes sociétales. Ni l’un ni l’autre n’est un régime juridique. Il a été également analysé l’essence de ces deux systèmes: le premier est fondamentalement capitaliste tandis que le second est profondément collectiviste. La différenciation existant entre l’androcentrisme et le patriarcat a été interpellée grâce au lien qui les unit: c’est la société patriarcale hellénique qui a donné naissance à l’androcentrisme occidental contemporain. C’est également le matriarcat africain précolonial qui se serait transformé en matrifocalité aux Antilles. C’est au sein du patriarcat qu’est né le féminisme. Réponse à une oppression millénaire, ses fondements anthropologiques résultent de la misandrie et du rejet du patriarcat. Le féminisme n’a aucune attache philosophique avec le matriarcat.

Christelle KEDI  – Extrait de Blacktherapie  ‘Matriarcat’

Au sujet de l’auteure:

christelle-kediChristelle Kedi est une artiste de maquillage primée (GLE One London, Rising Star 2008 ainsi que Women4Africa, maquilleur de l’année 2012), une consultante de mode créative, auteure et conférencière. Son premier livreBeautifying the body in ancient Africa and today (2013, Books of Africa) est un voyage historique et identitaire à travers la vision africaine de la beauté et des secrets séculaires. Son deuxième livre Afropolitanism and Black blogosphere (2016, Books of Africa) est une sélection de 21 études de cas de blogueurs Afropolitan noirs dans la beauté, la mode et le mode de vie à travers 9 pays européens. Christelle Kedi est également la conceptrice des  formations Black Thérapies à Paris. 

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F​éminisme, black feminism et afroféminisme

Un article signé Christelle Kedi pour RHA-Magazine

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Le féminisme serait la conséquence d’une combinaison de différents facteurs d’essence historique, sociologique, économique et philosophique. Autant la misandrie est devenu une réalité quelquefois associée à des pensées et actions extrémistes dans des pays comme le Canada ou encore les Etats-Unis, autant le patriarcat institutionnel de certaines cultures dominantes aujourd’hui, a justifié que le XXème siècle marque un tournant décisif dans la quête d’égalité entre hommes et femmes dans ces sociétés principalement issues du berceau nordique. Le féminisme est une réponse Indo-Aryenne à la culture du patriarche nomade que les anthropologues placent au début des civilisations de langues indo-européennes. Le féminisme est un combat qui s’évertue à recréer une certaine harmonie dans la société, il ne s’agit pas de justice. Un idéal d’égalitarisme, de respect, de conscience aussi. Le féminisme occidental en particulier, s’est notoirement penché sur les questions qui affectaient principalement la gestion du corps de la femme, la citoyenneté féminine et son rôle dans toutes les sphères publiques et privées.

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Le féminisme est indéniablement la gestion d’un conflit: le patriarcat. Un conflit se définit comme une perspective qui révèle les dysfonctionnements ou les inégalités sociales, politiques et/ou matérielles au sein d’un groupe donné. Le féminisme est un phénomène de société qui présente des éléments conflictuels puisqu’il puise son avènement au coeur des inégalités millénaires subies par les femmes Européennes. Selon Dana (1997), la négociation est un procédé qui consiste à développer des stratégies de résolution ou de prévention de conflits. L’afroféminisme francophone est une conséquence du Black Feminism qui fait partie de la troisième vague féministe: une gestion locale des conflits socio-raciaux et genrés. Lancé en 1992 par Rebecca Walker (filleule de la controversée et ex-agent CIA Gloria Steinem), le Black feminism de la troisième vague, applique l’intersectionnalité de la classe, de la race et du genre, académiquement introduite par Crenshaw en 1989. La notion d’intersectionnalité de trois facteurs d’oppression des femmes avait déjà été présentée par les féministes radicales (séparatisme, féminité et réforme sociétale) ou encore les féministes marxistes (féminité, capital et oppression sociale). L’ajout de l’élément racial avait été amorcé par Angela Davis (1981) mais d’un point de vue marxiste.

Christelle KEDI  – Extrait de Blacktherapie  ‘Matriarcat’

Au sujet de l’auteure:

christelle-kediChristelle Kedi est une artiste de maquillage primée (GLE One London, Rising Star 2008 ainsi que Women4Africa, maquilleur de l’année 2012), une consultante de mode créative, auteure et conférencière. Son premier livre Beautifying the body in ancient Africa and today (2013, Books of Africa) est un voyage historique et identitaire à travers la vision africaine de la beauté et des secrets séculaires. Son deuxième livre Afropolitanism and Black blogosphere (2016, Books of Africa) est une sélection de 21 études de cas de blogueurs Afropolitan noirs dans la beauté, la mode et le mode de vie à travers 9 pays européens. Christelle Kedi est également la conceptrice des  formations Black Thérapies à Paris.