Les Reines de l’Empire Kuba: le mystère des masques de la Reine-Mère Ngokady

kuba4Les Bakuba (« ba » étant la marque du pluriel) sont une ethnie du centre de la République Démocratique du Congo, entre le Kasaï-Occidental et le Sankourou. Organisés en royaume depuis le XVIIe siècle, les Bakuba formaient une société centralisée et très hiérarchisée qui avait développé un art de cour, principalement celui du statuaire. Le Royaume Kuba regroupait près de 20 peuples bantous regroupés en différents états dont les populations étaient les Luba, les Leele, les Pende, les Dengese et les Wongo. L’histoire nous révèle que la femme occupait une place privilégiée, voire singulière, chez les Bakuba. L’une d’elle, une reine, viendra révolutionner la société kuba en introduisant le fameux mystère de deux masques en bois ornés de perles et de cauris, appelés « ngadyi a mwashi » et « moshambuyi ». Son nom, Ngokady! Qui était-elle?

Si dans l’Empire Bakuba le roi est un être sacré et entouré d’un rituel complexe, la reine mère et la soeur du roi  jouent un rôle encore plus important car la succession est matrilinéaire, à  l’instar de tant de sociétés africaines anciennes. Le matriarcat de la société traditionnelle  Kongo, dont fait partie l’Empire Bakuba,  trouverait son origine dans son mythe fondateur  : l’ancêtre original  des Bakongo, la Nkâka ya kisina, serait une femme répondant au nom de Nzinga. Elle était la fille du roi Nkuwu mais aussi l’épouse de Nimi. Ainsi,  Nimi’a Lukeni Lwa Nzinga fut  le premier Mwene Kongo attesté dans les annales traditionnelles.

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Mythe fondateur de l’Empire Kuba et origine de son système matrilinéaire

kuba1Sous le règne de Wootfondateur du Royaume Kuba, fils du ciel et de la terre qui se réincarnerait dans le corps de ses souverains successeurs, la femme se voit concéder une place prépondérante. Woot lui attribue la technique de production du feu par friction, ce qui en fait d’elle la dignitaire. Mais c’est au 12ème siècle que le système matrilinéaire va véritablement naître au sein des Kuba, grâce au souverain Woot Makup. Ce dernier récompense sa fille et fait de ses petits enfants ses héritiers et successeurs, déshéritant de ce fait ses propres enfants mâles. Ainsi, il fait de la femme le pilier du royaume naissant et instaure un système de succession matrilinéaire, au détriment du système patriarcal. Dès lors, il n’est pas rares de rencontrer des reines-mères ou des reines-régentes au sein du Royaume Kuba. L’une d’entre elles, la reine-mère Ngokady, célèbre pour avoir appris aux Kuba à cultiver le pili-pili (piment), participera activement à l’émergence culturelle et surtout artistique du Royaume, alors qu’elle exerce la régence de son fils. Ngokady sera à l’origine de la création d’un masque représentant les femmes, mais destiné à être porté par les hommes.

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Le masque qui représente la sœur du héros fondateur de l’Empire Kuba, le roi Woot est nommé « Ngadyi a mwashi ». Mais pour accompagner ce masque féminin, Ngokady commandite la fabrication d’un masque représentant les hommes. Elle le nomme « Moshambwuyi ». Les masques sont ornés de cauris, de raphias et de nombreux motifs triangulaires sombres et claires. Ceux du front font référence à « la maison du roi». Durant le rituel qui accompagnent le port des masques Ngadyi a’mwaashi et Moshambwuyi , les danseurs reconstituent les épisodes mythiques de la cosmogonie Kuba, y compris l’acte sexuel qui perpétua de la dynastie Kuba. Par ce rituel, la souveraine soulignera la complémentarité homme-femme, nécessaire à la bonne marche du royaume. Toutefois, l’incapacité de la femme à exercer des fonctions officielles durant certaines périodes va se démontrer de manière fortuite à travers un incident plus que gênant: la reine-mère Ngokady aurait subitement eut ses menstrues en pleine réunion du Conseil! D’aucuns, certainement parmi l’assistance masculine, se serviront de l’incident pour déclarer la femme inapte à exercer durant ses menstrues ou durant ses derniers mois de grossesse, période lui rappelant qu’elle ne doit jamais chercher à se faire homme.

kuba2Vers 1630, le roi Shyaam a Mboul a Ngoong succède au trône kuba et offre à l’empire sa forme la plus achevée. Enfant d’une esclave du Bas-Kongo, arraché à sa mère biologique et adopté par une princesse Kuba, Shyaam a Mboul a Ngoong rapportera du Bas-Kongo la culture du maïs, du manioc, des haricots et du tabac, mais aussi le tissage, la broderie, de nouveaux styles de forge et de sculpture sur bois, ce qui viendra renforcer les efforts de promotion de l’art que soutenait Ngokady. C’est sous son règne que l’art du statuaire kuba sera magnifié. Mais ce qu’il faut surtoit retenir du règne de Shyaam a Mboul a Ngoong, c’est la mise en place concrète de l’organisation matrilinéaire dont les fondements furent lancés par Woo Makup. Le rôle de la femme devient primordiale et il est clairement défini dans les lois de succession. Mais le monarque ira plus loin dans son innovation en instaurant le système du « harem royal ». Ainsi, aux femmes célibataires de la cour seront présentés les jeunes gens de l’empire, tout droit sortis de leur initiation, et les soeurs du rois pourront en épouser plusieurs. C’est de cette manière que la polyandrie kuba sera introduite à la cour,  accordant aux femmes un certain privilège sur leurs maris , lesquels ne pouvaient se prévaloir d’aucun droit sur leurs épouses. Il n’était pas rare de voir les sœurs du roi user de leur pouvoir sur leurs fils, successeurs présomptifs, même si un inceste réel ou présumé permettait parfois au fils élu, le Nyimi (roi), de s’affranchir de la tutelle maternelle.

Natou Pedro Sakombi

 

Sources: 

  • Women and political power, Mary Nooter Roberts (University of California) (africa.uima.uiowa.edu)
  • La femme dans la société congolaise : de l’ascension à la perte de son pouvoir,  Anne-Marie Akwety  – Unikin

  • « Notes Ethnographiques sur des Populations Habitant les Bassins du Kasaï et Kwango Oriental », E.Torday & T.A.Joyce (Annales du Musée du Congo Belge)
  • ammafricaworld.com: Histoire du Royaume Kuba
  • The Children of Woot: A History of the Kuba Peoples,  Jan Vansina (University of Wisconsin Press)

De la déesse Sekhmet à la Lionne Nyabinghi, Reine intemporelle des Rastafari

nyaDerrière son nom, « Nyabinghi« , qui veut dire la « victoire des Noirs » (Nya= Noir, binghi=victoire) dans la langue de la région de Kush qui se situe entre l’Egypte et l’Ethiopie actuels,  se cache une histoire quelque peu compliquée.

Le nom tient son origine d’un terme pour définir un soulèvement anti-colonialiste dans le sud-ouest de l’Ouganda, au milieu du 19ème siècle et au début du 20ème. Ce mouvement avait été mené par un groupe de femmes dont la leader était une guérisseuse charismatique répondant au nom de Muhumusa, vraie meneuse dans la lutte contre l’armée coloniale germanique. On dit qu’elle était possédée par l’esprit d’une reine amazone légendaire nommée Nyabinghi, et qu’elle-même avait hérité de ce titre.
Mais cette amazone qui possédait Muhumusa a t-elle véritablement existé? Certains historiens attribuent l’histoire à une légende et pensent que les Africains s’étaient inventés une Reine des Reines Africaine, envoyée de Dieu et de son fils pour venger le peuple noir. Ils l’auraient vue en la personne de Makeda, reine de Saba ou en l’Impératrice Candace. Et dans une grille de lecture occidentale, tout cela n’est que fable et invention créée par l’homme noir dans le but de se rassurer d’un salut imminent et divin. Les Africains persisteraient à croire que l’esprit de cette Reine des Reines prend possession de différentes femmes noires à travers les époques.

Cependant, nous constaterons dans ce récit qu’en réalité, l’origine de Nyabinghi ne remonte pas à Muhumusa, ni à une reine amazone. Et pour en comprendre le sens, il y a lieu de simplement garder en mémoire que Nyabinghi est le nom commun porté par une série de reines guerrières africaines et qu’il s’agit d’un seul esprit agissant en elles toutes. Et la première Nyabinghi habitée par cet esprit était également la première à porter ce titre et ce nom, raison pour laquelle celles qui l’ont suivi le portèrent aussi bien.

nya3à gauche, représentation de la Déesse Sekhmet

Quel esprit possédait donc les Reines Nyabinghi?

La toute première Reine des Reines « Nyabinghi » aurait vécu en Egypte. Il s’agissait de Sekhmet, déesse guerrière représentée par une tête de lionne et instrument de la vengeance de Rê contre l’insurrection des hommes. Redoutable, de sa bouche de lionne sortaient les vents du désert. Ce serait donc l’esprit de Sekhmet qui agirait en toutes les Reines connues sous le nom de Nyabinghi. Retenez bien ce point de l’histoire, il vous sera nécessaire à saisir la suite du récit.

La première Reine  à porter le titre de Nyabinghi

Selon une autre histoire, la première Nyabinghi qui aurait hérité de l’esprit de Sekhmet était une Reine-Prêtresse de la province de Kush (Ethiopie et Egypte) qui s’était rebellée contre la précarité d’une vie que menait son peuple suite à une occupation étrangère. Coiffée de dreadlocks et descendante du Roi des Rois de la région de Kush, elle se serait enfuie suite aux menaces des oppresseurs et envahisseurs qui occupaient sa terre natale. Égarée dans les forêts épaisses jusqu’à atteindre les régions de l’actuel Congo, Soudan et Ouganda, et grâce à sa témérité, elle aurait en peu de temps réussi à créer une guérilla et formé une armée de rebelles, tous portants des dreadlocks et connus comme les « Enfants de Nyabinghi » ou sous le diminutif de « Binghis« .

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Nyabinghi les aurait entrainé à retourner sur sa terre natale et à attaquer les envahisseurs de son peuple grâce à une embuscade intelligemment élaborée. Sa force et son courage à diriger son armée étant conduits par l’esprit de Sekhmet , les envahisseurs avaient rapidement pris la fuite. La justice, la paix et la stabilité avaient enfin regagné la région de Kush.

Nyabinghi aurait laissé un code de vie à ses prédécesseurs, les « Codes de vie de Nyabinghi »:

  • Premièrement, Nyabinghi est un vrai défenseur de la paix, de la justice et de l’ordre sur la terre-mère. Il n’y a rien de plus précieux à Nyabinghi que la terre d’Afrique où les Binghis ont tous vu le jour, où ils ont grandi.
  • Nyabinghi aime l’humanité toute entière sans exception. Elle glorifie les œuvres du père et du fils et les Binghis doivent en faire autant.
  • Les Binghis sont les gardiens de la terre-mère et les frères et soeurs de tous les êtres vivants de la création. Ils doivent les aimer, les respecter et constamment leur témoigner de la compassion.
  • Les Binghis doivent en tout temps aspirer à la justice et la manifester dans leurs actes, leurs pensées et leurs paroles. Ils ne doivent jamais pratiquer le mal car c’est le mal qui affaiblit le fort.
  • Les Binghis doivent toujours partager leur eau avec ceux qui ont soif, leur nourriture avec ceux qui ont faim, leurs vêtements avec ceux qui sont dépouillés et leur bateaux avec ceux qui doivent voguer au loin.
  • Nyabinghi fait preuve de loyauté et de sincérité avec le juste, mais celui qui agit avec injustice sera éprouvé par le feu.

Différentes versions nous parlent de la fin de Nyabinghi. Pour certaines, elle aurait été tuée au combat, pour d’autres, elle aurait cessé de se battre après avoir perdu un oeil, ou après avoir perdu un enfant. Le fait demeure que la Reine des Reines aurait connu une fin peu glorieuse. Toutefois, elle aurait tellement été vénérée que l’on pense qu’elle aurait disparue de la surface de la terre. Les médiums, les prophètes et les sages confirment ces faits et disent être régulièrement en communication avec la Sainte Patrone de l’Afrique de l’au-delà. On dit même que Nyabinghi revient à la vie partout où les enfants d’Afrique font appel à elle, que ce soit en Afrique ou dans la Diaspora.

Pendant des millénaires, elle sera adorée et vénérée en Afrique. Tous les  médiums, les prophètes et les adeptes de Nyabinghi se reconnaissent facilement par leurs caractéristiques communes: ils portent des dreadlocks, un lion ou une lionne comme totem et ont fait le serment de toujours placer le bien être de l’Afrique en priorité.

D’après les premiers colons et maitres esclavagistes anglais, les adeptes de Nyabinghi avaient formé une très grande société secrète  à travers tout le continent et leur manifestaient une sérieuse résistance. Leurs présences étaient simultanément relevées au Nigéria, en Sierra Leone, en Gambie, au Sénégal, au Soudan, au Congo et en Ouganda. Et malgré les armements sophistiquées des soldats britanniques, ces derniers ne parvenaient à cerner le courage des Binghis. Ils étaient prêts à se battre jusqu’à la mort et voyaient en leur fin une certaine dignité royale. C’est comme s’ils recherchaient carrément à mourir dans ces conditions.

Cette résistance a même été retrouvée parmi la communauté des Marrons des Caraïbes et en Amérique du Sud, où les Binghis n’hésitaient pas à comploter pour empoisonner les maitres esclavagistes et leurs bétails ou à vandaliser leurs domaines et leurs plantations.

Maintenant souvenez-vous de Muhumusa, évoquée au début de ce récit. Les colons européens firent sa rencontre au 20ème siècle, alors qu’elle était à la tête d’une guérilla de Binghis composée uniquement de femmes. Ceux qui la soutiennent pensent qu’elle est la réincarnation de la Reine de Kush, en l’occurrence la première Nyabinghi à avoir hérité de l’esprit de Sekhmet. Ses adeptes portaient des dread locks, fumaient du cannabis, et se battaient avec violence contre les colons allemands. Muhumusa est décrite dans les anales allemandes comme une femme au caractère bien trempé, extrêmement forte physiquement et très courageuse.

Le mouvement Nyabinghi sera condamné par les Britanniques et considéré comme de la « sorcellerie » et l’ordonnance de 1912 en faveur du christianisme  interdira formellement toute pratique du culte de Nyabinghi, cérémonie pendant laquelle l’esprit de la déesse à la tête de lionne est invoqué et où les adeptes chantent et dansent pour elle, bien souvent en transe.

Muhumusa sera capturée par les Britannique et sera détenue prisonnière jusquà sa mort à Kampala (Ouganda) de 1913  à 1945, ce qui n’empêchera pas à ses adeptes de continuer leur lutte contre le colonialisme. L’armée féminine dont elle était à la tête sera dirigée successivement par d’autres femmes, parfois des hommes, en qui l’esprit de la Déesse Lionne, Patronne de l’Afrique, Fille et Mère du Grand Dieu et  Reine des Reines Sekhmet-Nyabinghi, vient habiter pour les aider à combattre les envahisseurs et ennemis de l’Afrique.

Le lion, symbole de royauté du mouvement Rastafari
lion

nya2Le mouvement de résistance des Binghis aura un très gros impact sur la tradition Rastafari et notamment en ce qui concerne les Codes de Vie de Nyabinghi. En Jamaïque, la traduction de Nyabinghi signifie « mort à l’oppresseur blanc et à ses alliés noirs ». Notons que l’Ordre Nyabinghi est l’un des piliers du Mouvement rastafari. Le culte est entièrement consacré à Hailé Sélassié que l’on dit être  l’incarnation de Dieu sur Terre (Jah), et du Christ Noir, revenu sur terre en son caractère royal. Le mouvement Rastafari encourage le retour en Afrique pour tous les Noirs de la diaspora tel que le revendiquait notamment Marcus Garvey.  L’Histoire de l’Afrique y tient une place primordiale.

 

Natou Pedro Sakombi

NEFERTITI, la Belle est venue…

Nefertiti1Qu’elles aient été reines, princesses ou des divinités, les grandes dames de l’Egypte antique ont toujours fasciné les amoureux de cette merveilleuse civilisation. Mais il en est une qui suscitera éternellement le respect et l’admiration grâce au grand mystère qui existe autour de son personnage et de son rôle. La Dame de Grâce, la Dame des deux Terres, Maîtresse de toutes les Femmes, la Grande Épouse Royale, la Femme du Grand Roi, l’Épouse Principale du Roi et sa Bien-Aimée et l’on en passe, autant de titres honorifiques réservés à une seule et même femme…Vous êtes sur le point de lire le récit de l’une des pus grandes reines que l’humanité n’ait jamais connue…Voici l’histoire de la Reine Néfertiti d’Egypte.

Néferkhéperou Rê, un prince de 15 ans et fils d‘Amenhotep III, devient roi à la mort de son père. Il portera désormais le nom d’Amenhotep IV (ou en grec, Aménophis IV). Il épouse une jeune fille de 12 ans  d’une très grande beauté que le peuple va affectueusement surnommer Nefertiti, ce qui signifie « la belle est venue« . Les origines de cette nouvelle princesse nous sontt encore à ce jour très peu connue. Certains disent qu’elle n’était pas de lignée royale, qu’elle serait la fille  d’un ministre d’Amenhotep III, Aÿ, qui n’était autre que le frère de la Reine Tiyi. D’autres disent, qu’elle avait bien le sang bleu, et qu’il s’agirait de Tadoupika, la fille du roi de Mitanni , un royaume au nord de la Syrie. Ce roi, Toushratta, aurait fait venir sa fille de loin pour donner sa main au fils du roi d’Egypte, d’où son surnom qui sous entend qu’elle serait effectivement venue de loin. Mais cette thèse, nombreux sont ceux qui la réfutent, car elle voudrait dire que Nefertiti était étrangère à l’Egypte. Quand à sa mère, là aussi le mystère se prolonge. Certains pensent même que Nefertiti était la fille de Tiyi, là où d’autres disent qu’elle ‘était simplement sa nourrice.

Néfertiti donnera six filles à son époux Amenhotep. Le roi aura deux fils, Smenkhkare, avec une autre épouse royale, la Reine Kiya, et Tutankhamon, avec une autre épouse  dont le nom reste inconnue à ce jour.  

Nefertiti 

Akhenaton avait une relation très profonde avec la Grande Épouse Royale Néfertiti. D’après ce que nous en disent les reliefs des temples égyptiens, le couple royal était inséparable. Sur les fresques murales, ils apparaissent dans des scènes de bonheur intense, parfois entourés de leur famille et de façon quasi utopique. On y voit par exemple le couple s’embrasser en public à bord d’un chariot en or massif tirés par deux chevaux blancs où Néfertiti est assise sur les genoux d’Akhenaton. Le Roi qui l’aimait passionnément composera pour elle un poème d’amour inscrit sur une stèle, l’immortalisant comme la reine idéale. En voici un extrait:

« Et l’héritière, la Grande du Palais, au visage magnifique, ornée des doubles plumes, Maîtresse de la Joie, dotée de toutes les faveurs, dont la voix réjouit le Roi, la Grande Épouse Royale du Roi, sa bien-aimée, la Dame des Deux-Terres, Neferneferouaton-Néfertiti, qu’elle vive pour toujours et à jamais ».

Il est utile de rappeler qu’aucun autre monarque d’Égypte n’avait concédé à la Femme une place aussi importante que ne l’avait fait Akhenaton. Et cela se ressentait dans sa vie amoureuse tout comme dans sa façon de penser ou dans sa foi. Même s’il aimait Nefertiti plus qu’aucune autre femme et la plaçait au-dessus de tout, les fresques nous apprennent que ses autres épouses jouaient elles aussi des rôles considérables dans les cultes ou les cérémonies royales. Chaque épouse avait son sanctuaire qu’on avait coutume d’appeler « temple parasol« , situé dans un environnement végétal et aquatique pour rappeler l’importance de la femme dans le renouvellement du cycle de la création par le dieu Aton. Toutefois, c’est l’image de Néfertiti qui apparaitra aux quatre coins du sarcophage en granite d’Akhenaton. Sa grande épouse avait visiblement le rôle de protéger sa momie après sa mort, un rôle qui traditionnellement était joué par les déesses telles qu‘Aset, Neb-Hout, Selket ou Neith. Il s’agit là encore de l’une des nombreuses manifestations d’amour d’Akhenaton à l’égard de Néfertiti. Le couple royale a vécu à une époque particulière de l’histoire de l’Égypte. C’est une période de grande controverse religieuse et de  changement radical dans le culte égyptien. Le Roi et la Reine seront eux-mêmes responsables et déclencheurs de cette révolution. Akhenaton et Néfertiti vont être les initiateurs du culte rendu au dieu du disque solaire Atona.
 

 Les tendances portent à croire que Néfertiti a été l’initiatrice même de ce changement de pratique religieuse, incitant ainsi son époux à la suivre dans sa nouvelle démarche spirituelle. Elle occupe d’ailleurs des places importantes dans les cérémonies, elle devient la grande Prêtresse du culte voué à Atona. Et bien plus que des initiateurs, son époux et elle deviennent des intermédiaires obligatoires entre les hommes et le dieu du disque solaire. Tout être humain qui souhaite adorer Atona doit impérativement  passer par Nefertiti et Akhenaton. Le changement radical s’opère même dans leurs noms, et elle qui jusqu’alors se prénommait Néfertiti change son nom et devient Néfernéferouaton ce qui signifie Belle est la perfection d’Atona . Amenhotep prend le nom d’Akhénaton, c’est à dire Celui qui est bénéfique (ou utile) à Atona. Ils quittent leurs palais de Thèbes et de Memphis pour habiter à Akhet-Aton, « la ville de l’horizon d’Aton », une cité merveilleuse construite dans la plaine entre les falaises et le Nil, où toute  la cour et l’administration royales vont également déménager. Lorsqu’ils y emménagent, la nouvelle résidence est encore en pleine construction. Les temples dédiés au dieu unique Aton sont construits à ciel ouvert pour permettre à ses rayons bienfaisants d’y entrer.

 Hélas, la division va peu à peu s’installer au palais: des clans se forment et la relation du couple royale s’envenime. Après 12 ans de vie commune, les époux décident de se séparer définitivement. Akhenaton renie finalement sa promesse à Atona et à son peuple en rentrant  à Thèbes et en laissant Néfertiti seule à Akhet-Aton. Mais la Reine est une femme de caractère, farouche et déterminée, certes avec un brin de désespoir, elle s’acharnera à poursuivre le rêve chancelant.

C’est d’ailleurs à ce moment là que le grand maître sculpteur Djéhoutymosé taille le fameux buste immortel de Néfertiti. Elle a 25 ans, elle est jeune et déjà presque déchue, mais malgré cela, son regard demeure celui de l’éternité. , Petit à petit, la capitale Akhet-Aton est abandonnée par ses habitants. Nefertiti se retrouve seule au palais, passant en revue les multiples possibilité de relever les promesses faites à Atona. Akhenaton meurt à 30 ans des suites d’une longue maladie, laissant une Égypte affaiblie et désarmée devant ses voisins.

nefertitiFaux buste de Nefertiti (oeuvre de Borchardt qui a souhaité lui donner des apparences caucasiennes)

Personne ne connait le sort final de la Grande Néfertiti si ce n’est qu’elle serait morte à 35 ans et qu’on aurait perdu toute trace d’elle. Et pour cause, Horemheb, dernier pharaon de la XVIIIème dynastie ainsi que ceux qui lui succèderont maudiront la Cité et effaceront toute trace d’Akhenaton, de Néfertiti et du dieu Soleil.

On ne retrouvera le vestige de la Cité mystique d’Akhenaton et le buste polychrome de Néfertiti qu’en 1912, suite aux fouilles de l’archéologue allemand Ludwig Borchardt. Rappelez-vous ce fameux buste de la Reine Nefertiti. Elle vous apparait telle une femme de grande beauté, à la peau claire et aux traits caucasiens. Ne soyez pas dupes!  D’autres chercheurs allemands qui se sont basés sur une sculpture vieille de 3.400 ans et signé Djéhoutymosé, ont pu démontrer selon la tomographie du visage de cette œuvre que la Reine avait une petite bosse au niveau du nez et des traits qui visiblement étaient très éloignés de ce buste de Bordchardt.

 

nef1En juin 2003, la scientifique britannique Joann Fletcher de l’université de York et son équipe annoncent à la presse qu’une momie a été retrouvée dans une tombe anonyme et qu’ils sont presque certains qu’il s’agisse d’une célèbre reine égyptienne : Néfertiti.

Pour confirmer son identité et, ils font appel à deux experts britanniques spécialistes dans le domaine de l’investigation médico-légale, Damian Schoffield de l’université de Nottingham et Martin Evison de l’université de Sheffield. Ils sont tous deux spécialisés dans la reconstitution de visages à partir de crânes pour des meurtres dont l’identité des victimes n’est pas connue. Les deux spécialistes vont utiliser la méthode des rayons X qu’ils passeront tout autour de la boîte crânienne de la momie pour déterminer son identité. Ils ont ensuite mis au point un logiciel d’ordinateur à images 3-D  pour repérer là où les tissus humains devaient être incorporés. Puis, ils ont ajouté les muscles faciaux au visage pour lui donner son aspect et sa morphologie. Pour finir, c’est un graphiste qui a ajoutera la texture de la peau, les yeux, la couleur, les lèvres et la couronne. A leur grand étonnement, c’est le visage d’une femme de type négro-africain qui apparait! Fletcher confiera à la presse : « Cela m’a bouleversé, et pour être honnête, c’est le visage d’une personnalité forte. Elle avait un si beau profil, elle était ravissante« . Mais trois jours plus tard, pour Zahi Hawass, directeur de l‘ESCA (Conseil suprême des Antiquités égyptiennes), il n’y a aucune preuve pour affirmer l’hypothèse qu’il s’agisse bien de Néfertiti, il parle même supercherie. Joan Fletcher sera bannie de l’Esca, mais continuera à affirmer que la momie est bien celle de Nefertiti d’Égypte.

nef2Ce visage, est-ce bien celui de Néfertiti? L’une des plus grandes reines qu’ait connu Kemet? On ne pourra peut-être jamais l’affirmer avec certitude. Par contre, une chose ne doit jamais pas quitter nos esprits car les faits ont été démontrés scientifiquement et sont irréfutables: l’empire égyptien antique , a accueilli la première et plus grande civilisation dans l’histoire humaine, et cette civilisation était appelée à l’origine Kemet, ce qui veut dire en medu netjer (égyptien ancien) « la terre des Noirs« . Le peuple de l’Égypte antique était donc bel et bien NOIR.

C’était un récit sur la vie de Néfertiti, l’une des plus grandes Reine d’Afrique…

Natou Pedro Sakombi

 

MAKEDA, Reine de Saba

65257_114430765284457_114425145285019_103028_A l’époque antique, les femmes noires étaient réputées pour leur grande beauté, leur charisme et leur forte personnalité. Ce fut le cas des reines de l’Ethiopie comme Nubia, Kush, Axum et Sheba. L »Ethiopie avait été dirigée par une lignée de reines qui devaient être vierges, dont Makeda, la reine de Sheba, ou de Saba.

Selon la bible, le Roi Salomon d’Israel qui avait décidé de construire un immense temple, avait envoyé des messagers dans plusieurs pays étrangers, dont  l’Ethiopie. A son arrivée dans ce pays peuplé de Noirs, le Roi Salomon avait été frappé par la beauté des femmes noires, jusque là inconnues pour lui.

Il rencontra Tamrin, un des sujets et négociant de la reine Makeda, avec qui Il décida de commercer. Il fit venir Tamrin en Israel et ce dernier fut impressionné par le Roi Solomon et sa jeune nation. Il resta marqué par la sagesse et la compassion que Salomon avait pour son peuple et à son retour, il ne manquera pas de raconter son voyage à la Reine Makeda. La souveraine fut envahie par le désir de visiter le Roi Salomon et son pays, elle voulait voir tout ce que Tamrin lui vait raconté de ses propres yeux.

Salomon fut prévenu à l’avance de l’arrivé de la reine, et avant même son arrivée, il avait demandé qu’un appartement spécial soit construit dans le pays. Comme elle se l’était promis, la reine vint rendre visite à Salomon, chargée de cadeaux: de l’or, des pierres précieuses, des épices, etc…Le Roi et son peuple furent éblouis par cette grande femme noire au traits fins et majestueux, à tel point que  Salomon, épris des désirs les plus fous pour Makeda, voulu satisfaire tous ses désirs. A son arrivée, Makeda  se vit offrir les meilleurs mets et les plus beaux vêtements, ce qui ne lui déplut guère vu qu’elle avait coûtume de se changer plusieurs fois par jour.

Le roi Salomon, finalement  îvre d’ amour pour la reine éthiopienne, avait été  jusqu’à lui installer un trône près du sien. Et bien que Salomon possédait un harem de plus de 700 épouses et concubines, il n’avait d’yeux que pour cette  jeune vierge noire.

Salomon s’imagina avoir un enfant avec  Makeda, un fils pour assurer sa lignée africaine majestueuse. Et quand la Reine Makeda, 6 mois plus tard, lui annonça qu’elle voulait regagner l’Ethiopie, il se mit à concocter le plan extraordinaire que voici:

Salomon organisa d’abord un somptueux dîner d’adieu pour la souveraine, une réception pendant laquelle il lui offrit des mets et des breuvages composés de potions somnolentes. Et comme le dîner se termina très tard, le roi  invita la Reine Makeda à passer la nuit dans le palais. Elle accepta après qu’ils se soient convenus qu’ ils dormiraient dans des lits séparés et que le roi ne chercherait pas à tirer profit d’elle. Le roi  jura d’honorer sa chasteté, mais  à la seule condition qu’elle n’emporte rien de son palais. Makeda se sentit outragée par le chantage, et dit à Salomon qu’elle n’était pas une voleuse! Elle promit tout de même de ne rien emporter. Peu après s’être séparés , la reine eut soif. Elle trouva une grade fiole d’eau dans l’immence hall du palais et se mit à boire.  Salomon la surprit et lui dit « Vous avez cassé votre serment que vous ne prendriez pas quelque chose dans mon palais ». Makeda protesta, car selon elle, la promesse ne couvrait pas quelque chose de si naturel et intarrissable que l’eau! Mais Solomon lui dit qu’il n’y avait rien au monde de plus important et de plus vital que l’eau, car sans elle il n ‘y aurait pas de vie. Makeda admis à contre-coeur que le roi avait raison et lui fit ses excuses. Libérée de sa promesse, Salomon la laissa soulager sa soif et en fit autant en passant la nuit avec elle et en la prenant immédiatement  comme femme.Le jour d’après, avant son départ d’Israel, le roi  plaça un anneau sur sa main et lui dit « si vous avez un fils, donnez -lui ceci et envoyez-le moi« .

Après son retour à Sheba, la Reine Makeda se rendit compte qu’elle était en effet enceinte. Elle eut un fils, qu’elle appela « Fils-du-sage-homme« , et éleva comme  prince, le seul héritier au trône. Une fois adulte, le jeune homme voulu rendre visite à son père et  la reine prépara son voyage, et cette fois-ci, dirigé par Tamrin. Elle envoya un message à Salomon pour qu’il oigne leur fils comme roi de l’Ethiopie. Seulement les mâles qui descendraient de leur fils devraient régner sur Sheba.

makeda1Salomon et les juifs se réjouirent de l’arrivée du jeune prince en Israel. Le roi le oignit comme la reine l’avait demandé. Le roi renomma son fils Menelik, ce qui signifiait « comme il est beau ». Bien que Salomon ait eu beaucoup d’épouses, une seule avait eu un fils, Rehoboam, un garçon de sept ans. Ainsi le roi  pria Menelik de rester, mais le jeune prince ne voulu pas. Salomon appela donc ses chefs et nobles pour leur annoncer qu’il renvoyait son fils aîné en Ethiopie qu’il voulait qu’ils accompagnent afin de devenir ses conseillers et dirigeants, chose qu’ils acceptèrent.

Menelik demanda à son père une relique de l’arche de l’alliance et l’emmena avec lui à Sheba. Cependant, les fils des conseillers virent ce don et ce départ d’un mauvais oeil. Fâchés de devoir quitter leur royaume et l’arche pour accompagner Menelik, ils volèrent la vraie et la ramenèrent en Ethiopie. Ils souhaitaient par ce geste créer un incident diplomatique, mais le roi; à qui l’on rapporta leur projet mesquin les stoppa avant.

Menelik retourna à Sheba et, selon la tradition,  il regna avec sagesse. Sa célèbre lignée  a continué a exister jusqu’au 20ème siècle et on en trouve encore de nos jours à travers le sigle d’Ethiopie « conquête du lion de Judah » descendance directe du Roi Solomon et la reine de Sheba.

Natou Pedro Sakombi

 

Hatshepsout Ière: le mystère de la Reine-Pharaon

Quand bien même les femmes de l’Egypte ancienne bénéficiaient d’un statut plus élevé que celui des autres femmes de leur époque, il était très rare pour les elles d’accéder au titre de Pharaon, exclusivement réservé aux mâles. Hatshepsout faisait l’exception de cette règle car elle était la seule femme à bel et bien porter le titre de Pharaon. Le seul titre que pouvait porter une femme dans la monarchie égyptienne était celui de « Reine« , mais uniquement dans le sens de « Grande Epouse Royal ».

hatshepHatshepsout, fille aînée de Thoutmôsis I (ou Djéhoutymosé  I), donc de lignée royale, prit le titre de Pharaon suite à la mort de son époux et demi-frère Thoutmôsis II, dont le règne ne dura que 13 ans. Au départ, c’est son fils Thoutmôsis III, né de l’une des femmes du harem de Thoutmôsis II qui devait lui succéder. Mais ce n’était qu’un enfant à l’époque, c’est donc sa tante, et belle-mère, la Grande Epouse Royale Hatshepsout qui assura le rôle en attendant que l’enfant devienne adulte. Ainsi, vers -1473 , Hatshepsout se proclama Pharaon et régnera pendant 22 ans. Dès sa proclamation, elle remplacera sa robe royale par un « némès » (pagne que le portait les Pharaons), et ira jusqu’à porter la barbe postiche. Hatshepsout ne reniera pas pour autant sa féminité, sa volonté était simplement de maintenir un respect de la tradition et d’obtenir le respect de la population. Elle finirapar être comptée parmi les plus grands Pharaons Egyptiens, et son long règne lui permit d’accomplir plusieurs oeuvres.

Hatshepsout avait un grand penchant pour les grandes constructions, elle se fera d’ailleurs construire une temple mortuaire extraordinairement célèbre à Deir el Bahari, dont cent-vingt sphinx montaient la garde de ll’entrée. Malheureusement son nom fut martelé après sa mort afin d’être effacé du monument, sans doute suite à l’instigation de son neveu et beau-fils, Thoutmôsis III qui cherchait à effacer toutes les traces de son existence.

hatshepsut 2Elle dirigea le pays avec une énergie remarquable en bénéficiant de l’appui de dignitaires compétents et dévoués tels que Pouymrê, second prophète d’Amon et grand architecte, Néhésy, chancelier qui dirigea une expédition lancée par Hatshepsout vers le pays de Pount , Hapouseneb, son vizir et également grand prêtre d’Amon et enfin  Sénènmout (ou Senmout), qui était son préféré et aussi le pécepteur de la Princesse Néférourê, sa file. Sénènmout était d’origine modeste, mais il était très ambitieux et très talentueux, ce qui lui permit de devenir le premier conseiller de la reine, et peut être aussi son amant.

On peut dire du règne d’Hatchepsout qu’il était relativement calme, même si en l’an XII elle dut faire face à une rébellion nubienne. La majorité de ses constructions en Nubie furent détruites sous ses successeurs, mais il reste encore quelques traces de son passage à Kasr Ibrîm et à Bouhen.La reine étaient fortement attirée par les expéditions commerciales, dont celui du Pays de Pount ou Pwenet, en l’an VIII/IX, également appelé Ta Nétjer, qui signifie « Pays du dieu ». Sa localisation est encore incertaine mais la majorité des auteurs situent le site sur la côte africaine de la Mer Rouge, allant des  confins érythréo-soudanais au nord de l’actuel Somalie.en l’an VIII/IX. De cette expédition, on ramenait des navires chargés de d’or, d’ivoire, de bois d’ébène, de peaux de panthère, une panthère vivante, une girafe, des parfums et des huiles de sycomore te surtout de l’encens, utile aux cérémonies du culte.

En 1903, l’égyptologue Howard Carter qui retrouva notamment la tombe de Toutânkhamon en 1922, retrouva les momies de deux femmes dans une tombe de la vallée des rois à Louxor. L’une était dans un sarcophage et l’autre était simplement posée à terre. L’une d’elle était Satrê, la nourrice d’Hatchepsout, mais on ne savait pas encore qui était la deuxième, même si on le devinait, et pour cause, la momie avait le bras gauche sur la poitrine, tel qu’il en était le cas pour les momies royales de l’Egypte Antique.

Chose étrange et qui rendait sceptiques  les scientifiques, la momie ne portait aucune parure, aucune coiffe, aucun bijou, cest à dire rien qui généralement accompagnaient les Pharaons dans l’au-delà.

hatshepsut 3

C’est finalement le 27 juin 2007 que l’on attesta de l’authenticité de cette momie comme étant celle de la Reine Hatchepsout. Comment? Grâce à des tests ADN et à la technique d’imagerie CT-scan qui permet de recomposer le corps en 3 dimensions.  Les scientifiques ont fini par affirmer qu’il s’agissait d’une femme autour de la cinquantaine qui était obèse, qui souffrait de diabète et d’un cancer des os métastasé. Le décès de la momie aurait été toutefois causé par un abscès dentaire mal soigné. La momie d Hatchepsout a été transféré au Musée Egyptien du Caire.

Ce qu’on retiendra d’elle, c’est surtout son audace à vouloir se représenter comme les Pharaons mâles, les nombreux projets de constructions architecturales bien souvent menés à terme, et les expéditions commerciales enrichissantes qu’elle lança. Hatchepsout, une Reine et Héroïne d’Afrique!

Natou Pefro Sakombi

 

YENNENGA-Mère fondatrice du peuple Mossi

« La liberté est un choix »

Nos choix de vie peuvent parfois influencer celles des autres, voire le destin de tout un peuple. Pour illustrer cette réalité, rien de tel que le récit de la Princesse Yennenga, mère fondatrice du peuple « Mossi »,  l’un des plus importants du Burkina Faso. En effet, l’histoire nous raconte que cette jeune femme serait à l’origine même de la création du Royaume Moogo, voilà pourquoi elle demeure à jamais une femme hors du commun, vénérée jusqu’à ce jour par les Burkinabés.

Les historiens situent la naissance de la Princesse Yennenga  au XIème ou le XVème siècle, dans la ville de Gambaga, dans le Ghana actuel. Le père de Yennenga, le Roi Nedega qui dirige le peuple Dagomba et Mamproussi, éprouvait beaucoup de fierté à l’égard de sa fille, fondant pour sa douceur et admirant son caractère bien trempé. Enfant choyé par son père, la Princesse a une terrible passion pour les animaux. Elle passe la majeure partie de son temps à recueillir ceux qui sont malades et mourants pour tenter de les soigner. Elle concocte pour eux des remèdes traditionnels dont elle tient les recettes de sa grand-mère. Yennenga n’a aucune peur des animaux, pas même des serpents les plus dangereux. Elle a pourtant une préférence pour le cheval qui, selon elle, est le meilleur ami de l’homme. Elle aime à observer avec émerveillement cet animal qui souvent s’en va galoper des heures durant dans la brousse et jamais ne manque de revenir auprès des humains. Il y a cependant une ombre au tableau: dans la tradition de son peuple, le cheval est réservé aux hommes. Mais pour Yennenga qui, rappelons-le, possède un tempérament de feu, il est bien entendu hors de question de se plier à cette interdiction.

Son père qui ne lui refuse rien, lui accorde de longues balades aux dos des chevaux de son choix. Les gens de la cour en sont offusqués, mais que dire, elle est la fille du roi! Yennenga est est une amazone extraordinaire : meilleure cavalière que ses frères et les guerriers, elle manie les armes à la perfection et devient rapidement chef de guerre de l’armée de son père.

Détrompez-vous tout de même, Yennenga n’est pas un garçon manqué. Il suffit de la regarder et vous tomberez sans aucun doute sous le charme de sa grâce. Son prénom qui signifie « la Mince », n’a pas été choisi au hasard, et elle le porte plus que bien. Elancée, un joli visage aux traits harmonieux, une peau couleur ébène et une démarche féline, Yennenga est ce joyau que son père aime exposer lors de grandes fêtes royales. D’ailleurs les plus grandes familles rêveraient de marier « la Mince » à l’un de leur fils. Les prétendants se succèdent, mais à chaque demande de mariage, son père oppose un veto catégorique. Aucun d’entre eux n’est assez bien pour sa fille. Et même si d’habitude ‘il ne lui refuse jamais rien, un mariage n’est pas à prendre à la légère, il lui faut le meilleur des gendres, sinon sa fille ne se mariera pas.

Mais voilà, Yennenga souhaite se marier et tous ces refus commencent sérieusement à l’agacer. Surtout quand ils sont essuyés par les jeunes hommes qui dont elle rêve secrètement de devenir l’épouse. Pour finir, l’on décide que la jeune fille est si précieuse à son peuple et à son père qu’il ne faut pas la marier. Yennenga bouleversée par cette décision et ne parvenant pas à instaurer le dialogue avec son père, décide de semer un champ de gombo. Les gombos mûrissent et Yennenga les laisse dépérir sans les cueillir. Son père, étonné lui demande la raison de cette négligence. Elle lui répond:

Mon père, vous me laissez dépérir comme dépérit ce champ de gombo.

Ce dernier, furieux, n’accepte pas de recevoir de leçon de moral qui que ce soit, et encore moins de sa fille! Il l’enferme pour la punir! Mais la nuit tombée, la nature rebelle de la jeune femme l’incite à quitter sa prison dorée et à monter silencieusement sur l’un des chevaux de son paternel. Yennenga la cavalière téméraire s’enfuit dans la brousse et commence un long voyage vers l’inconnu. Son cheval blanc qui contraste tellement bien avec son teint ébène devient son compagnon fidèle tout au long de cette fuite et de cette recherche de liberté.

Après plusieurs heures de galop, Yennenga arrive dans la région des Boussanés.  Elle décide de quitter sa monture pour se reposer lorsqu’elle découvre une case bien accueillante sur son chemin. Tout la pousse à s’y approcher et à demander au propriétaire un peu d’hospitalité pour la nuit. Et à son grand étonnement, c’est un beau jeune homme qui en sort, il s’appelle Rialé. Ce dernier accepte de lui offrir son aide, pensant d’abord avoir affaire à un jeune homme comme lui, et pour cause, il n’avait jamais vu de femme à cheval auparavant. Mais au réveil, c’est la surprise: son invité pour la nuit est une jeune femme! Curieux, Rialé échange avec cette demoiselle peu ordinaire qu’est Yennenga et ils apprennent à se connaitre. Rialé est lui-même de descendance princière, lui aussi a quitté sa famille pour fuir aux exigences royales; ils ont tellement de points commun qu’ils ne se quitteront plus.

Plus tard, Yennenga et Rialé ont un fils qu’ils nomment Ouedraogo, ce qui signifie « cheval mâle », en l’honneur du coursier blanc grâce à qui ils se sont rencontré. Quand son fils devient un jeune homme, Yennenga, nostalgique de son enfance à Gambaga, ressent le besoin de présenter son fils à sa famille. Elle décide de l’envoyer rencontrer les siens, et avant son départ elle lui dit:

« Tu trouveras un vieil homme dans ce village. Il m’aimait beaucoup et je me suis enfuie loin de lui. Tu lui donneras de mes nouvelles, et tu me diras en retour s’il m’a pardonné et s’il t’a bien accueilli ».

Lorsque le Roi Nedega rencontre Ouedraogo son petit fils, il est pris d’une émotion intense. Il reconnait en lui le visage de sa fille qu’il n’a plus jamais revue.Il dit à son petit fils: « Tu m’apportes une bien grande consolation à la fin de ma vie, et tu en remercieras ta mère » . Le vieil homme est  tellement heureux qu’il organise en l’honneur de son petit fils des festivités qui durent plusieurs jours.

Pour l’accompagner sur son chemin de retour, Nedega ordonne à une escorte de guerriers Dagomba d’accompagner Ouedraogo. Il n’oublie de lui couvrir de présents et d’en rapporter à ses parents. Ces guerriers finiront par s’installer dans la région des Boussanés et c’est cette rencontre entre les Dagomba et les Boussanés qui donnera naissance au peuple Mossi.

Le terme Mossi vient de la célèbre phrase de Rialé:

« Je suis venu seul dans ce pays, maintenant j’ai une femme et j’aurai beaucoup d’hommes ».

En bambara, « beaucoup d’hommes »se traduit par « Morho-si » ou « Mogo-si » , « Moro » signifiant « homme » et « Si » « beaucoup ». Le village fut donc appelé Morosi  qui par déformation devient Mossi.

Après la mort de Yennenga, mère fondatrice du royaume des Mossi, sa tombe deviendra un lieu de pélérinage et un monument très vénéré. Le peuple Mossi n’oubliera pas que sans leur reine-mère et sans sa soif de liberté, ils n’auraient pu exister.

Natou Pedro-Sakombi

Image: YENNENGA L’ÉPOPÉE DES MOSSÉ
par Roukiata Ouedraogo

Ngalifourou – Souveraine intemporelle du Royaume Teke

Toute personne familière à  l’histoire du Moyen Congo vous parlera sans hésitation de Sa Majesté la Reine Ngalifourou. Et pour cause, il s’agit de l’une des personnalités les plus charismatiques de l’histoire du pays, la personnification même de la puissance du Royaume des Teke. Toutefois, aussi exceptionnelle que fut la Reine des Teke, certains risquent de trouver en elle une excentricité hors norme. Malheureusement pour ces derniers, ces quelques lignes ne suffiront pas à justifier le caractère curieux du personnage, et d’ailleurs, là n’est pas le but de ce récit. Née en 1864 à Ngabé, cette femme extraordinaire a fait brillé le Royaumedes Teke de mille feux pendant plus d’un demi-siècle. Son nom signifie « la maîtresse du feu ». Fille de Bokapa, elle épousera le Makoko Ngayouo (« makoko » était le titre pour désigner le roi), comme seconde épouse à l’âge de 15 ans.

En 1879, on la nomme « gardienne du Nkwe Bali », ce qui fait d’elle l’épouse en chef. Elle régna en véritable exemple de dignité, de force et d’intégrité. Et à la mort de son époux, Ngalifourou sera choisie pour monter sur le trône à cause de la grande sagesse dont elle faisait preuve. Comme le veut la tradition, elle épousera les différents rois qui se succèderont à Mbé, la capitale du royaume, mais son attachement sera plus porté sur son second mari l’Onkoo Ngaywo, à tel point que lorsque ce dernier mourut, elle décida d’habiter près de sa tombe à Ngabé. On retient également de Ngalifourou l’énorme pouvoir et l’influence qu’elle avait sur les rois. Elle exerçait les deux fonctions de reine et de gardienne suprême de l’armée de Nkwe Mbali. Afin de mieux cerner le pouvoir qui avait été attribué à la Souveraine des Teke, il est essentiel de rappeler le système de couronnement chez les Teke où nul ne devenait roi par sa propre volonté.

Le couronnement chez les Teke

Le choix d’un nouveau souverain se faisait selon des règles strictes, en suivant un rituel spécifique et hautement hermétique.

Le candidat devait venir des six branches les plus importantes de la lignée royale. Et ces six familles royales étaient représentées par un total de vingt dignitaires. Ensemble, ils formaient un collège électoral appelé « Ikil-Mpuh » qui se réunissait à Mbé afin d’examiner les différents candidats. La sagesse était la qualité la plus recherchée chez chacun d’entre eux. Cependant, lorsque le makoko avait été sélectionné, seule l’autorité suprême, le « ngantsibi », pouvait lui donner sa bénédiction. En quelque sorte, même si cette procédure exigeait la participation de plus d’un, la décision finale revenait à une seule personne.

Ce système ressemble étrangement et terriblement à celui des Etats-Unis où l’élection d’un nouveau président doit être ratifiée par la Cour Suprême. Cette dernière décision revenait donc à la Reine Ngalifourou. Elle avait le pouvoir de consacrer le nouveau souverain lors d’une cérémonie secrète. Encore une fois, nous pouvons relever une similitude avec les cérémonies d’investiture des monarchies européennes qui se terminent par un transfert de couronne.

Il est toutefois utile de rappeler que la cérémonie des couronnements chez les Teke revêtait un caractère spirituel et mystique, car le makoko recevait donc son énergie spirituelle de la Reine. Le peuple Teke demeure le groupe ethnique du Congo qui, aujourd’hui, perpétue encore les anciennes traditions. La reine et le makoko sont toujours considérés avec autant d’estime, et ensemble, ils forment le lien entre le monde visible et invisible, la force divine et vitale qui fait vivre Nkwe Mbali.

Ngalifourou et la colonie française

Pour revenir au rôle qu’a joué la souveraine des Téké dans l’histoire, il est essentiel de rappeler le respect et l’importance qu’elle avait su tirer aux yeux des colons français. Beaucoup n’apprécient d’ailleurs pas cette attitude coopérative et collaborative qu’elle avait entretenue avec ces derniers.

Il faut cependant comprendre la curiosité des français face à cette souveraine hors du commun : trente ans après la mort de Pierre Savorgnan de Brazza (explorateur français d’origine italienne qui a ouvert la voie de la colonisation française en Afrique centrale et de qui la ville de Brazzaville tient son origine), les femmes françaises occupaient encore des places de femmes au foyer. Elles n’avaient ni le droit de voter ni le droit de participer à aux activités politiques et administratives.

Alors que la plus grande préoccupation de l’administration coloniale était de « civiliser » la société africaine, la position qu’occupait Ngalifourou était une rare exception.

Aux yeux de la civilisation africaine, l’entreprise européenne n’avait aucun caractère progressiste, bien au contraire, les changements que les colons étaient venu apporter mettaient des barrières à son évolution. La Souveraine des Teke avait sans doute voulu trouver le moyen de préserver certains droits à son peuple en les négociant en échange de certains privilèges.

Image originale de la Reine Ngalifourou aux côtés de Marthe de Brazza, fille de l’explorateur P. S. de Brazza, le jour où la Reine des Teke est décorée par le Général de Gaulle.

Ainsi, l’importance et la place que les Teke avait concédé à la Reine Ngalifourou lui permettaient de traiter directement avec les autorités coloniales les plus importantes.

La souveraine rencontrera par exemple le Général de Gaulle à plusieurs occasions. Et c’est notamment grâce à Ngalifourou que les Français parviendront à vaincre les troupes nazies dans les déserts africains, victoire qui conduira à la libération de Paris en aout 1944, car c’est la Reine, suite à une discussion avec de Gaulle lui-même, qui enverra les soldats Teke pour venir en aide aux soldats français.

Suite au rôle que la Souveraine aura joué dans cette bataille entre les Français et les Nazis, La France lui reconnaît des mérites éminents en lui conférant des décorations militaires, civiles et coloniales : la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur, les décorations du Bénin et l’Etoile d’Anjouan.

Elle fut également détentrice d’une épée qu’on avait appelé « l’épée De Brazza » que l’explorateur lui avait confié en 1923.

Ngalifourou mourut le 8 juin 1956, et fut enterrée une année plus tard dans un tel faste qu’on en parle encore. Si beaucoup n’ont pas toujours compris sa relation avec les occupants, on retiendra d’elle cette prestance et ce courage des femmes noires qui ont su marquer leur époque.

C’était l’histoire de Ngalifourou, souveraine du Royaume des Teke, une Reine et une Héroïne d’Afrique.

Natou Seba Pedro-Sakombi

Elisabeth Bagaaya, Princesse de Toro

HABWA OBUKAMA, HABWA ABABIITO, HABWA BANTU BOONA (Pour la monarchie, la noblesse et le bien être du peuple)

La princesse Elisabeth Bagaaya est la fille du Roi Omukama G. D. Rukiidi III de l’Ouganda. Elle voit le jour en 1940 à Kabalole, capitale de Toro, région située à l’ouest de l’Ouganda, et qui autrefois faisait partie de l’Empire Bunyoro-Kitara (regroupant l’actuel Burundi, Rwanda, Tanzanie, Congo (RDC ) et Ouganda), indépendante à partir du 18ème siècle. C’est en 1967 que Toro perdra son statut de royaume, lorsque le gouvernement de Milton A. Obote (premier chef du gouvernement ougandais après l’indépendance de 1962 à 1971) décidera d’abolir la monarchie.

Lady Kezia Byanjeru, mère de Bagaaya, était la Première Epouse Royale et légale du Roi Omukama, ce qui confère à Bagaaya le titre de Batebe, c’est à dire de « Première Princesse Royale ».

Toutefois, ce titre ne lui empêche pas de partager le même style de vie que ses  demif-frères et demi-soeurs, nés des autres épouses de son père. Les princes et princesses ont une éducation à l’anglaise, mais à côté de cela, leur père tient à ce qu’ils aient une éducation traditionnelle et qu’ils aient une connaissance pointue de l’histoire de la l’empire de Bunyoro-Kitara.

Bagaaya fréquente la Kyebambe Girl’s School, l’école de la mission protestante de son royaume qui porte le nom de son grand-père (ce dernier s’était converti au christianisme) et y jouit de certains privilèges dus à son rang.

Mais une fois au collège, ces privilèges vont disparaitre complètement. Et pour cause, la Gayaza High School fait parti du Royaume de Buganda, et non au Royaume de Toro. Bagaaya est obligée de participer aux activités de l’école comme tous les élèves, sans aucune distinction.

Quelques années plus tard, Bagaaya est envoyée en Angleterre pour y poursuivre ses études. Elle est alors inscrite à Sherborne, une institution scolaire pour filles où, non seulement la jeune femme se voit soudainement confrontée à une autre culture, mais doit faire face à sa différence raciale, au milieu d’autres jeunes femmes issues de l’aristocratie occidentale. La vie sociale et scolaire n’a rien de facile, tout est si différent pour Bagaaya.

Entre 1959 et 1962, après avoir quitté Sherborne, Bagayaa étudie le droit, l’histoire et les sciences politiques à l’Université de Cambridge, en Angleterre, l’une des plus réputées du pays.
Son entrée à Cambridge lui permettra de tisser des liens avec personnalités très influentes qui, plus tard, joueront des rôles clés dans sa carrière. C’est d’ailleurs à Cambridge que Bagaaya rencontrera Jomo Kenyatta, qui deviendra président du Kenya entre 1963 et 1978.
Les études de droit de la Princesse de Toro la conduisent ensuite à Londres où elle décroche son diplôme de Droit en 1965, devenant ainsi la première femme avocate de l’Afrique du sud, centrale et australe.

Cependant, cette même année, Bagayaa doit faire face à un terrible malheur: la mort de son père! Outre la douleur de perdre celui qui était son confident et son ami, elle voit se peindre à l’horizon un future politique plus qu’incertain, vu le désir ardent du président Obote de bannir la monarchie d’Ouganda.

Bagaaya retourne en Ouganda cette année là pour assister aux funérailles de son regretté père et assister par la même occasion au couronnement de son frère, le Roi Omukama Patrick D. Kaboyo Olimi VII, (en 1966)

Durant cette cérémonie retransmise par la presse internationale, caméras et appareils photos sont constamment tournés vers  la Princesse Bagaaya. La surprise est à son comble, et pour ceux qui la connaissent mais ne l’avaient plus revue depuis des années, et pour ceux qui ne la connaissent pas et qui, tout à coup, prenaient conscience de l’existence de la très belle princesse du Royaume de Toro.
En 1967, la carrière d’avocate de Bagaaya la dirige à Kampala, capitale de l’Ouganda, où elle travaille au barreau.
Mais juste au moment où elle s’apprête à débuter sa carrière, le paysage politique de l’Ouganda change de façon soudaine et spectaculaire! Le président Obote décide d’abolir la Constitution de 1962 qui préservait les monarchies d’Ankole, Bunyoro, Buganda et Toro et de le remplacer par une nouvelle constitution républicaine. Bagaaya se voit contrainte de quitter l’Ouganda et de retourner à Londres.

Si Elisabeth Bagaaya ne parviendra malheureusement pas à percer dans l’univers juridique londonien, c’est un évènement inattendu qui donnera un tournant décisif à sa carrière. En 1967, la  Princesse Margaret et son mari, Lord Snowdon, proposent à Bagaaya de défiler à un la British Fashion Show qu’ils organisent. Ces derniers avaient rencontré Bagaaya lors d’une visite officielle en Ouganda en 1962. Bagaaya, fervente adepte de la mode, ne refuse pas une seconde. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que ce défilé va lui ouvrir les portes du monde la Haute Couture, et bien plus encore. En effet, après ce défilé, elle est présentée aux plus grands couturiers qui lui proposent des contrats intéressants. Et dans cette nouvelle carrière qui commence, Bagaaya n’hésite pas à partager sa culture africaine auprès de ces grands couturiers. L’univers de la haute-couture lui ouvre également les portes du Théâtre et du Cinéma. Elle travaille pour Vogue, Harper’s Bazaar et pose pour Queen Magazine. Elle rencontre notamment Jacqueline Kennedy, grâce à qui les portes de la Haute Couture Américaine vont s’ouvrir à elle. Ainsi, c’est dans le pays de l’Oncle Sam que Bagaaya travaille pour Ebony et devient la première femme de couleur à apparaître dans un magazine de haute-couture (celui de Harper’s Bazaar).

Bagaaya brille de par cette nouvelle position, à tel point que les Nations Unies lui confère une importance notoire, séduites par sa rhétorique. L’ironie du sort est qu’Amin en devient lui-même jaloux. Voilà que son porte-parole lui fait ombrage et a plus de popularité que lui! Le président se décide même à demander la main de la Princesse pour être associé directement à elle, mais elle refuse. Amin se sentant très rabaissé par ce refus, évoque une histoire d’amour que Bagaaya aurait eu avec un « blanc » lors d’un voyage diplomatique à Londres pour la rayer de ses fonctions.

Amin Dada avait minutieusement préparé un guet-apens à l’encontre de Bagaaya, qui dès son arrivée en territoire ougandaise devait être emprisonnée. Avertie du danger, la Princesse décide de ne plus revenir et de demander l’asile politique à la Grande Bretagne. 

En 1986, sous le gouvernement de Museveni, elle devient ambassadrice de l’Ouganda auprès des Etats-Unis. Episode non moins tumultueux que celui de son rôle de Porte-Parole d’Amin Dada! La Princesse de Toro se rappelle par ailleurs que la tâche la plus lourde à accomplir pour elle à cette période était de donner une explication rationnelle sur les liens unissant Museveni à Khaddafi, ce dernier étant perçu comme un Marxiste aux yeux des Américains.

Lorsque le calme revient en Ouganda, Bagaaya songe de plus en plus à retourner sur sa terre natale. C’est alors qu’un élément politique et historique vient l’encourager: Idi Amin Dada renverse le gouvernement d’Obote par un coup d’Etat en 1971. Bagaaya va alors rejoindre le gouvernement d’Amin Dada et devenir Ambassadrice Itinérante, jouant le rôle de messager d’Idi Amin, parcourant un état à l’autre et un pays à un autre. Tous les contacts qu’elle avait pu se faire dans la passé grâce à son passage à Cambridge et sa carrière dans la mode se révèlent être très utiles et bénéfiques. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que parmi  les relations de la Princesse sont comptées les personnes les plus influentes de la planète, chacune d’elles, une clé qu’elle utilisera à des moments opportuns.

Toutefois, Bagaaya se rend bien compte que le gouvernement d’Amin Dada n’est pas si « propre » que ça. Il devient difficile pour elle de continuer à jouer le rôle de son porte-parole. Amin qui ne veut surtout pas perdre un élément aussi efficace que son Ambassadrice, la nomme Ministre des Affaires Etrangères en février 1974. Bagaaya continuera donc à soigner l’image du président de par le monde.

Idi Amin Dada, ex-président de l’Ouganda 

En décembre 1986, Elisabeth de Toro perd son époux, Wilbur Nyabongo. Cet évènement douloureux, ajouté aux pressions intenses qu’elle subit en tant qu’Ambassadrice de l’Ouganda aux USA, affaiblissent Bagaaya moralement. Elle décide de démissionner en Juillet 1988. Ses activités aux Etats-Unis, où elle vivra momentanément, se limiteront à promouvoir les causes de l’Afrique dans une émission télévisée nommée: Elizabeth of Toro: The Odyssey of an African Princess (en 1989).

Cette Reine et Héroïne d’Afrique à la grâce époustouflante, aux qualités oratoires indéniables et à l’intelligence pétillante, a pu utiliser tous ses atouts pour servir les siens, servir son pays et son continent. On peut aisément reconnaître qu’elle eut toutes les opportunités pour mener une vie paisible et complaisante en Occident, mais en aucun cas, il eut de sa part un quelconque désir de s’occidentaliser et d’oublier ses origines. Jamais n’est-elle restée sourde à l’appel de sa terre natale, se rappelant certainement sa véritable place et son devoir: celle de la princesse de son peuple.

Natou Pedro-Sakombi

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Abla Poukou ou le cri de coeur d’une mère: « Baouli! L’enfant est mort… »

Au 17ème siècle, le roi Osseï Tutu fondera  la Confédération Ashanti (Ghana). Etant donné que chez les Ashanti c’est la loi matrilinéaire qui prime, à sa mort, c’est son neveu qui lui succédera.  Toutefois, lorsque le neveu finit à son tour par trouver la mort, une guerre éclatera à Koumassi, capitale du Royaume, et opposera principalement un vieil oncle de la famille royale nommé Itsa, et Dakon, le second frère de celle qui nous intéresse ici, à savoir la future Reine Abla Pokou (née au début du XVIIIe siècle).

Dakon finit lui-même  par trouver la mort dans cette guerre fratricide. Et très vite, Abla Pokou comprend que sa vie et celle de ses fidèles serviteurs et soldats sont en jeu. Elle décide de s’enfuir avec eux. Conduit par leur reine, le peuple marchera pendant de nombreux jours et de nombreuses nuits, fuyant sans arrêt  ceux qui s’étaient lancés à leur poursuite pour les abattre. Complètement épuisés, ils arrivent devant le fleuve appelé Comoé, situé à la frontière entre le Ghana et la Côte d’Ivoire. Mais le fleuve est quasi infranchissable, et les ennemis quant à eux s’approchent de plus belle. Mais après avoir franchi autant d’obstacles, après autant de jours et de nuits de lutte, il était hors de question d’en rester là.

La Reine Abla Pokou tourne les yeux vers sa suite et, confrontée aux regards perdus et désespérés de ceux qui l’avaient suivi et lui avaient fait confiance jusque là, sa principale responsabilité est de trouver une solution rapide pour les maintenir en vie. C’est finalement vers son devin, qui fait parti de sa suite, qu’elle lance un dernier regard en disant: « Dis-nous ce que demande le génie de ce fleuve pour nous laisser passer ! » Le vieil homme totalement abattu lui répond : « Reine, le fleuve est irrité, et il ne s’apaisera que lorsque nous lui aurons donné en offrande ce que nous avons de plus cher. » A la réponse du vieux devin, les femmes de la suite proposeront leurs bijoux en or et en ivoire et les hommes leur bétail. Mais le devin secoue tristement la tête et dit:  « Ce que nous avons de plus cher, ce sont nos fils ! »

Aux dernières paroles du devin, Abla Pokou ne voit aucune autre solution que proposer elle-même, en tant que Reine, un sacrifice au génie du fleuve. Ces hommes et ces femmes tellement fidèles et dévoués ne méritaient nullement d’offrir de si lourds sacrifices. La reine se présente donc elle-même devant l’immensité du fleuve, défait le pagne qui retient son fils à son dos et prend l’enfant dans ses bras. Elle le couvre de bijoux et enfin dit:

« Kouakou, mon unique enfant, pardonne-moi, mais j’ai compris qu’il faut que je te sacrifie pour la survie de notre tribu. Plus qu’une femme ou une mère, une reine est avant tout une reine ! « 

La foule surprise de ce qu’aucune larme ne tombe des yeux de cette femme au courage exceptionnelle, éclate en sanglots, sans doute persuadée que ces cris du coeur feront changer d’avis cette mère qui s’apprêtait à livrer son fils unique au fleuve. Mais elle, toujours aussi déterminée, lève l’enfant au dessus d’elle, le regarde une dernière fois les yeux pleins d’affection et de révolte. Elle se détourne et continue à s’avancer vers les eaux du fleuve majestueux et aux vagues impressionnantes.  Elle y précipite l’enfant!

Le sacrifice ainsi fait, Abla Pokou et sa tribu observent avec étonnement la rapidité avec laquelle les eaux troublées du Comoé se calment. La tribu  traverse le fleuve dans le calme que l’étendu d’eau leur offre en échange d’un incroyable sacrifice.

On raconte qu’à  la fin de la traversée, la Reine aurait fini par pousser un cri en sanglotant:  « BA OULI »!

C’est de ce cri que viendrait le nom de la tribu sauvée: « Ba ouli », qui signifie « L’enfant est mort », et qui donnera le nom « Baoulé ». Il faut tout de même noter que les avis des généalogistes de la tribu baoulé divergent quant à cette traversée du fleuve. Certains racontent qu’un arbre fromager se serait penché et aurait permis à la Reine et à sa suite de traverser, d’autres parlent d’énormes hippopotames rangés dos à dos pour leur offrir le passage. Mais l’épisode du sacrifice reste identique.

Une fois arrivée sur ce que nous connaissons aujourd’hui comme une région de la Côte d’Ivoire, la tribu décide d’organiser des funérailles pour l’enfant sacrifié. Et en souvenir de l’enfant, le lieu sera appelé Sakassou, ce qui veut dire « le lieu des funérailles. » La Reine Abla Pokou régnera des années et des années sur cette contrée et sa renommée sera si fièrement répandue. Elle mourra vers 1760.

La similitude de cette merveilleuse et émouvante histoire nous fera certainement penser à d’autres grands récits historiques connus, tel que la traversée de la Mer Rouge par le peuple d’Israël ou le Jugement de Salomon. Que cela ne nous égare en aucun cas en nous poussant à croire au caractère légendaire du récit de la Reine Abla Pokou et de la tribu baoulé. Abla Pokou a bel et bien existé, et ce récit, qui représente une partie non négligeable du patrimoine historique ivoirien et de notre terre mère bien aimée, l’Afrique, est bel et bien vraie.

Respect et hommage à cette grande dame qui offrit ce qu’elle avait de plus précieux pour sauver toute une tribu. C’est elle qui ramènera le peuple du Ghana vers la Côte d’Ivoire, sa terre d’exile, afin de lui épargner la vie. Retenons donc le nom de la Grande Reine Abla Pokou, fondatrice de tribu des Baoulés de la Côte d’Ivoire.

Natou Pedro Sakombi