YAYA KIMPA VITA-L’instrument de guerre des Kongo

En 1704, une jeune femme répondant au nom de Nsimba Margueritte Béatrice, alors âgée de 20 ans, prit le nom de KIMPA VITA, ce  qui signifie « instrument de guerre ». Après avoir reçu une révélation de Nzambia Mpungu tu Lendo (Dieu) sur son identité spirituelle réelle, une certaine Mama MAFUTA FUMARIA assurera son coaching initiatique. Elle devint alors une grande initiée aux mystères de la création de la vie et de la mort. Rapidement, elle se fait surnommer la Jeanne d’Arc en Afrique,  et sa mission était de libérer la race noire de l’oppression coloniale, en l’occurrence portugaise.

Kimpa Vita est originaire du Mont Kibangu, situé en plein Royaume Kongo, une région où coulent 5 rivières. Selon la tradition Kongo, tout lieu où coule une rivière  est un endroit sacré, car il constitue la frontière  entre le monde réel et le monde invisible. Kimpa Vita est ce qu’on appelle une NGANGA MARINDA, c’est à dire une prêtresse traditionnelle ou initiée de la société secrète “KIMPASI”. Elle y avait été initiée très jeune par Mama Mafuta Fumaria, une prophétesse de Mbanza Kongo, mais avait décidé de se retirer de la société, dont la mission était de délivrer  les gens des forces du mal  à travers des cérémonies  d’exorcisme appelées  “MBUMBA KINDONGA”. Pour les missionnaires occidentaux,  la société  KIMPASI pratiquait la sorcellerie, et la plupart de leurs temples  qui se trouvaient dans la foret avaient été détruits par les capucins. Et inversement, pour les membres de la société KIMPASI, les prêtres capucins étaient des sorciers.

KIMPA VITA,  annonça  à sa famille que Dieu lui avait donné la mission de prêcher la vraie religion des NE-KONGO. Elle avait pour habitude d’effectuer des retraites spirituelles ou « Manenga » dans la nature, et commença à prêcher sur le mont Kibangu, la montagne sacrée. Puis, elle  avait repérée une grotte à l’intérieure de laquelle ses fidèles et elle se réunissaient pour élever leurs prières. Cet endroit s’appelait « Ngum » et c’est là qu’elle reçut la révélation du nom de la religion ancestrale africaine : « Ngum-Nza », qui veut dire « Esprit de Mpungu tu Lendo ». Ce dernier se répand sur toute chair et fait de chaque homme ou femme serviteur ou servante de Mpungu tu Lendo. Pendant, les moments de prières, des énergies très puissantes descendaient sur l’assistante. L’Esprit de Mpungu tu Lendo se manifestait par des voix audibles, des prophéties et des dons spirituels.  

La prophétesse osa un jour se présenter en personne au palais du  ROI PEDRO IV pour lui demander de se joindre à elle  afin de prier le « vrai Jésus » et restaurer le royaume alors saccagé par la guerre. Un prêtre portugais, le PÈRE  BERNARDO DA GALLO, qui témoigna de cette visite de Kimpa Vita au palais, raconta qu’au passage de la jeune femme, des arbres tordus ou à terre se sont redressés et que les portes du palais se sont ouvertes elles-mêmes, comme repoussées par des mains invisibles. Kimpa Vita leur disait:

« Nous aussi nous avons des saints au Kongo. Les Blancs ont blanchi Dieu  pour  leur profit mais un nouveau royaume va naître et il faudra  reconstruire la ville, relever les maisons. »

Bientôt, on se presse de ramasser les miettes qui tombent de sa main, de lécher les gouttes d’eau qu’elle fait tomber en buvant dans sa calebasse. Et d’un simple toucher, la jeune femme rend fécondes les femmes stériles!

Selon KIMPA VITA,  le Kongo est la TERRE SAINTE, les pères de l’Eglise sont en réalité des Africains. Selon elle, l’histoire de l’église est une histoire africaine, une histoire Kongo.  JÉSUS CHRIST  est né à  MBANZA KONGO, et quand le catéchisme parle  de  BETHLÉEM , c’est en fait de Mbanza Kongo dont il est question. Il est dit que Jésus avait été baptisé à Nazareth, mais en réalité Jésus avait été baptisé au Nord de la province de NSundi. Et Marie était encore une esclave de  NZIMBA MPANGUI quand elle a enfanté le divin enfant Jésus Christ.

KIMPA VITA était toujours entourée d’une grande foule. Le PÈRE BERNARDO DA GALLO avait fini par compter et reconnaître plus de 80 milles conversions par elle. Même DONA MARIA  HIPOLITA, l’épouse du roi  PEDRO IV, s’était aussi ralliée à la nouvelle religion du BUNDU DIA MAMA KIMPA VITA, qui était décidée à restaurer le Royaume Kongo et son message était un cri qu’elle appelait « M’LOLO » pour le rassemblement et pour la renaissance  du  royaume. Selon elle, l’homme blanc était originaire d’une pierre en argile appelée « FUMA » en kikongo, et les hommes noirs sont originaires  d’un arbre  appelé « MUNSANDA ». L’arbre et la foret sont des symboles du monde invisible, et les esprits des ancêtres vivent dans des lacs et les océans, on les appelle des « NSIMBI». L’écorce de l’ARBRE MUNSANDA était la matière avec laquelle  on avait enveloppé Jésus à sa naissance et toute personne  qui sera habillée de cette écorce  recevra la bénédiction de Nzambi a Mpungu. D’ailleurs, tous les adeptes de Kimpa Vita furent vêtus  d’habits faits de l’écorce du munsanda. Toujours selon Kimpa Vita, l’arbre connu sous le nom de « TAKULA », dont l’écorce produit une sève rouge, est le sang de Jésus, qui pouvait transformer la vie.

La renommée de Kimpa Vita était devenue une  menace considérable  qui risquait de conduire à la chute de l’Eglise, à la défaite de la théologie chrétienne  et donc à la perte de contrôle du royaume par les missionnaires. Il fallait donc trouver une astuce pour éliminer la jeune prophétesse. Pour la jeune femme, les capucins étaient des sorciers. Elle les surnommait « NDOKIS » ou « NKADI A MPEMBE ».

Le conseil royal sous la présidence  de  DOM BERNARDO , LE VUZI A NKANU (LE GRAND JUGE), assisté du SECRÉTAIRE  ROYAL MIGUEL DE CASTRO  prononcera la sentence de mort  contre KIMPA VITA pour hérésie , crime de nature religieuse et mensonges, après un procès  monté de toute pièce par les capucins. Elle  fut conduite sur un grand bûcher et fut exécutée  le 2 juillet  1706.

Mais un autre miracle se produisit: à l’endroit où elle fut brûlée, on vit apparaître une grande étoile. En outre, des rumeurs circulaient  et annonçaientt que Kimpa Vita devait se réincarner  quelque part  au  KONGO. Et d’ailleurs, quelques jours après son exécution, quelqu’un  avait dit  l’ avoir  aperçue dans la région du  Mbanza Kongo.

La véritable histoire de Kimpa Vita est connue de source orale grâce aux églises qui sont nées des siecles après sa mort dont celle de SIMON KIBANGU, DIANGUENDA KUNTIMA, SIMON MPADI, SIMAO TOKAIO, toutes revendiquant la restauration  du Royaume Kongo

L’influence de YAYA KIMPA VITA  continua à se répandre après sa mort. En effet, beaucoup des prisonniers du Royaume Kongo, qui étaient vendus comme esclaves, étaient des partisans du BUNDU DIA MAMA KIMPA VITA. Ces esclaves étaient exportés à partir du port de Kabinda ou de Soyo, où les bateaux des Anglais et des Hollandais, qui dominaient  la traite, venaient « s’approvisionner en esclaves ». Pour ces esclaves du Kongo, ces voyages en bateaux relevaient du mystère, parce que selon la cosmogonie Kongo, l’eau est le lieu ou vivent les ancêtres et les morts. Ces Kongos pensaient donc  être transportés  dans l’univers des morts  par les Blancs, et la couleur blanche était d’ailleurs la couleur de la mort.

Selon le témoignage du père  LORENZO  DA LUCCA  qui avait voyagé dans le navire « Nossa Senora Do Cabo »  qui transporta des esclaves à SALVADOR (province de BAHIA au BRESIL)  le 10 aout 1709 , beaucoup d’esclaves  portaient des médailles antoniens (Notez que LES  PREMIERS ESCLAVES A ARRIVER AU BRESIL ÉTAIENT KONGOS). Des Kongos vendus comme esclaves furent aussi conduits  au SURINAM, en JAMAÏQUE , aux BARBADES, à ANTIGUA et en VIRGINIE (USA) à PORT YORK. On sait aussi que les Kongos ont travaillé dans des plantations de café en HAITI , EN CAROLINE DU SUD (USA) et plus tard à LA NOUVELLE ORLEANS (LOUISIANE-USA) où ils avaient apporté avec eux leurs cultures et leur religion, c’est à dire celle de KIMPA VITA,  pour la grande majorité d’entre eux.

Par Natou Pedro-Sakombi

Avec l’aide précieuse des recherches et de l’article sur Mama Kimpa Vita de ARSENE FRANCOEUR NGANGA, MFUMU KI KUIMBA etde Bassissa Jean De-Dieu Saturnin

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Aline Sitoe Diatta, Reine insoumise de Casamance

Cette résistante sénégalaise serait née entre 1910 et 1920 à Kabrousse, en Casamance, une régi
on du sud-ouest du Sénégal, peuplée majoritairement par le peuple Diola.

Quand son père décède, Aline est recueillie par son oncle Elaballin Diatta. Et suite à des conditions de vie très précaires, la jeune femme de 18 ans quitte son village natal pour trouver du travail à Ziguinchor. Mais l’herbe n’y est pas plus verte, elle décide de quitter la Casamance pour Dakar, et se fait engager par un côlon commerçant .

C’est  vers 1941 qu’Aline reçoit ses premières révélations. Une « voix » lui demande de retourner dans son village pour porter secours à son pays et le délivrer des colons. La voix précise que si elle manque à ce devoir, il lui arrivera malheur. Aline ne lui obéit pas.

Quatre jours plus tard, elle se retrouve paralysée au réveil! Apeurée, elle cède et demande qu’on la ramène en Casamance. Dès son arrivée, la paralysie la quitte. Toutefois, et selon certains dires, Aline conservera des séquelles de ce mal et boitera tout le restant de sa vie.

 Peu à peu, Aline se sent comme poussée à intervenir et à agir contre les agissements des colons qu’elle trouve injustes à l’égard de son peuple. Elle encourage son peuple à leur désobéir, les incite à ne pas payer l’impôt, à cultiver du riz plutôt que des arachides, (contrairement aux exigences des Français) et va jusqu’à déconseiller aux jeunes Sénégalais de rejoindre l’armée française. Dans sa démarche, la jeune femme pousse également son peuple à adopter une attitude de résistance en refusant la culture du colonisateur et en retournant aux sources de la culture sénégalaise. Et dans tout cela, Aline insiste sur le fait que ses recommandations sont d’ordre divin.

Selon Aline, le retour aux sources doit notamment se manifester par le rétablissement de l’ancienne « semaine diola » qui consistait à travailler 5 jours et à se reposer le 6ème jour, et par la mise en place de nouvelles cérémonies de sacrifices et de prières, à savoir, à une toute nouvelle forme de religion se voulant traditionnelle.

Face à une sécheresse qui s’abat sur la région, la population qui ne prête attention aux déclarations d’Aline qu’à moitié, décide de la consulter: il est temps de démontrer la véracité de ce qu’elle proclame. Si ses révélations viennent vraiment de Dieu, elle devrait pouvoir agir contre cette calamité. Aline propose des incantations pour inviter la pluie à tomber ainsi que des sacrifices de bœufs noirs. Suites à ces cérémonies, et au grand étonnement de la population, la pluie se met à tomber et arrose les rizières desséchées.

Il n’ y a plus aucun doute, Aline Sitoé Diatta est une vraie servante de Dieu.
Les miracles ne s’arrêtent pas là: Aline impose les mains aux malades et les guérit. Lorsqu’elle visite les malades alités et leur serre la main, à peine a t-elle le dos tourné que les malades se remettent sur pied.

Jeunes filles diola

Son nom ne tarde pas à se répandre dans toute la région et des délégations entières viennent de loin pour la rencontrer. Quelques soient leur religion ou groupe ethnique, les foules pour qui Aline prêche le retour aux sources sont radicalement touchées et se tournent effectivement vers les traditions qu’Aline prône. 

L’ancien Roi de Casamance étant décédé, c’est en Aline que le peuple voit un successeur. Le peuple pense avoir besoin d’une personne dotée d’un pouvoir surnaturel, d’une personne en connexion directe et constante avec Dieu. Aline ne se fait pas prier, elle accepte de prendre la relève du roi défunt et devient Reine de Casamance.

C’est en pèlerinage qu’on vient voir la Reine Aline Sitoé pour  lui demander conseils et assistance face aux colons, de plus en plus présents et imposants. Ces derniers sentent le danger venir de loin et se mettent à sa recherche. L’administration cherche à l’emprisonner pour cause d’incitation à la rébellion et à l »insoumission face à l’ordre établi.

Le jour où les soldats français arrivent en embuscade pour embarquer Aline, elle est en pleine période menstruelle. Or chez les diola, il s’agit d’une période d’impureté durant laquelle  la femme doit quitter sa chambre pour se coucher à un  endroit réservé à la circonstance. Aline n’est donc pas là où on pense la trouver.

Les soldats qui pensent qu’elle se cache, se mettent à tirer de tous les côtés et parviennent entre autre à toucher une jeune femme qu’ils prennent pour Aline Sitoé.

Selon les sources, il s’agissait de sa co-épouse. Les nouvelles du carnage parviennent aux oreilles de la Reine qui décide de se rendre elle-même auprès des colons afin d’éviter que d’autres innocents se fassent tuer à cause d’elle.

Aline Sitoé Diatta se fait arrêter le 8 mai 1943, en même temps que son époux. Toutefois, ce dernier retrouvera la liberté quelques  années plus tard. Quant à notre héroïne, elle sera balancée d’une prison à une autre, entre le Sénégal, la Gambie et le Mali. C’est à Tombouctou qu’elle rendra l’âme en 1944, des suites de privation et de torture. La Reine serait tombée gravement malade et on aurait simplement refusé de la soigner pour la voir partir plus vite.

Mais peut-on dire d’ Aline Sitoé Diatta qu’elle est vraiment partie? Si l’ont sait que cette femme exemplaire au patriotisme inégalable, cette héroïne d’Afrique au rempli plein d’amour et au courage salutaire repose en paix, sur la terre de ses ancêtres, son âme continue certainement à vivre dans le coeur de tous les Sénégalais et de tous ceux qui affectionnent  le peuple noir. Aline Sitoé est pour sûr, une Reine et une Héroïne d’Afrique. Que son histoire soit conté de génération en génération…ne l’oublions jamais…

En 2008, un nouveau bateau voit le jour au Sénégal.Il quitte le Port de Dakar  pour la Casamance. Le bateau porte fièrement son nom: « le Aline Sitoé Diatta ».

 

Natou Pedro-Sakombi