Nehanda Nyakasikana,ou l’Esprit de Nehanda Nymhika: Mes os reprendront vie…

NehandaL’histoire de Nehanda c’est aussi celle de la spiritualité africaine, et plus précisément du rapport que l’homme entretient avec les ancêtres et Dieu. Le récit est quelque peu complexe mais nous tenterons de le simplifier au mieux. Il nous faudra remonter au 15ème siècle, vers 1430, car c’est là où véritablement tout commence. Pour situer l’époque, disons queChristophe Colomb n’a pas encore découvert l’Amérique, et c’est à cette période que vit la toute première jeune femme à porter le nom de Nehanda.

En réalité la jeune femme s’appelle Nyamhika, et son père n’est autre que le célèbre Empereur Mutota, fondateur et premier empereur de l’Empire Monomatapa  (actuel Zimbabwe). Il fondera également l’Etat de Mutapa (Mutapaland). Mutota a également un fils, Matope, demi-frère de Nyamhika, qui plus tard deviendra le second Empereur de Monomatapa. Afin de rendre son fils plus puissant, et selon la tradition, Mutota organisera un rituel dans lequel il obligera son fils à commettre l’inceste en couchant avec sa demi-soeur Nyamhika. D’après la légende, ce rituel incestueux rendra Matope extrêmement puissant à son ascension au trône. L’Empire atteindra son apogée et s’agrandira de façon considérable, à tel point que Matope décidera de céder un partie de l’empire à sa demie-soeur Nyamhika. C’est ainsi qu’elle est deviendra « Nehanda« , car elle dirigera le territoire de « Handa ». Sa renommée dépassera même celle de Matope.

A la mort de Nehanda-Nyamhika, son esprit aurait continué à vivre dans le corps d’un lion, cherchant le corps humain idéal  à posséder. Une fois trouvé, Nehanda deviendrait l’oracle de Dieu en prophétisant au travers de la personne possédée. Ainsi, l’esprit de Nehanda aurait continué à vivre dans diverses personnes, à tour de rôle, et pendant plusieurs siècles. Toutes les personnes habitées par l’esprit de Nehanda développeront communément un don de médium extraordinaire car l’esprit de Nehanda sera l’esprit protecteur du peuple de Monomapata.

Quelques siècles plus tard, on découvre que l’esprit de Nehanda vit dans le corps d’une jeune femme nomméeNyakasikana. Dès lors, cette dernière est considérée comme la réincarnation Nehanda-Nyamhika. Elle devient la prêtresse du village de Shona et porte désormais le nom de Nehanda- Nyakasikana. Ses qualités exceptionnelles de médium se répandent dans tout le pays et c’est elle que l’on consulte pour les grandes décisions politiques. Les Shona sont monothéistes, ce qui ne les empêche pas de pratiquer le culte des ancêtres. Ils croient en la réincarnation des ancêtres qui après leur mort possèdent des membres de la famille. L’esprit de l’ancêtre mort est en contact direct avec Dieu et peut par conséquent servir d’intermédiaire entre les hommes et Dieu.

En 1890, les Anglais débarquent au Zimbabwe. On se tourne alors vers Nehanda pour qu’elle donne son avis quant à la manière de faire pour chasser ces envahisseurs. Les Portugais avaient déjà tenté de s’introduire dans le pays au 16ème siècle avec Bartholomé Dias, mais ils ne s’y étaient pas établi. Face à ces nouveaux parasites, Nehanda conseille aux habitants du pays de ne pas s’en faire. Elle leur explique que ces derniers sont là dans un but commercial et qu’il faut les accueillir en leur offrant une vache noire. S’ils peuvent participer au bien être du pays, pourquoi les accueillir en ennemis?

Toutefois, les relations entre les colons anglais et la population autochtone s’envenimeront de jour en jour. Pour cause, les envahisseurs leur imposent de plus en plus de taxes, se montrent injustes par rapport aux accords sur les propriétés et les emplois qu’ils offrent, critiquent leurs croyances et les endoctrinent pour qu’ils adoptent le christianisme et qu’ils rejetent leur religion ancestrale. Trop c’est trop, le peuple pris au piège décide de refouler les Anglais par une force militaire. On parlera de la First Chimurenga (ou Première Chimurenga), « chimurenga » voulant dire « rebellion » dans la langue des Shona.

En mai 1896, la rébellion commence à Matebeland, et ce n’est ni un général, ni un chef qui dirige l’armée de Monomatapa, mais un prêtre traditionnel qui répond au nom de Mukwati. En octobre, ce sera au tour du prêtre Kaguvi et de la prêtresseNehanda de Mashonaland. Ces trois personnages précités seront les trois éléments principaux derrière cette fameuse rébellion. Kaguvi (ou Kagubi) est considéré comme étant l’époux spirituel de Nehanda. Il aurait fortement influencé cette dernière à inciter le peuple à se rebeller contre les Anglais, et à eux deux, ils seront ce qu’on appellera la « Voix » de Mwari , c’est à dire la voix de Dieu. Ils prêcheront au peuple que selon Mwari (Dieu) la source principale des malheurs qui s’abattent sur le pays c’est « l’homme blanc ». C’est à cause de l’homme blanc que la peste bovine a été introduite dans le pays, et c’est aussi à cause de lui que les criquets dévastent les champs. Mwari est formel, tous les Blancs doivent absolument quitter le pays. Et Mwari rajoute que le peuple n’a pas à craindre quoi que ce soit car Mwari enverra toutes les balles qui sortiront des fusils des Blancs dans l’eau.C’est donc avec l’aide des prêtres traditionnels que la population de Monomatapa combattra les côlons anglais.

Mais Nehanda sortira du lot des 3 médiums. En effet, il se produira au travers elle des miracles stupéfiants. Elle est par exemple capable d’esquiver les Anglais qui cherchent à la capturer en disparaissant comme par enchantement à plusieurs reprises, et ce, pendant plus d’une année.

Nehanda et Kaguvi après leur arrestation, juste avant la pendaison de Nehanda

Kaguvi et Nehanda qui seront accusés de meurtre, finiront par être captivés et condamnés à la pendaison avec l’aide de certains traîtres de Shona. Kaguvi sera capturé le premier, Nehanda le sera ensuite. Néanmoins, on leur propose de se convertir au christianisme pour éviter la pendaison. Kaguvi cèdera, mais Nehanda qui refusera sera emmenée pour être pendue. Cependant, les Anglais n’ont aucune idée de ce que Nehanda leur réserve comme surprise. De même que ceux qui assisteront à la scène de la pendaison,ils  seront témoins d’un phénomène inexplicable scientifiquement parlant:

Au moment où elle doit être pendue, la corde qui est censée retenir la gorge de Nehanda et l’étouffer se coupe brusquement. La foule présente ne manque pas de pousser des cris de stupéfaction. A la deuxième tentative, la même chose se produit et sur le visage des Anglais, qui n’y comprennent absolument rien,  une terreur évidente se laisse voir. Un prisonnier africain qui assiste à cette scène de pendaison et qui souhaite offrir son aide en échange de sa libération, propose aux policiers anglais de fouiller la poitrine de Nehanda et de retrouver sa blague à tabac. Selon le prisonnier, c’est de là que provient la puissance qui rompt mystérieusement la corde. Les policiers n’ont d’autre choix que d’essayer, et effectivement, après avoir retiré la blague que Nehanda a caché sous sa poitrine, la troisième tentative marche. Nehanda est étranglée par la corde. Elle parvient tout de même à sortir ses dernières paroles qui sont: « Mes os reprendront vie!« 

Rappelez-vous toutefois que selon la tradition, à la mort de chaque personne qu’il possède, l’esprit de Nehanda revit dans un autre corps. C’est ce qui arrivera pas plus tard qu’au 20ème siècle, durand la « Second Chimurenga », alors que le pays porte nom de RhodesieNous sommes en 1972, l’esprit de Nyamhika Nehanda a pris possession du corps d’une vielle médium. Cette dernière devient celle que le peuple consulte pour les plus grandes décisions politiques. Ses prophéties et ses recommandations seront notamment une aide efficace à la révolution du peuple. Elle  meurt en 1973.

Si l’esprit de Nehanda continue à habiter les femmes qu’il se choisit, la grande question que vous vous posez sans doute est: « En qui Nehanda vit-elle actuellement? ». On ne le sait pas, et qui sait, on le saura peut être plus tard, voire jamais. Notons que la légende dit que l’esprit de Nehanda peut occuper le corps d’un lion, et ce, tant qu’il n’aura pas encore trouvé le corps humain idéal qu’il pourra posséder.

Nehanda Nyakasikana restera à jamais la figure emblématique de la résistance coloniale du Zimbabwe. Aujourd’hui, celle que les Zimbabwéens surnomment affectueusement « Mbuya« , ou « Grand-Mère« , repose en paix parmi les héros nationales zimbabwéens…ou disons plutôt, « son corps se repose ».

 Natou Pedro Sakombi

 

Publicités

NDATÉ YALLA MBOJ, Reine de Walo: « ce pays est à moi seule! »

ndate 4Lorsque les Français arrivent au Sénégal en 1855 pour le coloniser, la première force de résistance qu’ils rencontrent est une femme. Son nom: Ndaté Yalla Mboj.

Alors qu’en France la citoyenneté féminine ne sera reconnue que 90 ans plus tard, ce n’est pas sans surprise que les Français découvrent que cette femme au beau visage et à la corpulence forte est à la tête d’une immense armée. Pour comprendre l’histoire de cette femme au courage absolu, il est nécessaire de rappeler qui était sa famille.

Ndaté Yalla vient de la famille Tédiek, une famille qui s’est enrichie au cours de son long règne en accumulant fortune et  armes grâce à des échanges avec les comptoirs français. Notez qu’en ces temps là, les souverains sénégalais des Royaumes Wolofs portaient le titre de « Brack« , et les mères ou soeurs des souverains étaient appelées « Linguères« . Les linguères pouvaient succéder aux souverains et certaines dirigeaient elles mêmes leur armée.

A la mort du Brack Kouly MBaba Diop en 1816, sa cousine la Linguère Fatim Yamar  Khouriaye Mbodj lui succède et décide d’élir son mari Amar Fatim Borso Brak du Waalo. C’est la première fois qu’une Linguère est en même temps l’épouse d’un Brack. Les Linguères étaient préparées à diriger leur peuple, politiquement et militairement. Elles étaient formées au métier des armes et savaient défendre le Royaume même en l’absence des hommes. Les Evènements de Nder en sont le meilleur exemple:

ndatte 2

Le mardi 7 mars 1820, le Brack se trouve dans la ville de St Louis pour s’y faire soigner en compagnie des hauts dignitaires de sa cour. Les guerriers des deux états voisins, les Maures,  profitent alors  de son absence pour attaquer la capitale mais reculent très vite face à la riposte d’un groupement de femmes téméraires armées jusqu’aux dents et dirigé par Fatim Yamar elle-même. Lorsque les guerriers vaincus s’en retournent chez eux, leur orgueil leur pousse à revenir et à venir à bout de ces femmes audacieuses. Cette fois, l’armée féminine ne tient pas face aux hommes, la Linguère et ses compagnes préfèrent se brûler vives plutôt que faire face au déshonneur. Fatim Yamar décide de faire échapper ses deux filles de 10 et 12 ans, Djeumbeut et Ndaté Yalla, afin de perpétuer sa lignée. Eduquées en guerrières, les deux filles dirigeront plus tard le royaume.

Ndaté Yalla est la dernière souveraine du Waloo. Elle a succédé à sa soeur Djeumbeut juste après la mort de cette dernière le 1er Octobre 1846. Elle dirige le Royaume d’une main de fer et représente une vraie menace et une vraie source de problèmes pour les colons français à qui elle résiste fermement.

ndatteNormalement, lorsque les Français signent des accords avec le peuple Wolof, seuls des noms de Brack y figurent. Mais l’année ou Ndaté Yalla monte sur le trône, la signature d’une femme y figure, et c’est la sienne. La souveraine  impressionne tellement les Français qu’ils se contentent de ne passer que par elle, ne donnant plus d’importance aux autres Bracks des Royaumes Wolofs. Il arrivait même que les lettres envoyées au gouverneur ne portent que la signature de Ndaté. Toutefois, Ndaté Yalla n’est pas dupe, elle savait faire preuve d’intelligence et de vigilence face aux propositions des occupants. On retient ce qu’elle écrira en s’adressant à l’Administrateur Faidherbe le 23 mai 1851:

« Le but de cette lettre est de vous faire connaître que l’Ile de Mboyo m’appartient depuis mon grand-père jusqu’à moi. Aujourd’hui, il n’y a personne qui puisse dire que ce pays lui appartient, il est à moi seule ».

Ndaté se considérait comme étant le seul souverain du Royaume du Waalo. Elle défiera les Français durant tout son règne et leur livrera une série de batailles acharnées. En 1847, elle réclame le passage libre de la population des Saraokés qui ravitaillent l’Ile de St-Louis en bétail. Dans sa lettre au gouverneur, elle écrira ceci:

 «C’est nous qui garantissons le passage des troupeaux dans notre pays ; pour cette raison nous en prenons le dixième et nous n’accepterons jamais autre chose que cela. St Louis appartient au Gouverneur, le Cayor au Damel et le Waalo au Brack. Chacun de ces chefs gouverne son pays comme bon lui semble »

Ndaté n’hésitera pas à piller les alentours de St Louis et à menacer le Gouverneur verbalement ou par correspondance. Les Français réclameront un remboursement des dommages causés par les pillages mais Ndatté refusera catégoriquement et fièrement. Ainsi, elle finit par faire prévaloir ses droits sur l’Ile de Mboyo et l’Ile de Sor (actuelle ville de St Louis).

Le 5 novembre 1850 Ndaté interdit tout commerce dans les marigots de sa dépendance et pousse les Français au bout de ce qu’ils peuvent supporter. Faidherbe ordonne une bataille contre les troupes du Waloo qui cette fois sont battues face à la puissance technologique de l’ennemi.

Après avoir vaincu Ndaté Yalla, Faidherbe emmène son fils Sidya, qui n’a que dix ans à Saint-Louis pour le scolariser à l’école des otages. Ce que Faidherbe ignore c’est que l’enfant a déjà reçu une éducation semblable à celle qu’avait reçu sa mère. La reine a  inculqué à son fils le sens de la fierté nationale et un esprit de stratège dès son plus jeune âge. L’enfant sera envoyé au Lycée Impérial d’Alger en 1861, et deux ans plus tard, demandera à Faidherbe de revenir au Sénégal. Ce dernier acceptera et baptisera le jeune homme  Léon en devenant lui même son parrain.

Sidya n’a que 17 ans quand la colonie française lui confie le commandement du canton de Nder. Chose surprenante, le jeune homme refuse. En nationaliste initié par sa mère, Sydia décide de défier les Français. Il se débarrasse de tout ce qu’il a appris des Européens pour se tourner vers les traditions de son peuple et revêtir le vêtement traditionnel. Le fils de la reine porte des tresses de Thiédo que nous connaissons plus communément sous le terme de dread locks. Il se jure de ne même plus parler la langue des colons ni de porter leurs vêtements.

En novembre 1869, Sidya dirige une insurrection générale contre les français, ce qui entraîne de lourdes pertes du côté des troupes françaises. Il sera néanmoins traqué sans cesse par l’administration coloniale, et quand il arrive à Lat Dior pour concrétiser un front de libération nationale, il est trahi par ses guerriers qui le livrent au Gouverneur Valère à Saint-Louis le 25 décembre 1875. Sydia  sera déporté au Gabon en 1876 où il meurt en 1878, à l’âge de 30 ans.

Que retenir de Ndaté Yalla Mboj? Une souveraine, une combattante, une résistante, une mère et une éducatrice. Et c’est exactement ce que les Sénégalais retiennent aujourd’hui de la Reine Ndaté Yalla Mboj, figure emblématique de la résistance coloniale du Sénégal, une Reine et Héroïne d’Afrique.

ndatte 4Petite histoire autour de cette représentation de Ndtaté Yalla Mboj où on la voit fumer sa pipe royale: Le 2 septembre 1850, l’abbé David Boilat assiste à une scène époustouflante et décide d’en capturer l’image. C’est elle, Ndaté Yalla, en train de fumer sa pipe d’honneur. Elle est entourée de plus de cinq cents femmes en tenues somptueuses, de princes et de guerriers. Cette représentation reste la plus célèbre qu’on connait de la Reine Ndaté Yalla Mboj.

Natou Pedro Sakombi

Nanny des Marrons, figure de résistance de la Jamaïque

L’histoire de l’une des plus grandes figures de la résistance jamaïcaine ne peut se raconter sans dépeindre au préalable le portrait des nègres marrons de la Jamaïque. Les marrons étaient  des esclaves qui avaient fui de leurs plantations pour former leurs propres communautés dans les régions montagneuses de l’île. Ils étaient d’excellents combattants et, pour les colons, les battre n’était pas chose facile .

C’est sous la couronne espagnole, aux environs de 1650, que les premiers esclaves ont pu fuir. Et plus tard, lorsque les Britanniques sont arrivés sur l’île, une deuxième partie d’esclaves s’enfuira pour se rallier aux premiers marrons. Les nègres marrons de la Jamaïque étaient des esclaves déportés d’Afrique de l’Ouest, de la région d’Akan, d’où étaient originaires le peuple du Royaume d’Asante (ou d’Ashanti, qui donnera le Ghana actuel). Les nègres marrons aidèrent les esclaves à fuir de leur plantation pendant plus de 150 ans, menant la vie dure aux propriétaires et dévastant leurs terrains. Parmi ces esclaves récalcitrants se trouvait donc une femme que l’on avait affectueusement surnommé Nanny, voici son histoire:

Nanny est née aux environs de 1686 au Ghana. Elle venait de la tribu d’Ashanti, l’une des plus puissante d’Afrique de l’Ouest, et fut emmenée sur l’île de la Jamaïque en tant qu’esclave alors qu’elle n’est encore qu’une enfant. Plusieurs membres de sa famille faisaient parti du voyage et tous furent vendus sur l’ île et dispersés selon les régions. Nanny aurait été vendue à Saint Thomas Parish, une région située aux abords de Port Royal où les esclaves travaillaient jour et nuit, dans des conditions inhumaines, sur les plantations de canne à sucre. Ses trois frères et elle avaient été placés chez un même maitre. Mais pour Accompong, Cudjoe, Johnny et Quao, obéir aux maitres et fournir un aussi dur labeur pour le restant de leur vie étaient absolument inconcevable. Ils décidèrent de partir en marroange et fuirent  de leur plantation en prenant le soin d’emporter leur soeur Nanny.

Durant leur cavale, les frères pensèrent à se disperser pour mieux organiser leur communautés de marrons. Ainsi, Cudjoe s’installa dans la région de Saint-James Parish où il créera un village qui portera le nom deCudjoe Town, Accompong prendra la région de Saint-Elizabeth Parish et créera Accompong Town, tandis que Nanny et Quao formeront leur communauté à Portland Parish. Nanny y rencontrera son futur époux,Adou, mais ils n’auront pas d’enfants.

Nanny et ses frères devinrent rapidement les héros du peuple. Avec un courage inouï et une fantastique organisation, ils libèreront des centaines d’esclaves. Vers 1720, Nanny et Quao parvinrent à contrôler la région desBlue Mountains et lui donnèrent le nom de Nanny Town, un territoire de 500 acres (2.4 km²) où elles fera habiter les esclaves qu’elle aura réussi à libérer. Nanny Town occupait une position stratégique car sa situation permettait de repérer les ennemis à une haute altitude, ce qui rendait toute embuscade britannique impossible. En effet, la ville était située sur une crête où à 900-pieds se trouvait un précipice, et le long du précipice, il y avait une voie étroite qui menait à la ville, c’est  là que Nanny avaient installés ses gardes à des points stratégiques. Afin d’avertir ses guerriers guetteurs de tout danger imminent, Nanni faisait sonner sa fameuse corne appelée abeng.

Les marrons de Nanny, extraordinairement bien entrainés, parvenaient à combattre les soldats Anglais là où ces derniers ne pouvaient techniquement pas faire le poids, comme dans les montagnes lors des grandes pluies. Nanny ordonnaient à ses guerriers de s’habiller de façon à ressembler aux arbres et aux buissons et envoyait quelques hommes pour se montrer volontairement aux soldats britanniques. Ces hommes servaient d’appât, et une fois repérés, courraient en direction des Marrons camoufflés. Les soldats britanniques qui les avaient suivi étaient ainsi pris d’assaut par les marrons qui les tuaient. Le climat et l’environnement n’aidant pas les Anglais, beaucoup parmi leurs soldats qui s’étaient aventurés à suivre les marrons dans les montagnes sont morts de maladie.

Une communauté de marrons, Jamaïque, fin 19ème siècle

Stratège militaire hors pair, Nanny avait aussi le sens des affaires. Elle avait organisé un commerce basé sur du troc de nourriture, d’armes et de vêtements, qui permettait de faire vivre sa communauté. Les marrons de Nanny Town vivaient aussi d’élevage de bétail et d’agriculture car Nanny avait textuellement imité le mode de vie des villages africains d’Asante, le climat de l’île  de la Jamaïque le permettait d’ailleurs très bien. Et puis, elle ne manquait pas d’entrainer ses marrons à récupérer les biens des maitres esclavagistes lorsqu’ils allaient libérer d’autres esclaves avant de saccager complètement leur terre. En trente ans, Nanny avait réussi à faire fuir plus de 800 esclaves!

On attribuait à Nanny des pouvoirs occultes car elle pratiquait la religion Obeah, que l’on retrouve d’ailleurs encore aujourd »hui au Suriname, en Jamaïque, à Trinidad et Tobago, en Guyanne, aux Barbades ou autres pays des Caraïbes. La religion Obeah est un mélange de mysticisme et de magie blanche et noire. On sait par exemple qu’elle s’était moquée de certains soldats britanniques en leur demandant d’utiliser leur armes à feu sur elle. A leur grand étonnement, les balles avaient simplement glissé sur les vêtements de Nanny, rendant encore plus mystérieuse cette femme qui leur menait la vie dure depuis des années et qu’ils ne parvenaient pas à capturer.

image: http://s4.e-monsite.com/2011/05/17/11/resize_550_550//Cox_nanny_warrior.jpg

Nanny aimait rappeler qu’elle avait hérité ses pouvoirs magiques et ses connaissances en stratégie du combat d’Afrique, du Royaume d’Ashanti d’où elle était originaire. Elle possaidait également un grand savoir-faire dans le domaines des herbes curatives et des traitements traditionnels, et n’hésitait pas à en faire profiter toute la communauté. Elle était en même temps guérisseuse et médecin. Pour toutes ces raisons, sa communauté lui vouait une grande estime et l’affectionnait particulièrement. Tous, étaient les enfants de Nanny.

Dans le Journal of the Assembly of Jamaica du 29 et 30 Mars 1733, un esclave noir qui aurait combattu dans la première guerre contre les marrons, le Capitaine Sambo, aussi connu sous le nom de William Cuffee, étaitt cité dans la rubrique de « l’esclave loyal » en ces termes : car ce très bon Nègre a tué Nanny, la femme rebelle Obeah. En effet, entre 1728 et 1734, Nanny Town et d’autres communautés des marrons furent sévèrement attaquées par les forces britanniques, c’est à ce moment là, en 1733, qu’elle sera tuée.

Que retenir de cette résistante africaine? Prenons simplement la définition du terme anglais que les marrons jamaïcains avaient choisi pour appeler affectueusement cette femme extraordinaire. Dans la langue anglaise, « nanny » est utilisé pour désigner toute personne qui prend soin d’un enfant en l’absence de ses parents. Cette définition devrait suffire à nous permettre de retenir le plus important de ce personnage historique, qui, certainement, aura marqué la mémoire collective de la Nation Nègre. A coup sûr, elle était celle qu’on peut aisément et pertinemment appeler une Reine et une Héroïne d’Afrique.

Natou

Le portrait de Nanny sur ce billet de 500$ témoigne de l’affection que les Jamaïcains éprouvent encore pour leur « Grandy Nanny »  (Nanny of the Maroons)

 

Une maronne surnommée Solitude

Screen-Shot-2015-12-21-at-7.22.26-AMNous ne saurons jamais dans quelle partie de l’Afrique cette histoire tient sa genèse, l’on sait néanmoins que tout commence aux environs de 1750. Un enfant voit le jour, elle s’appelle Bayangumay. Elle connait une enfance plutôt heureuse et, se conformant aux traditions culturelles de son peuple, accepte sans drame de devenir l’épouse du compagnon de son père, Dyadyu. Elle est plutôt heureuse dans cette aventure nouvelle et le futur semble brillant. Cependant, l’arrivée des Blancs va venir tâcher ce tableau magnifique avec l’enlèvement de la jeune épouse et son départ vers l’île de Gorée, sur les côtes du Sénégal, l’un des principaux centre de la traite des esclaves. Le voyage se déroule dans un navire négrier pestilentiel, la destination finale: les Antilles.

Arrivée en Guadeloupe vers 1772, Bayangumay, dont le nom d’esclave devient Babette, donnera naissance à Rosalie, un bébé métissé. Etant donné les atrocités qu’elle vivra de la part des Blancs, la couleur de peau de l’enfant mettra une barrière à l’affection que Bayangumay se devra de donner à son enfant. Elle ira jusqu’à rouer de coups l’enfant qui pourtant ne cessera de venir à elle, même si à maintes reprises on avait tenté de les séparer. Toutefois, la veille de son « marronage », elle se laissera aller à son instinct maternel en caressant la fillette avant de partir.

Après le départ de sa mère, Rosalie devient la « cocotte » de Xavière, la fille de son maître. Sa beauté se fait remarquer, et ses deux yeux de couleurs différentes et claires, ne laissent personne indifférent. Plus elle grandit, plus elle est séduisante. Au départ, Rosalie se montre très docile. Mais petit à petit, comme sa mère, elle songe à se révolter. Survient alors la révolution et l’abolition de l’esclavage décrétée par la Convention de Victor Hugues en 1794 et le maître de Rosalie, le chevalier Dangeau, s’enfuit, la rendant ainsi libre. La jeune femme assiste aux exécutions de la place de la Victoire à Pointe-à-Pitre et aux combats auxquels se livrent les Blancs. Elle ne réalise pas toujours ce qui se passe autour d’elle, pas plus que ce qui lui arrive. Soudainement et brutalement, elle constate qu’elle est remise en esclavage et demande à comprendre. On lui parle d’un certain Richepanse qui aurait débarqué pour exécuter les ordres de Bonaparte rétablissant l’esclavage en 1802.

mul

Un jour, Rosalie est témoin de la descente d’une bande de marrons sur une habitation. Ils sont regroupés autour du «Moudongue Sanga» leur leader. Elle qui comprend peu à peu sa condition et celle des siens, se voit fascinée par cet esprit de courage et de révolte. Tout celà lui fait repenser à sa mère et lui fait comprendre le pourquoi de son départ, et c’est ainsi qu’elle décide elle aussi de rejoindre les nègres marrons.

Sur les hauteurs où les marrons se rassemblaient, Rosalie fait enfin connaissance avec le bonheur, la liberté et l’amour. Elle rencontre Sanga, personnage qui lui révèle l’espérance de tout un peuple. Elle découvre les joies de l’amour avec  Maïmouni un esclave récemment venu d’Afrique, avec qui elle ravivera cette  négritude que compromettait son métissage. Celle qui ne répond plus au nom de Rosalie, se fait désormais appeler « Solitude », un nom qui lui va bien et qui reflète son histoire. Elle devient enceinte.

mul1Malgré sa grossesse, elle participe à tous les combats que livrent les marrons et, dans une sorte de transe, se jette avec fureur sur des blancs sidérés par son courage ou son inconscience. Elle se retrouve parmi les combattant de Delgrés, qui font face aux troupes de Richepanse. Alors que ses compagnons sont vite défaits, Solitude est  épargnée par l’explosion au cours de laquelle périssent les défenseurs de la liberté des Noirs.

La veille de cet épisode triste, Solitude a mis au monde son enfant, mais aussitôt, on le lui arrache au profit d’un propriétaire d’esclaves. Elle aurait dû être exécutée six mois plus tôt, mais les colons avaient pensé que ce ventre animé pouvait rapporter deux bras de plus à une plantation. Elle sera finalement arrêtée, condamnée à mort et exécutée, le 19 novembre 1802.

La Mulâtresse Solitude deviendra vite une héroïne de l’histoire de l’île de la Guadeloupe où une statue lui sera dédiée à Baimbridge, à Pointe-à-Pitre.

Bien que prénommée « Solitude », la jeune femme au courage admirable n’était pourtant pas seule: tout d’abord elle avait été adoptée par une nouvelle famille, car c’est ce qu’étaient devenus les marrons, et puis sa vision, ce rêve de liberté qui l’habitait de façon obsessionnelle, sa fidélité envers sa mère et son Afrique perdue occupaient continuellement ses pensées. Solitude luttera pour la cause sans ne jamais perdre courage.

Natou Pedro Sakombi

MANTATISI, reine Conquérante des Sotho-L’univers impitoyable d’une Reine qui ne veut plus perdre

 

defaezdze.jpg

Que diriez-vous d’effectuer un voyage dans le temps et de vous retrouver deux siècles plus tôt, non loin du territoire de Kwazulu-Natal, en Afrique du sud?  Vous pourriez être présenté(e) au grand Roi des Zulus Chaka, et pourquoi pas, être présenté(e) à l’un de ses adversaires, la reine Mantatisi de la tribu Sotho, dont le peuple était autrefois appelé les « Batlokoa » (qui signifie « Peuple du Chat Sauvage« ), seule femme à avoir participé à la série des guerres provoquée par Chaka, les « mefaqane« , c’est à dire « les guerres d’anéantissement ». Une chose est certaine, vous vous perdriez à reconnaître en elle cette grande guerrière que l’histoire de l’Afrique évoque, car rien dans son aspect physique ne la qualifirait comme telle. Et pour cause, en face de vous se tiendrait une femme d’une trentaine d’année à la corpulence élancée, au teint doré et au visage tellement bien dessiné. Par contre, une chose vous intriguerait assurément: son regard, car c’est un fait indéniable, Mantatisi savait paralyser du regard tout inconnu qui osait la braver des yeux, homme ou femme. Vous baisseriez les yeux pour sûr, puisque y lirez de façon notoire la bravoure mais aussi la ténacité de ces héroïnes africaines qui jamais ne pliaient devant l’inconnu. Dotée d’une intelligence remarquable, ses interlocuteurs parviennent à peine à cerner cette limite qu’elle place entre l’ordre et le conseil. C’est une héroïne au sens de leadership incontestable, et il faut le dire, une guerrière prête à exterminer tous les ennemis qui lui bloqueraient le passage.Vous êtes sur le point lire l’histoire de l’une des plus impressionnantes conquérantes d’Afrique: MANTATISI, Reine de Sotho, une Reine & une héroïne d’Afrique.

Mantatisi est la fille du chef des Basia peuple du village voisin. A la mort de son père, ses ennemis tenteront de tuer son frère et elle, afin qu’aucun d’eux ne monte sur le trône. Pour échapper à cette terrible menace, Mantatisi s’enfuira chez les Batlokoa, et épousera leur chef. A la mort de ce dernier, elle prendra sa relève en tant que Reine Régente. Dès ce moment, la Reine devra faire face à toute une série de querelles et de luttes qui conduisant à une guerre civile. Mais Mantatisi souhaite tellement voir son fils accéder au trône qu’elle refuse de fléchir devant toute adversité. Ce courage et cette autorité dont elle fait preuve lui font rapidement gagner de la  notoriété auprès du peuple. On la craint, on la respecte, on l’admire, et même ceux qui lui vouent une haine profonde et complotent pour son élimination physique sont incapables de la braver.

Cependant, le roi Mpagazita, chef du peuple Hlubi de l’une des provinces de Kwazulu-Natal, et son armée ont pour but de s’en prendre au village du Peuple du Chat Sauvage. Mantatisi qui ne s’attendait pas à une telle embuscade, abandonne son kraal royal pour fuir avec ses sujets à Basia, le village de son père. Elle n’y reste pas longtemps, la nourriture n’y est pas suffisante pour nourrir les deux clans. De surcroit, la Reine ressent les envahisseurs arriver de Zululand pour bientôt. Mantatisi décide de retourner un peu plus à l’ouest, accompagnée de sa horde. A peine arrivent-ils à Sotho qu’ils apprennent que Mpangazita a déjà envahi Basia et qu’ils ont donc échappé belle! Mais à Sotho, les lieux intéressent un nouveau visiteur: Matiwane, un viel ennemi, qui lui aussi a décidé de faire fuir son peuple des griffes du roi des zulus Chaka pour s’instataller à Sotho. Mais cette fois ça en est assez, Mantatisi ne reculera pas, elle affrontera tous ceux qui viennent troubler son territoire. Elle est prête à tuer femme, homme et enfant s’il le faut.

Les mouvements causés par ces trois chefs qui ont nullement l’intention d’échouer, finissent par créer un réel chaos à Sotho. S’ensuivra une série de massacres qui entrainera les différentes populations dans une misère épouvantable. Mantatisi qui a décidé de ne pas baisser les bras, décidera d’adopter une attitude de courage exceptionnelle. Plus rien ne l’arrête, il est temps que tous les envahisseurs reculent et laissent en paix son peuple.

Cette série de guerre entre 1815 et 1840 créée en réalité par le chef des Zulus Chaka, qui rêve de conquérir tout le pays, sera qualifiée de « lifaqane » (ou au pluriel, « mefaqane« ), c’est à dire « les guerres d’anéantissement ». Et c’était le cas de le dire, et Mantatisi sera la seule Reine à y avoir participé; elle et son armée anéantiront clan après clan, tuant tout ce qui se trouvait sur leur passage. Elles terrassent tout d’abord Matiwane et son peuple, victoire qui les encourage à continuer, en anéantissant ensuite  peuple Mfengu  pour s’emparer de leur territoire.

Lorsque la Reine et son armée atteignent Paka, région connue aujourd’hui comme Maseru, capitale de Basutoland, Mantatisi devra affronter son pire ennemi, celui qu’elle ne veut justement pas affronter depuis un temps, Mpangazita, chef des Hlubis. Ils combattront l’un contre l’autre car tous deux voudront obtenir la suprématie de la Caledon Valley.

Et cette fois, le peuple du Chat Sauvage fera reculer Mpagazita et son armée de façon spectaculaire grâce à une stratégie intelligemment imaginée par Mantatisi.

Après cette très belle victoire, la Reine se demande pourquoi s’arrêter là, d’autant plus que ce chaos qui résulte de ces guerres a crée une famine dans tout le pays! Elle continue à chercher à arracher les territoires qu’elle peut, laissant derrière elle des morts à n’en plus finir, entrainant les populations dans une pauvreté comme il n’en existait pas auparavant.

Toutefois, cette soif de vaincre dont est animée Mantatisi sera stoppée par nul autre que Matiwane, chef rebelle des Zulus qu’elle avait vaincu quelques années auparavant. Mantatisi et son armée qui ne semble plus aussi puissante, sont incapables de faire face à ce terrible combattant et son armée de brigands, tous rempli de haine et de ressentiment face leurs ennemis de longue date. Elle et les siens  s’enfuient de la Caledon Valley, pour s’en retourner à Sotho.

Mais la famine qui s’abat sur tout le territoire des Sotho a atteint un point de non retour et une vraie misère pousse les populations à agir avec cruauté les uns envers les autres. Les guerriers de Sotho iront jusqu’à se nourrir des cadavres de leurs ennemis, pratiquant ainsi un cannibalisme qui leur sera collé pendant plusieurs générations. La Reine serait décédée des suites d’une grand fatigue et faiblesse physique.

Que dire de Mantatisi la Reine Conquérante? Et bien, malheureusement l’histoire n’a rien retenu d’elle si ce n’est une soif insatiable de conquérir et de posséder encore et encore pour elle et les siens. Le peuple a gardé d’elle l’image d’une femme impitoyable. On peut dire de Mantatisi qu’elle est la personnification même de la vengeance que l’on fait à la vie, du refus d’échouer après avoir essuyé des échecs. Quant à vous, auriez-vous aimé connaitre cette reine au charme trompeur et à l’ambition dévastatrice? Mérite t-elle quand même sa place parmi les Reines et Héroïnes d’Afrique?

Natou Seba-Pedro Sakombi

 

Kathleen Cleaver, la femme panthère…

kat 5Vers la fin des années soixante, une afro-américaine un tantinet « grande bouche » fait son apparition dans le milieu du militantisme noir des grandes villes des Etats-Unis. On la reconnait à son énorme afro châtain et à sa silhouette élancée enfouie au milieu d’un groupement d’hommes, tous vêtus de noirs. Méfiez-vous de ce joli visage qui innocemment charme tous ceux qui s’en approchent; cette femme n’est pas une femme comme les autres, cette femme est  ce qu’on appelle « une panthère noire ». Son nom, Kathleen Neal Cleaver, et voici son histoire…

Kathleen Neal voit le jour le 13 mai 1945 à Dallas, dans le Texas. Fille d’intellectuels, elle est  issue d’un milieu assez aisé. Le père, Ernest Neal est professeur de sociologie et sa mère Juette Neal, est détentrice d’un master en Mathématique. Quelques temps après la naissance de Kathleen, son père accepte le poste de directeur à la Rural Life Council of Tuskegee Institute, un collège pour étudiants noirs en Alabama, ce qui le conduira six ans plus tard vers un poste dans les Affaires Étrangères. La famille Neal effectuera donc plusieurs déplacements à l’étranger, en Inde, au Liberia, en Sierra Leone et aux Philippines. Toutefois, les parents de Kathleen préfèreront envoyer leur fille poursuivre ses études secondaires à la George School à Philadelphie. En 1963, elle termine avec distinction et entre à Oberlin College, et ensuite au Barnard College.

katMais en 1966, Kathleen s’intéresse de très près aux problèmes des droits civiques. Le racisme et l’injustice à l’égard des Noirs qui règnent encore aux Etats-Unis à son époque devient inadmissible à ses yeux. Elle veut se consacrer à temps plein à la lutte pour les droits de son peuple et n’hésite pas à abandonner ses études pour la cause. C’est ainsi qu’elle quittera le collège pour un job de secrétaire à la SNCC (Student Nonviolent Coordinating Committee, littéralement « comité de coordination non violent des étudiants ») à New-York, l’un des principaux organismes du mouvement afro-américain des droits civiques des années 60. Lorsque Kathleen est chargée d’organiser la conférence de la Fisk University à Nashville (au Tennessee), elle ne sait pas encore que sa vie va prendre un tournant décisif.  En effet, c’est à cette conférence qu’elle rencontre le ministre de l’information du Black Panther Party, Eldridge Cleaver, qui deviendra par la suite son époux.

kat 4Kathleen et Eldridge Cleaver

Juste après la conférence de Nashville, Kathleen s’installe à San Francisco pour tenter d’adhérer au Black Panther Party qui jusque là n’est composé que d’hommes. Elle se rapproche de plus en plus d’Eldridge qui non seulement voit en elle un bon élément pour le parti mais tombe éperdument amoureux de Kathleen. Elle l’épouse le 27 décembre 1967 et devient Secrétaire chargée de la Communication et le premier membre de sexe féminin à intégrer le Black Panther Party. Son role est d’écrire des articles pour le parti mais aussi de donner des discours en sa faveur à travers le monde. Grâce à son éloquence et à charisme, on lui confie la tâche de défendre les Black Panthers devant les médias, ce qu’elle fait avec beaucoup de force et d’efficacité.

Kathleen se démarque aussi par le rôle primordial qu’elle joue dans la prise de conscience de l’identité des femmes afro-américaines. Elle devient un modèle et prend son rôle très aux sérieux. Alors que les éléments masculins du Black Panther Party prônent haut et fort le slogan « Black Power« , c’est Kathleen Cleaver qui contribuera à donner son véritable sens au concept de « Black is beautiful« .

Lorsqu’en 1967, Huey Newton, l’un des membres du Black Panther Party  et l’un des fondateurs du mouvement se fait incarcérer, Kathleen organise de main de fer un campagne extraordinaire en faveur de sa libération. Kathleen est toujours au premiers rangs des manifestations et assiste activement tout membre du parti se retrouve en prison.

kat 3

Son mari et elle deviennent des éléments clés dans le parti et intègrent le parti californien de gauche Peace and Freedom, dont les revendications socialistes défendent des idées sur le droit de la femme ou la fin de la guerre du Viet Nam. Cependant, leur implication dans le Black Panther Party leur coûte une surveillance permanente et rapprochée de COINTELPRO, une branche du FBI contre les Black Panthers et les communistes dans tous les Etats-Unis. Ils connaissent des gardes à vue à maintes reprises et sont constamment sur écoute. En 1968, alors que l’état soupçonne le mouvement controversé de cacher des armes et des munitions, une perquisition solide sera effectuée dans l’appartement des Cleaver. La même année, lors d’une embuscade organisée par la police d’Oakland, deux officiers de police ainsi que l’un des  membres du mouvement, Bobby Hutton  perdront la vie. Cleaver sera quant à lui sérieusement blessé suite aux échanges de coups de feu pendant ce malheureux incident. Accusé de tentative de meurtre, le mari de Kathleen décide de fuir vers Cuba afin d’échapper à la prison. Après avoir passé quelques mois à Cuba, il rejoindra Kathleen en Agérie.  Une année plus tard, alors que le couple se trouve en Corée du Nord, Kathleen donne naissance à sa première fille.

L’exil va changer Eldridge. Il se converti au christianisme et sa vision de la lutte change terriblement. En 1971, un sérieux conflit s’installe entre Elridge et Huey Newton, l’un des fondateurs du Black Panther Party. Elridge est expulsé de la branche internationale du mouvement. Les Cleaver vont alors créer une organisation qu’ils vont nommer la « Revolutionary People’s Communication Network » (le Réseau de Communication du Peuple Révolutionnaire).

Pour mettre en place l’organisation, Kathleen retourne à New-York. Mais après son départ, le gouvernement algérien commence à voir d’un mauvais oeil les activités d’Eldridge et de son organisation. En 1973, il sera obligé de quitter secrètement l’Algérie et de rejoindre Kathleen à Paris où le gouvernement français accordera un droit de résidence.Mais une année après, ils prennent le risque de rentrer aux Etats-Unis où Cleaver sera directement incarcéré pour l’incident de 1968. Coupable d’agression, il devra écoper de 5 années de probation et founir 2000 heures de travaux forcés. Kathleen travaillera d’ arrache-pied pour la libération de son mari, elle récoltera des fonds partout où elle pourra et ses efforts seront récompensés en 1976 lorsqu’ Eldridge sera libéré sous caution.

kat 6En 1981, Kathleen reprend ses études à l’Université de Yale et en ressort avec un baccalauréat en histoire en 1983.Mais le couple Cleaver bat de l’aile depuis un certain temps. En 1987, ils divorcent après 20 ans de mariage. Kathleen refuse de se laisser aller à la tristesse causée par cet échec et décide de poursuivre des études de droit à Yale. Après l’obtention de sa licence, elle devient avocate et se fait engager par la firme Cravath, Swaine & Moore. Mais à côté de cela, Kathleen se montre très active dans les affaires légales. Elle accepte notamment de devenir légiste à la Cour d’Appel des Etats-Unis à Philadelphie, et visite plusieurs facultés de droit du pays où elle donne des conférences. Professeur de droit à la Emory University et à la Yale Law School, elle est finalement conférencière pricipale à l’African American Studies de l’université de Yale.

Kat 2Aujourd’hui, Kathleen continue à enseigner le droit à l’Université Emory. Elle reste une référence utile en ce qui concerne le Black Panther Party et  nombreux sont les médias qui font appel à elle pour décrire ce qu’était en réalité l’un des mouvements noirs les plus controversés de l’histoire. Et qui sait, peut être que de son regard de femme elle parvient à donner une vision plus compréhensible voire moins diabolique de ce qu’était le Black Panther Party for Self Defence, dont elle était le premier élément féminin.

C’était le récit de la vie de Kathleen Cleaver, une Héroïne d’Afrique.

Natou Pedro Sakombi

 

La Moïse du peuple Noir: Mieux vaut mourir que voir un esclave asservi!

L’histoire commence en 1821 dans la ville de Araminta Ross, une ville du Marylan, au sud des Etats-Unis. Une esclave noire donne naissance à son premier enfant, une petite fille qu’elle prénomme simplement Harriet, car à cet époque, les esclaves n’ont pas de nom de famille. En grandissant, Harriet verra naître ses 9 frères et soeurs et exécutera comme eux des tâches diverses telles que le ménage dans la maison du maître, l’extraction de coton sur les plantations ou les travaux pénibles de la ferme. Ses journées en sont remplies, elle ne fait rien d’autre que ça. A chaque fois qu’elle décide de souffler un peu ou de travailler à son aise, elle reçoit d’horribles coups de fouets, et même si Harriet n’est qu’une enfant, tout ça lui semble terriblement injuste! Harriet n’est encore qu’une fillette lorsqu’elle décide d’aider un petit esclave à fuir de la plantation. Le gamin a commis une  grave bêtise et on lui a promis un terrible châtiment. Certains esclaves supportent mal leurs punitions et y perdent la vie, Harriet préfère alors que son ami prenne le risque de fuir. Malheureusement,  la tentative de fuite échoue, elle et son compagnon ramassent plusieurs coups de massue sur la tête. Harriet qui frôle la mort finit quand même par s’en remettre.
harriet 1Adolescente, Harriet et d’autres esclaves de la même plantation sont vendus au Docteur Anthony Thomson, un prédicateur protestant, moins violent que leur ancien maître. Mais quelques années plus tard, elle sera revendue à un autre maître qui l’obligera à épouser un certain John Tubman, un Noir libre. Harriet deviendra Harriet Tubman. Non seulement ce mariage arrangé ne la rendra pas heureuse, mais il ne l’émancipera pas non plus. Ainsi, après quelques années, elle se séparera de John et passera de maître en maître. Très vite, elle comprend que même son ancienneté ne fera jamais d’elle une femme libre, et à trente ans, elle sait que les mauvais traitements qu’elle a toujours enduré la mèneront un jour vers la mort. Entre fuir ou mourir, elle choisit la fuite!
Harriet 2Lorsqu’ Harriet décide de fuir cette nuit d’été, aucun de ses compagnons ne l’encouragent, et pas un seul d’entre eux n’accepte de la suivre; et ils n’ont pas tellement tort car le châtiment réservé à un esclave rattrapé lors de sa fuite équivaut à une visite aux portes de l’enfer, et beaucoup y restent. Si le maître est sans pitié, il n’hésitera pas à pendre l’esclave, à le lyncher jusqu’à la mort ou à lui sectionner les tendons. Harriet ne recule pas face à ces éventualités atroces et s’en va. Mais où va t-elle? En Pennsylvanie, un état où l’esclavage a déjà été abolie. Il suffit pour elle de traverser la frontière en empruntant la direction du Nord du Maryland.

La chance accompagne Harriet: elle rencontre un homme noir qui fait parti de l’Underground Railroad (traduction: Chemin de Fer Souterrain), un réseau qui aide les Noirs à fuir des plantations et atteindre les Etats du Nord, là où l’esclavage a déjà été abolie. L’employé aidera Harriet à se dissimuler dans un train, dans un sac de marchandises. Après plusieurs jours de souffrance extrême, elle parvient à destination sans s’être faite repérer.

L’ Underground Railroad aide Harriet à s’installer à Philadelphie, elle est enfin une femme libre! Toutefois, malgré une nouvelle vie et une liberté gagnée, Harriet ne cesse de penser aux mauvais traitements et autres atrocités que subissent les compagnons qu’elle a laissé. La colère va vite s’emparer d’elle: elle se dit qu’il faut absolument arracher tous les Noirs des mains des esclavagistes. Il n’est pas question pour elle de rester à Philadelphie pendant que ses compagnons frôlent la mort tous les jours. Il faut retourner sur place et les aider à s’enfuir!

C’est ainsi qu’Harriet décide de rejoindre l’Underground Railroad et devient « passeuse », au péril de sa vie. Elle étudiera attentivement les leçons apprises par les membres de l’Underground Railroad: comment s’infiltrer secrètement dans les plantations, comment entrer en contact avec les esclaves désireux de s’enfuir, comment aider des familles entières à passer les frontières, comment manipuler une arme à feu, comment échapper aux chasses policières, etc…Tout un tas de techniques quasi militaires.

Une fois prête, Harriet décide de retourner dans son ancienne plantation pour délivrer sa soeur et ses deux enfants. L’opération réussie et l’encourage à continuer à libérer les autres qui le désirent. Petit à petit, elle deviend une experte des « passes » et on dénombre pas moins de 19 voyages d’Harriet dans les plantations du Sud. Au bout de quelques années, elle aura aidé plus de 300 esclaves à fuir et devenir libres sans qu’aucun d’entre eux ne soit capturé.Voici les différentes péripéties auxquelles Harriet fait face lors des voyages clandestins:

– elle doit parfois se montrer fin psychologue car pendant ces passes, beaucoup d’esclaves manifestent des crises d’angoisses. Harriet passe souvent des nuits entières à leur parler pour chasser leur panique.

– pour calmer les bébés susceptibles de pleurer et de les faire remarquer, Harriet se voit obligée d’avoir sur elle des somnifères qu’elle leur administre quand c’est nécessaire

– il faut faire vite, car ils n’ont que 48h avant que le maître esclavagiste n’alerte la presse pour qu’elle publie des avis de disparitions. Ce laps de temps doit leur permettre de s’éloigner le plus possible avant que la police se lance à leur poursuite

– il faut habilement éviter les chasses et les battues des policiers lancés à leur recherche. Harriet devra utiliser son fusil au cas où. Il lui est même arrivé de pointer ce même fusil à l’un des esclaves qui décidera de ne plus continuer et de se rendre à son maître. Par ce geste brutal, Harriet veut lui faire comprendre que s’il se rend, il est déjà un homme mort; elle préfèrerait donc le tuer elle même plutôt que laisser un blanc le faire. Cet esclave choisira de continuer.

harriet 4

Harriet (tout à fait à gauche) photographiée avec une famille qu’elle a aidé à fuir de leur plantation

Les maîtres esclavagistes n’en peuvent plus de voir autant d’esclaves leur filer entre les doigts. Ils crée en 1850 un décret qu’ils nomment le « Fugitive Slaves Act« . Ce décret prévoit que les maîtres ont le droit de poursuivre les esclaves dans tous les Etats-Unis, c’est à dire même dans ceux où l’abolition de l’esclavage a été proclamée. Cette loi ne refroidira en rien Harriet, bien au contraire! Mieux vaut risquer sa vie en essayant de la sauver que mourir dans la lâcheté. La renommée d’Harriet se répand dans tous les Etats-Unis. Son activisme la rend célèbre et les Noirs l’admirent et la vénèrent tandis que les Blancs cherchent à avoir sa peau. Elle ne cesse de narguer les autorités et va jusqu’à libérer ses propres parents, pourtant devenus très vieux.

Même si Harriet pense qu’elle mourra certainement si elle n’abandonne pas son rôle de « passeuse », c’est un autre élément historique qui viendra lui donner l’assurance d’une longue vie. En effet, la Guerre de Sécession (La Guerre Civile) éclate et opposent les Etats du Nord et ceux du Sud. L’abolition de l’esclavage sera l’un des points clé de cette fameuse guerre. Et suite à cela, en 1863, le président des Etats-Unis Abraham Lincoln proclame l’abolition de l’esclavage.

harriet 3A la fin de l’esclavage, on aura chiffré plus de 30 000 libérations d’esclaves par l’Underground Railroad depuis sa fondation en 1780 jusqu’à l’abolition. Parmi ces esclaves, 300 auront été libérés par une femme: Harriet Tubman. Mais elle ne s’arrêtera pas là notre chère Harriet, pas en si bon chemin. Elle rejoindra l’Armée du Nord, favorable à l’abolition, qui continue à lutter contre l’Armée du Sud qui retient encore des esclaves captifs. Elle y jouera plusieurs rôles: infirmière, cuisinière, éclaireuse, et sachant de quoi elle était capable, l’Armée lui confiera mêmes des missions secrètes pendant lesquelles elle s’infiltrera dans les plantations du Sud pour rapporter des informations. Elle participera à une bataille à Combahee River, en Caroline du Sud, où elle créera sa propre équipe. Harriet est la première femme afro-américaine à avoir joué un rôle militaire dans l’Armée. On lui donnera le nom de Générale Tubman, mais il ne s’agira que d’un simple surnom. En 1865, à la fin de la guerre, Harriet Tubman se retire dans une petite ville de New-York. Elle se remarie à Nelson Davis et consacre son temps à l’éducation des enfants noirs et à aider des personnes ayant des difficultés sociales. Plus tard, en 1908, elle fait construire une maison pour accueillir les pauvres et les personnes âgées de la communauté noire. Elle leur sera dévouée jusqu’à sa mort en 1913, où Harriet Tubman sera enterrée avec les honneurs militaires au cimetière de Fort Hill.

Harriet Tubman, c’est toi, c’est moi, c’est nous, car une héroïne sommeille en chaque Femme Noire, où qu’elle soit et quelque soit son époque.

 

Natou Pedro Sakombi