La très discrète Mariam Sankara raconte les derniers instants avec son époux, Thomas Sankara

La veuve de Thomas Sankara, Mariam Sankara, vit depuis 1990 à Montpellier dans le sud de la France. Depuis son exile, elle n’est retournée que deux fois au Burkina Faso, en 2007 et en 2015. Mariam est une femme d’une extrême discrétion qui a toujours évité la presse. Voilà maintenant trente ans qu’elle se bat sans relâche pour connaître la vérité et obtenir justice pour son mari. Reines & Héroïnes d’Afrique revient sur les moments qui précédèrent l’assassinat de son époux, le grand Thomas Isidore Sankara, père de la révolution burkinabé et emblème du panafricanisme et de la lutte contre l’impérialisme. 

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Mariam Sérémé Sankara est née le 26 mars 1953. Elle épouse le lieutenant Thomas Sankara le 21 juillet 1979 alors qu’elle est encore étudiante. Son époux devient capitaine et prend le pouvoir par un coup d’état militaire en août 1983 en devenant Président de ce qui est alors la République de Haute-Volta et qu’il rebaptise Burkina Faso, ce qui signifie « le pays des hommes intègres ».

mariam3Mariam Sankara se rappelle parfaitement bien des derniers instants passés auprès du héros de la révolution burkinabé. Bien que très discrète et fuyant la presse, elle s’est confiée de rares fois sur ses instants qui marquèrent un tournant décisif dans sa vie.

Le soir du mercredi 14 octobre, Mariam se trouvait à la présidence avec son époux. De retour à leur résidence, après le dîner,  ils visionnaient ensemble un documentaire sur Che Guevara à la télévision, puis un autre sur Lénine. Les enfants s’étaient endormis devant le poste et Mariam les avait conduits dans leur chambre, puis était allée se coucher à son tour.

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Le matin du 15 octobre 1987, jour de l’exécution de Thomas, Mariam Sankara quitte son lieu de travail vers midi afin de le retrouver à leur domicile pour le déjeuner. Mais Thomas est dans son bureau, en train d’y préparer un discours important et urgent, Mariam déjeune alors seule. Avant qu’elle ne s’accorde une courte sieste, Thomas fait appel à son épouse pour qu’elle l’aide à finaliser l’écriture de son texte. Lorsqu’elle va se coucher, son époux déjeune enfin et la rejoint au lit. Malgré les pressions qu’il pouvait endurer, Mariam se souvient que c’était un homme gai, agréable et convivial, et elle ne se doutait pas qu’il s’agissait là du dernier moment qu’ils partageaient ensemble. Elle se réveillera pour regagner le travail et quittera la chambre sur la pointe des pieds pour ne pas le réveiller… C’est la dernière image qu’elle verra de Thomas vivant!

A l’époque, Mariam est chargée d’étude dans le secteur des transports. Quelques temps après son retour au bureau, elle reçoit un appel de Thomas qui lui rappelle qu’ils recevaient un couple d’amis ce soir-là. Ce fut leur dernière conversation. Quelques heures plus tard, une amie l’appelle pour lui faire part de bruits de tirs qu’elle aurait entendu du côté du Conseil de l’Entente, siège du gouvernement, mais l’épouse du chef d’état ne s’en inquiète pas  et se dit que les coups de feu sont des choses qui peuvent arriver dans les camps militaires. C’était un jeudi, un jour ou l’on pratiquait au travail le « sport de masse », une activité que son époux avait préconisé pour tous les employés de la fonction publique. Et alors qu’elle est en pleine activité sportive vers 16h, Mariam voit son chef de protocole arriver en voiture, avec à son bord ses deux fils, Philippe et Auguste, âgés respectivement de 7 et 5 ans. Il lui demande de les suivre rapidement, car il aurait reçu l’ordre de les conduire chez des amis. Mariam comprend que quelque chose de grave se passe, elle est paniquée mais ne pose aucune question, incapable de prononcer un mot.

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Après un court moment passé chez leurs amis à Ouagadougou, Mariam et les petits sont ensuite emmenés à l’ambassade du Ghana qui se trouve juste à côté de leur domicile. Mais là encore, on estime qu’ils ne sont pas en sécurité, on les amène chez des amis à eux et on leur apprend qu’ils y passeront la nuit. Il y a apparemment des tensions dans le pays, Mariam espère que Thomas gère la situation et attend patiemment. Durant ces quelques heures, elle écoute RFI et comprend dans les divers récits des journalistes que son mari pouvait avoir été tué, mais elle pense avoir mal compris. Elle refuse d’ y croire et s’endort.

Le lendemain, Mariam et les enfants sont conduits dans la maison de sa belle-famille, à Paspanga. Tout le monde autour d’eux sait ce qui s’était passé la veille, mais on ne lui dit encore rien. C’est quand ils arrivent dans la maison familiale et qu’elle découvre que tous sont présents et en pleurs qu’elle réalise que Thomas a vraiment été tué! Elle s’écroule et éclate en sanglots, dévastée par une tristesse inconsolable.

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En plus du choc d’avoir appris la disparition violente de son époux, Mariam apprend que Blaise, l’ami intime de Thomas, serait directement lié à cet assassinat. Elle savait qu’il y avait des tensions avec celui qui succédera à la tête du pays et qui n’était plus un visiteur fréquent chez eux, mais jamais elle n’aurait cru que les choses iraient aussi loin entre eux. Elle se rappelle que Thomas était rassurant lorsqu’ils évoquaient ce fameux conflit avec son bras droit et meilleur ami. Il évitait d’aborder ce sujet avec elle car il ne voulait pas l’inquiéter:

Thomas disait que ça passerait. Il se disait que la chose fondamentale pour eux c’était la révolution. Que quel que soit le problème, ils le dépasseraient pour que la révolution continue. Des gens lui disaient, il va faire ceci, il va faire cela, mais il ne pensait pas que Blaise passerait à l’acte. C’est inimaginable de penser qu’on peut tuer un ami. Ce n’est pas facile de perdre un être cher d’une manière si brutale – et de surcroît par la trahison de proches. Je n’ai jamais revu Blaise Compaoré et il ne m’a jamais appelée. Il a disparu du jour au lendemain. 

mariam5Pour Mariam Sankara, il n’y a aucun doute, Blaise est bien l’un des commanditaires du complot. Plus de trente ans après, elle reste lucide sur la situation délicate que vivait son époux durant les derniers instants de sa gouvernance:

Certains intérêts étaient en jeu (…), au fur et à mesure, les personnes autour du pouvoir ont vu que ce n’était pas l’endroit pour s’enrichir (…) Thomas était au pouvoir pour le peuple, pas pour lui. C’était un homme intègre (…) Sur la dette, l’écologie, l’émancipation des femmes, il était en avance sur son temps, c’est ce qui fait sa popularité toujours vivace, notamment en Afrique et parmi la jeunesse.

Mariam se réfugiera à Libreville au Gabon durant trois ans, avant de s’exiler en France avec ses enfants. En 1997, elle dépose une plainte auprès de la justice burkinabé à propos de l’assassinat de son époux, mais ce n’est qu’en  juin 2012 que la Cour Suprême juge que l’instruction de l’affaire peut être poursuivie. La veuve du héros légendaire reste à jamais déterminée à combattre jusqu’au bout pour que justice soit rendue.

« On ne regrette pas d’avoir connu un homme comme lui » confiera Mariam Sankara, qui n’a jamais voulu refaire sa vie avec un autre…

 

Natou Pedro Sakombi

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Marthe Ekemeyong Moumie, une héroïne de conviction

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Le nom qu’elle reçoit de ses parents sonne comme une prémonition: « Ekemeyong » signifie « celle qui quittera son pays pour vivre là-bas, chez les autres », un euphémisme pour cette grande battante qui aura vécu quasi toute sa vie « chez les autres ». Voici l’histoire si peu connue de madame Felix Roland Moumie, Marthe Ekemeyong Moumie, une reine et une héroïne d’Afrique!

Marthe Ekemeyong est née le 4 septembre 1931 dans le village d’Ebom Essawo, dans la commune d’Efoulan, en pays Bulu (au sud du Cameroun). Elle grandit dans une famille modeste où le père qui tient à scolariser  toutes ses filles les inscrit à l’école élémentaire de la mission protestante du village. Marthe est une bonne élève qui termine son cursus avec brio et devient une jeune femme pleine de vie et ouverte au monde qui l’entoure.

Nous sommes en 1947 à Lolodorf, une commune du département Océan, au sud du Cameroun, où habite désormais la famille de Marthe. Elle n’a que 16 ans lorsqu’un jeune médecin fraîchement diplômé de l’école normale William Ponty de Dakar vient d’être muté à Lolodorf afin de travailler dans la clinique principale comme chirurgien. Il s’appelle Félix Roland Moumié, et bien qu’il soit très occupé dans l’exercice de son travail, à ses heures perdues, le jeune médecin consulte les articles de presse faisant vent d’un nouveau parti indépendantiste dont à la tête se trouve un certain Um Nyobè. Le jeune homme est fasciné par le caractère téméraire du militant nationaliste et ses idées font  écho dans sa tête. Il souhaite lui aussi intégrer ce nouveau parti, l’UPC, l’Union des Populations du Cameroun.

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Le jeune Félix n’hésite pas à propager les idées de l’UPC à Lolodorf, entraînant ainsi une vague de jeunes gens déterminés à en finir avec le colonialisme. Parmi eux, la jeune Marthe Ekemeyong, qui a dans le regard une détermination et un cran qui ne manque pas de percuter le jeune médecin. Il se créé entre eux une amitié vive autour des idées indépendantistes qu’ils partagent et un attachement réciproque les rendra rapidement inséparables. Félix ne tarde pas à demander la main de Marthe, et cette dernière, ivre de joie, annonce la nouvelle à ses parents. D’emblée, ses parents se braquent et la font descendre de petit son nuage: il est hors de question que leur fille épouse un Bamoun! Marthe ne comprend pas ce tribalisme dont sa famille fait preuve, et même son propre cousin, de qui elle est très proche, la met en garde contre les Bamouns: ils tueraient de sang froid et auraient des penchants cannibalistes! Mais malgré toutes ces choses horribles qui se disent contre les Bamoun, Marthe n’envisage pas d’épouser quelqu’un d’autre et considère le refus de ses parents comme un défi qu’elle se jure de relever. De son côté, Félix essuie lui-même un « non » catégorique de la part de son père: épouser une Bulu? Même en rêve, ce n’est pas envisageable! Mais les jeunes gens sont tellement déterminés à passer le restant de leur vie ensemble et s’imaginent déjà lutter côte à côte pour la libération de leur chère patrie, le Cameroun.

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De gauche à droite, au premier plan: Ossendé Affana, Abel Kingué, Ruben Um Nyobè, Félix-Roland Moumié, Ernest Ouandié

Félix intègre l’UPC, le même jour que Marthe, et voit son rêve se réaliser lorsque Um Nyobè lui-même, président de l’UPC, qui a entendu parler de son dévouement pour la cause anti-colonialiste, souhaite le rencontrer. Ce dernier le nomme immédiatement Vice-Président de l’UPC. Marthe fait preuve d’un zèle exceptionnel au sein du parti et se montre une aide efficace pour Félix. Trois années plus tard, leurs parents cèdent à leur volonté et Félix l’épouse le 22 juillet 1950.

Marthe n’a que 19 printemps lorsqu’elle est comptée parmi les trente premiers upécistes à intégrer l’Ecole des Cadres du parti. En son terme, elle gère déjà une myriade de femmes à travers le nouveau parti qu’elle crée au sein même de l’UPC, l’UDEFEC, l’Union Démocratiques des Femmes du Cameroun. Un autre parti voit le jour parmi les militants de l’UPC: le JDC, Jeunesse Démocratique du Cameroun.

Mais Félix et Marthe dérangent! Leurs activités anti-colonialistes en faveur d’un Cameroun uni et indépendant forcent les autorités coloniales françaises à muter le jeune médecin à plusieurs reprises. Et si Félix n’exerce jamais plus de six mois au même endroit, les nombreuses mutations lui permettent de drainer de plus en plus d’adeptes aux idées de l’UPC partout où ils passent.

martemoumie3Marthe et Félix, victimes de multiples tentatives d’assassinat et de diverses mesures de représailles ne sont cependant pas découragés. En 1951, le couple fait face à une terrible épreuve: leur première fille décède des suites de ce qui ressemblent à une crise palustre, alors que Marthe vient à peine de donner naissance à leur deuxième fille. Ebranlée, elle se remet difficilement de cette perte et partout où ils seront mutés, Marthe emportera la dépouille de sa fille, une démarche qui nécessitera plusieurs exhumations.

Le couple est finalement muté à Douala où Félix travaille en tant que chirurgien à l’hôpital Laquintinie. Pour le jeune médecin, c’est le lieu idéal, car  c’est là que se trouve le quartier général de l’UPC. Chaque soir après son travail, il rejoint les autres militants du parti et, ensemble, ils échangent jusqu’à des heures tardives, avant de rejoindre chacun leurs familles. Marthe est habituée à ce style de vie et termine la soirée en lisant à son époux les articles de presse qu’elle aura relevé durant la journée.

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L’UPC qui s’agrandit de plus en plus, commence à sérieusement inquiéter la France . Et en effet, le parti devient le plus important du Cameroun et compte plus de 400 sections. Le Haut-Commissaire français Laurent Pré est alors envoyé à Douala avec pour mission d’en terminer avec le parti de l’opposition en six mois! Ce dernier organise une conférence où il attaque l’UPC et encourage les Camerounais à se méfier de ses dirigeants. Le 25 mai 1955, Félix Moumié contre-attaque avec une conférence pour démentir les dires du Haut-Commissaire français. Les militaires français qui encerclent la zone où a lieu la conférence tirent sur les militants du parti, pourtant désarmés. S’en suivra une grande émeute qui finira dans un bain de sang. Le bilan à est catastrophique et fait état de milles mort dans la ville et de cinq milles morts dans le pays les jours qui suivront.  Exaspérées, les autorités coloniales françaises emprisonnent plusieurs membres de l’UPC et démarrent une grande chasse à l’homme, forçant le couple Moumié à s’exiler en dehors du Cameroun français, en pirogue, pour s’installer à Kumba, dans le Cameroun britannique. Mais là également, les colons anglais craignent que le jeune couple et d’autres militants de l’UPC provoquent un dangereux soulèvement anti-colonialiste et les forcent à s’exiler.

martemoumie6C’est d’abord l’Egypte de Nasser, président aux idées anti-impérialistes et membre du mouvement des non-alignés qui les accueillent. Mais lorsque le Ghana accède à son indépendance, Félix et Marthe obtiennent l’asile politique de leur ami, le nouveau président du Ghana, Kwame Nkrumah. En 1959, le jeune couple participera, au nom de l’UPC, à la grande conférence panafricaniste « All African People’s Conference » d’Accra où Marthe, seule femme à avoir pris la parole lors de la séance plénière, se fera remarquer par un discours brillant et percutant. L’emblématique couple Moumié, menacé de mort de toute part, finit par rejoindre la Guinée de Sékou Touré. Ils y poursuivent leurs activités liées à l’UPC, déterminés à libérer le Cameroun et l’Afrique du joug colonial. Marthe s’affère à lire tous les articles de presse qui font état des activités du parti et qui parlent de plus en plus de son époux comme d’une menace et d’un élément nuisible pour les colonialistes français. Tous les soirs, comme à son habitude depuis des années, elle en fait un compte rendu détaillé à Felix.

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Liliane F.

En 1960, Felix s’envole en mission secrète à Genève pour les besoins du parti. Et d’après une enquête menée après à son assassinat, il y rencontre une jeune brune genevoise, une certaine Liliane F. avec qui il mène un train de vie luxueux.  Il s’installe chez la jeune fille et  lui offre tout ce qu’elle désire. D’après les proches de Liliane, son attachement pour elle est démesuré. Il lui promet d’en faire sa compagne et va jusqu’à lui confier les secrets les plus confidentiels de sa mission.

Vers la mi-octobre, Marthe qui attend Félix dans leur résidence de Conakry ne reçoit plus de ses nouvelles depuis quelques jours déjà. Elle est inquiète, mais sait son époux vigilant et attend patiemment de ses nouvelles. Pourtant Félix est très mal en point: il est en train de mourir dans un hôpital de Genève. Liliane, la jeune femme suisse qu’il a rencontrée depuis quelques semaines à peine, est à son chevet, assistée d’une amie. Félix qui sent sa fin approcher, confie à Liliane la mission de se rendre à Paris afin de déposer un dossier classé top-secret à l’ambassade de Guinée Conakry. Dans ce dossier, une enveloppe contenant la somme de 300.000 francs suisses qu’elle doit également remettre à l’ambassadeur de Guinée. Mais le dossier ne sera remis que deux jours plus tard, et l’argent aura étrangement disparu.

C’est à travers la radio que Marthe est mise au courant de l’état de santé de Félix. Et la presse ne tarde pas à préciser que le militant nationaliste camerounais, Felix Moumié, est carrément dans un état comateux! Marthe tente de prendre le premier avion pour Genève, mais impossible de trouver un vol direct, elle fait un escale de plus de 48 heures à Dakar. Arrivée à Genève dans l’après-midi du 3 novembre 1960, elle rejoint immédiatement l’hôpital où se trouve son époux. C’est un Félix agonisant qu’elle y découvre! Les yeux fermés et inconscient, Marthe semble avoir en face d’elle un cadavre et ne peut malheureusement ni échanger un dernier regard ni une dernière parole. Félix s’éteindra le même soir de son arrivée. L’autopsie renseigne qu’il est mort des suites d’un empoisonnement au thallium!

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Révoltée, la jeune veuve de 29 ans accuse d’emblée les services secrets français d’avoir assassiné son époux. Le récit de la dernière soirée avant sa crise ne lui laisse aucun doute: le journaliste avec qui Félix aura dîné et partagé un verre était un agent de la France, envoyé pour l’empoisonner, avec comme appui une jeune et belle blonde qui l’accompagnait dans le but de distraire son époux. « Tout cela, dira la jeune veuve, avec la complicité du gouvernement camerounais! ». Elle porte plainte et demande le rapatriement du corps de Moumié à Conakry, ce qu’elle va heureusement obtenir. Quant à la mystérieuse Lilian F., considérée comme suspecte et recherchée par la police, elle tentera de se suicider mais la police la jugera innocente dans l’assassinat de Felix Moumié. On apprend plus tard que cette jeune femme sans histoire aura ouvert une maison de retraite de luxe.

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Ernest Ouandié, Marthe Moumié, et Abel Kingue à Genève, juste après la mort de Félix Moumié

Marthe n’a plus rien à perdre! Déterminée plus que jamais à en finir avec l’impérialisme et le colonialisme, elle n’hésite pas à frapper à toutes les portes pour dénoncer les méfaits d’un système qui a emporté son époux et plusieurs membres de l’UPC. La veuve obtient les faveurs de plusieurs chefs d’états dont Nasser, Nkrumah, Ben Bella, Sékou Touré, Ho-Chi-Minh et Mao Zedong.

Ces nombreux déplacements en faveur de la lutte anti-colonialiste la conduiront en Guinée Equatoriale. C’est là qu’elle rencontre le militant équato-guinéen Atanasio Ndongo Miyone. Ce dernier s’éprend d’un amour fou pour la veuve Moumié et l’épouse peu après leur rencontre. Marthe qui verra certainement en cette nouvelle union une revanche sur sa vie et sur la perte son premier époux soutiendra farouchement Atanasio dans sa lutte contre la colonie espagnole et dans ses activités de son parti, le Monalige.

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Atanasio Ndongo Miyone

Grâce aux liens qu’ils entretiennent avec Marthe, Atanasio obtient la faveur de nombreux leaders de l’Afrique francophone . En 1966, le couple regagne l’Algérie, où, en exil, ils poursuivent une lutte qui place Ndong dans le rang des leaders anti-impérialistes reconnus au niveau international. Il tente de mener un coup d’état en 1969 à Bata, en Guinée Equatoriale où il sera malheureusement exécuté! Marthe est immédiatement arrêtée et placée en détention dans une prison de Guinée Equatoriale. Elle y est sévèrement maltraitée et torturée. Expulsée au Cameroun, alors qu’elle avait demandé à retourner à Conakry, le gouvernement d’Ahmadou Ahidjo, qui garde clairement une dent contre la veuve Moumié, l’emprisonne dès son arrivée. Durant cinq années, Marthe va connaître les pires sévices et les pires tortures morales et physiques. Au fin fond des geôles camerounaises, elle apprend les nouvelles sur les arrestations et les exécutions des autres membres de l’UPC, dont le grand Ernest Ouandié qui avait été d’un si grand soutien pour elle à Genève après l’assassinat de son époux.

 

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Lorsque elle est libérée en 1974, c’est une Marthe traumatisée et brisée psychologiquement que ses proches retrouvent. Recueillie par son ex-belle famille, elle bénéficie d’un grand soutien et d’une grande affection du petit frère de Félix et de sa maisonnée. Elle préfère épargner le récit des sévices cruels qu’elle a connus durant les années d’emprisonnement en Guinée Equatoriale et au Cameroun et se ferme également à tout commentaire à la presse. C’est dans un repli et un mutisme total que vivra Marthe Ekemeyong durant plusieurs années.

En 1991, c’est un véritable coup de théâtre auquel assiste le Cameroun et la veuve de Félix Moumié. Agée alors de 60 ans et vivant désormais dans son village natal d’Ebom Essawo, elle apprend en même temps que la nation toute entière que son époux a été reconnu héros national par l’état camerounais. Marthe n’est pas du tout impressionnée par cette subite reconnaissance et scande:

« Je détiens les vrais secrets de ce pays! ».

La veuve se voit soudainement offrir une maigre retraite de 16.000 FCFA par mois et continue à mener une vie modeste, retirée dans sa petite maison. Lasse d’habiter seule, elle adopte une fillette qu’elle élève comme sa propre fille. Elle a l’heureuse chance de bénéficier du soutien financier de sa seule fille biologique Hélène, qui mène une vie familiale discrète en Espagne.

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Au début des années 2000, Marthe Ekemeyong Moumie décide de se relever et surtout de briser le silence! Elle décide de se mettre au travail, malgré son âge avancé pour démarrer un projet qui lui tient à coeur, le lancement de Fondation Felix Moumié. Aussi, elle se lance dans l’écriture d’un ouvrage au titre accusateur qu’elle publiera en 2006:

« Victime du colonialisme français, mon époux Felix Moumie », préfacé par le premier président algérien, Ahmed Ben bella.

Elle y raconte les circonstances de l’assassinat de son époux et  les tortures qu’elle a subi après la mort de dernier.

En 2005, Marthe accepte de participer dans le film-documentaire

« Mort à Genève – L’assassinat de Felix Moumié » de Frank Garbely.

On y retrace les derniers instant du militant camerounais jusqu’à son empoisonnement au Thallium.

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La nuit du 7 au 8 janvier 2009, Marthe va connaître le dernier événement tragique de sa vie. Dans la soirée, elle reçoit la visite d’un jeune voisin à son domicile d’Ebolowa. Il s’agit d’Eboutou Minla’a Franck, dix-huit ans, connu dans le village pour son insolence et ses multiples larcins. Ses parents qui habitaient le voisinage de la veuve Moumié avaient déjà déménagé et la vielle dame n’avait jamais le coeur à recevoir Franck à chaque fois qu’il se présentait chez elle. Lors de sa visite, le soir du 7 janvier, le jeune homme fouille le porte-feuille de Marthe à son insu. N’ayant trouvé que la modique somme de 1300 FCFA, il fait semblant de s’en aller mais reste caché dans la maison. Il sort de sa cachette en pleine nuit et réclame de l’argent à Marthe qu’il croit riche du fait, dira t-il lui même, que sa fille Hélène habite en Europe et qu’elle reçoit les royalties de son livre publié en 2006. Lorsque Marthe lui dit ne rien posséder de plus que les 1300 FCFA, il la brutalise, la viole et l’étrangle. La veuve Moumié s’éteindra cette même  nuit.

Le jeune homme qui décide de repartir avec quelques butins, dont le poste téléviseur de la vielle veuve, réveille la fille adoptive de Marthe et l’envoie à l’école manu militari à cinq heures du matin! À une voisine qui l’apercevra emportant le téléviseur, Franck dira avoir transporté Marthe à l’hôpital d’urgence durant la nuit et que cette dernière lui a demandé de lui apporter son téléviseur dans sa chambre d’hôpital.

Plus tard dans la journée, ne répondant pas à l’appel de l’une de ses proches, la porte de Marthe est enfoncée. On y retrouve un spectacle macabre et la police est  immédiatement alertée. Le jeune Franck qui avait été aperçu par la fille adoptive et la voisine de Marthe avouera son crime ainsi que le vol, mais hésitera longtemps avant de reconnaître l’acte de viol sur la vielle dame de 78 ans.

Marthe aurait-elle cru que la vie lui serait ôtée par un jeune homme de sa chère patrie? Elle qui portait tant d’espoir sur la jeunesse et qui avait déclaré à la publication de son ouvrage:

martemoumie2« Mon souhait est que cette histoire, qui est aussi l’histoire de l’Union des Populations du Cameroun et celle de la lutte anti-colonialiste dans plusieurs pays africains soit connue de la jeunesse africaine et européenne. »

Une chose demeure certaine, la veuve de Félix Moumie sera à tout jamais présente dans le panthéon des reines et héroïnes d’Afrique, aux côtés des oubliées des Indépendances et des révolutions africaines.

C’était un récit sur la vie de Marthe Ekemeyong Moumie, une reine et une héroïne d’Afrique…

 

Par Natou Pedro Sakombi

Roukaiyatou ALI HAMANI ou l’appel à la jeunesse africaine au Panafricanisme

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« Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause »  

Ce sont là les paroles de Roukaiyatou ALI HAMANI, plus connue sous le nom de Rouki Sarkiss, jeune femme extraordinaire d’origine nigérienne dont RHA-Magazine a choisi de vous présenter le portrait.

Leader et activiste, elle se dit « Nigérienne de père et de mère mais Africaine de sang et Africaniste par idéologie ». A 25 ans à peine, Rouki Sarkiss possède un parcours des plus étonnants: ancienne Députée Junior, 1ere vice présidente du parlement des jeunes du Niger (PJN), membre du parlement francophones des jeunes (PFJ) et observatrice, membre du réseau des jeunes filles leaders de l’espace CEDEAO (ROAJELF), membre fondatrice de l’association des anciens députés juniors du Niger (AAPJN), membre de l’association des résidents Nigériens en France (ANRF), membre de l’union des leaders Africains, responsable genre adjointe du bureau exécutif national du Afrinytype/Niger et Vice présidente de l’Association d’aide aux enfants en situation difficile et de l’espoir pour l’humanité ( AVESIDEH). Diplômée en Droit Public International puis en Sciences Politiques, dans la branche du droit de Coopération et Solidarité internationale, à l’Université d’Evry Val d’Essonne à Paris, Rouki fait partie de cette génération africaine au regard plein d’optimisme et décidée à participer activement à la renaissance de son continent.

A travers ses nombreuses prises de position, elle peut être considérée comme une activiste engagée, luttant corps et âme pour une citoyenneté active et responsable. A ce jour, elle reste un modèle et une fierté pour la jeunesse nigérienne, mais également un espoir pour l’Afrique puisque la jeune femme croit fermement aux valeurs du panafricanisme.  Si la jeunesse nigérienne, patriote et républicaine, fut restée trop longtemps silencieuse, elle aura trouvé en Rouki une voix nouvelle dans le débat public, une voix qui lui soit propre et qui puisse constituer une véritable force de réflexion critique et de proposition constructive. Roukaiyatou veut convaincre et veut redonner un espoir nouveau à cette même jeunesse sous sa plume et son engagement personnel. Et cela, elle l’exprimera à la perfection dans un discours qu’elle tiendra en novembre 2016 à Tunis, au Congrès sur le Leadership Panafricain, organisé par l’Union des Leaders Panafricains, dont elle sera l’une des panélistes, aux côtés de l’orateur principal, l’activiste, écrivain et chroniqueur géopolitique Kemi Seba.

rouki2En voici un extrait:

 » Je veux, par cette occasion, m’adresser à tous mes frères et sœurs d’Afrique qui sont si différents les uns des autres, qui n’ont pas la même langue, qui n’ont pas la même religion, qui n’ont pas les mêmes coutumes, qui n’ont pas la même culture, qui n’ont pas non plus la même histoire et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme des Africains. Là réside le premier mystère de l’Afrique. Croyez-le que c’est cela le trésor d’espoir et d’estime de l’Afrique pendant que le bradage, la négligence, le somnambulisme et l’assoupissement aient pris un temps fou pour retarder l’intelligentsia et les jeunes que nous sommes de vivre l’avenir si lointain que nous et certains de nos ancêtres ont voulu pour ce si beau continent. Par ce thème voyez-y l’expression d’une jeunesse motivée, voyez-y une Afrique renaissante, un leadership à point nommé et un développement prenant la forme d’une durabilité certaine qui s’installe de lui-même.

Jeunes d’Afrique, ma voix n’est pas seulement celle qui convie à l’éveil et au service des discours continus, mais que ma voix, si affectueuse soit-elle, vous invite à nous aimer les unes les autres et les uns les autres, une des conditions sine qua none pour faire bloc contre une belligérance livrée à nous et à notre continent, néanmoins qui retient en elle les germes de la néo colonisation et de la nouvelle forme de servitude par un ENNEMI qui ne nous a jamais aimé. Par vous ici, j’oserais croire que le passé était un pont pour nous ouvrir les yeux et que nous apprenons à apprécier le destin que nous enchanterions pour nous et pour notre Afrique.

Un thème aussi riche que significatif, il me plait donc de vous ramener à certaines réalités d’Afrique pour comprendre par où allons-nous commencer non seulement pour sa renaissance mais surtout pour son redressement socioéconomique et la culture d’un leadership modèle qui doit être le nôtre.

Ainsi, dès lors que vous regarderiez bien en face la réalité de l’Afrique et que vous la prendriez à bras le corps, alors commencera la Renaissance africaine. Car le problème de l’Afrique, c’est qu’elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause. Et ce mythe empêche de regarder en face la réalité de l’Afrique.

La réalité de l’Afrique, c’est une démographie trop forte pour une croissance économique trop faible.

La réalité de l’Afrique, c’est encore trop de famine, trop de misère.

La réalité de l’Afrique, c’est la rareté qui suscite la violence.

La réalité de l’Afrique, c’est le développement qui ne va pas assez vite, c’est l’agriculture qui ne produit pas assez, c’est le manque de routes, c’est le manque d’écoles, c’est le manque d’hôpitaux.

La réalité de l’Afrique, c’est un grand gaspillage d’énergie, de courage, de talents, d’intelligence parce que nous sommes intelligents chers amis.

La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes. La Renaissance dont l’Afrique a besoin, vous seuls, Jeunes d’Afrique, vous pouvez l’accomplir parce que vous seuls en aurez la force. Cette Renaissance, je suis venue vous la proposer. Je suis venue vous la proposer pour que nous l’accomplissions ensemble parce que de la Renaissance de l’Afrique dépend pour une large part de la volonté de la vieille école et de l’autre de la jeunesse sur qui repose son avenir.

Nous avons des valeurs mystiques incroyables c’est l’Afrique et nous en sommes fiers, nous avons des trésors tels que le sens de l’amitié sincère, l’esprit de famille, les cultures extraordinaires qui font que malgré tout nous nous en servons pour faire revenir la paix lorsqu’une frange de terre tremble de colère par les armes. Valorisons-les, acceptons-nous et aimons nous, c’est enfin par ici que la jeunesse trouvera ses lettres d’espoir et que le leadership s’écrira en lettres d’or et le développement s’installera à l’échelle dans les tentacules de l’Afrique tout entière.

Toutefois, j’ai aimé vous ramener à cette belle manière de transmettre de mon père qui disait : ’’ cen’est pas sans appréhension que les adolescents envisagent leur entrée dans un monde qui n’est plus celui de l’enfance, de l’école, de la communauté familiale, un monde qui paraît fermé et inaccessible. Cependant, la jeunesse, c’est la période du passage entre l’enfance et l’âge adulte. Cette période a un caractère transitoire. Avant, la classe privilégiée vivait sa jeunesse, ce qui facilitait la transition. Aujourd’hui, cette phase dure peu, car les Jeunes souhaitent devenir vite adultes. Ils sont… « L’homme qui se fait ». La jeunesse est un aspect de la réalité sociale et politique d’un pays, d’une période de la vie de celui-ci. Les jeunes aujourd’hui que nous sommes vivons dans des conditions que les générations précédentes n’ont pas connues. Les relations avec les adultes, avec la société, revêtent des formes nouvelles. L’accélération de l’histoire a entraîné une évolution telle que les adultes ont du mal à suivre le rythme, alors que les jeunes s’adaptent plus rapidement aux situations nouvelles.

L’emploi des jeunes c’est la concrétisation de leur insertion sociale.Il y a une nécessité de la prise de conscience collective du problème. La grande entreprise à laquelle nous devons tous nous consacrer répond à une attente, celle des jeunes qui sont impatients d’entrer dans la cour des grands, de participer avec les adultes à la construction de la société moderne, une société fondée sur l’enracinement dans les cultures de nos pères et les acquisitions nouvelles apportées par le brassage des civilisations.

Cette attente des jeunes est aussi celle des parents, des hommes politiques et de l’administration, des cadres des mouvements de jeunesse et des associations, lesquels sont animés de l’immense désir d’aider les Jeunes. Ce grand rendez-vous est un symbole dématérialisé qui a pour tâche de satisfaire les besoins et aspirations des jeunes dans toute leur diversité afin d’asseoir au pluriel un avenir commun de l’Afrique et de ses fils.

Cette initiative chers amis, oui, a une conception dynamique et fonctionnelle qui s’oppose à la conception intellectuelle traditionnelle. Elle part du terrain de l’homme pour arriver, par la participation active aux actes liés, donc communautaires, pour arriver par l’humanisme à l’universel.

Pour finir, et si l’Afrique refusait le développement ? A vrai dire, autant cette question d’Axelle KABOU m’a fait réfléchir à outrance, autant elle m’est apparue, en dernière analyse, d’une radicalité et d’une sévérité quelque peu exagérées. Sans rien enlever à la pertinence et à l’originalité d’approche de l’ouvrage de cette éminente sociologue camerounaise, j’ose toutefois lui reprocher son apparent manque de confiance en une jeunesse africaine qui, parce qu’héritière d’idéologies et de mentalités fixistes, résignées, fatalistes et passéistes, serait dans l’incapacité de faire mouvoir le continent vers un développement durable. Alors disons oui, nous sommes là pour relever le défi et pour promouvoir la volonté et le leadership africain;  c’est aussi cela l’AFRIQUE.

J’ai aucun doute que le meilleur est à venir.

Vive la jeunesse !

Vive le retour aux valeurs positives !

Vive le développement !

Et Vive le renouveau de l’Afrique !

Je vous remercie.

Melle Roukaiyatou ALI HAMANI »

A la lumière d’un tel discours, que RHA-Magazine a tenu à saluer, on peut clairement affirmer que par sa lutte en faveur du panafricanisme, Rouki demeure  la figure tutélaire de la jeunesse nigérienne et certainement l’une des clés de voûte de la renaissance africaine au féminin.

 

Sources: Extrait du discours tenu lors du Congrès des Leaders Panafricains à Tunis, le 5 novembre 2016)

Ndlr: Portrait de Rouki selon les éléments apportés par messieurs Abass Nassirou et Mohammed Elhadji Attaher

Auteur de l’article: Natou Pedro Sakombi, rédactrice en Chef

NEFERTITI, la Belle est venue…

Nefertiti1Qu’elles aient été reines, princesses ou des divinités, les grandes dames de l’Egypte antique ont toujours fasciné les amoureux de cette merveilleuse civilisation. Mais il en est une qui suscitera éternellement le respect et l’admiration grâce au grand mystère qui existe autour de son personnage et de son rôle. La Dame de Grâce, la Dame des deux Terres, Maîtresse de toutes les Femmes, la Grande Épouse Royale, la Femme du Grand Roi, l’Épouse Principale du Roi et sa Bien-Aimée et l’on en passe, autant de titres honorifiques réservés à une seule et même femme…Vous êtes sur le point de lire le récit de l’une des pus grandes reines que l’humanité n’ait jamais connue…Voici l’histoire de la Reine Néfertiti d’Egypte.

Néferkhéperou Rê, un prince de 15 ans et fils d‘Amenhotep III, devient roi à la mort de son père. Il portera désormais le nom d’Amenhotep IV (ou en grec, Aménophis IV). Il épouse une jeune fille de 12 ans  d’une très grande beauté que le peuple va affectueusement surnommer Nefertiti, ce qui signifie « la belle est venue« . Les origines de cette nouvelle princesse nous sontt encore à ce jour très peu connue. Certains disent qu’elle n’était pas de lignée royale, qu’elle serait la fille  d’un ministre d’Amenhotep III, Aÿ, qui n’était autre que le frère de la Reine Tiyi. D’autres disent, qu’elle avait bien le sang bleu, et qu’il s’agirait de Tadoupika, la fille du roi de Mitanni , un royaume au nord de la Syrie. Ce roi, Toushratta, aurait fait venir sa fille de loin pour donner sa main au fils du roi d’Egypte, d’où son surnom qui sous entend qu’elle serait effectivement venue de loin. Mais cette thèse, nombreux sont ceux qui la réfutent, car elle voudrait dire que Nefertiti était étrangère à l’Egypte. Quand à sa mère, là aussi le mystère se prolonge. Certains pensent même que Nefertiti était la fille de Tiyi, là où d’autres disent qu’elle ‘était simplement sa nourrice.

Néfertiti donnera six filles à son époux Amenhotep. Le roi aura deux fils, Smenkhkare, avec une autre épouse royale, la Reine Kiya, et Tutankhamon, avec une autre épouse  dont le nom reste inconnue à ce jour.  

Nefertiti 

Akhenaton avait une relation très profonde avec la Grande Épouse Royale Néfertiti. D’après ce que nous en disent les reliefs des temples égyptiens, le couple royal était inséparable. Sur les fresques murales, ils apparaissent dans des scènes de bonheur intense, parfois entourés de leur famille et de façon quasi utopique. On y voit par exemple le couple s’embrasser en public à bord d’un chariot en or massif tirés par deux chevaux blancs où Néfertiti est assise sur les genoux d’Akhenaton. Le Roi qui l’aimait passionnément composera pour elle un poème d’amour inscrit sur une stèle, l’immortalisant comme la reine idéale. En voici un extrait:

« Et l’héritière, la Grande du Palais, au visage magnifique, ornée des doubles plumes, Maîtresse de la Joie, dotée de toutes les faveurs, dont la voix réjouit le Roi, la Grande Épouse Royale du Roi, sa bien-aimée, la Dame des Deux-Terres, Neferneferouaton-Néfertiti, qu’elle vive pour toujours et à jamais ».

Il est utile de rappeler qu’aucun autre monarque d’Égypte n’avait concédé à la Femme une place aussi importante que ne l’avait fait Akhenaton. Et cela se ressentait dans sa vie amoureuse tout comme dans sa façon de penser ou dans sa foi. Même s’il aimait Nefertiti plus qu’aucune autre femme et la plaçait au-dessus de tout, les fresques nous apprennent que ses autres épouses jouaient elles aussi des rôles considérables dans les cultes ou les cérémonies royales. Chaque épouse avait son sanctuaire qu’on avait coutume d’appeler « temple parasol« , situé dans un environnement végétal et aquatique pour rappeler l’importance de la femme dans le renouvellement du cycle de la création par le dieu Aton. Toutefois, c’est l’image de Néfertiti qui apparaitra aux quatre coins du sarcophage en granite d’Akhenaton. Sa grande épouse avait visiblement le rôle de protéger sa momie après sa mort, un rôle qui traditionnellement était joué par les déesses telles qu‘Aset, Neb-Hout, Selket ou Neith. Il s’agit là encore de l’une des nombreuses manifestations d’amour d’Akhenaton à l’égard de Néfertiti. Le couple royale a vécu à une époque particulière de l’histoire de l’Égypte. C’est une période de grande controverse religieuse et de  changement radical dans le culte égyptien. Le Roi et la Reine seront eux-mêmes responsables et déclencheurs de cette révolution. Akhenaton et Néfertiti vont être les initiateurs du culte rendu au dieu du disque solaire Atona.
 

 Les tendances portent à croire que Néfertiti a été l’initiatrice même de ce changement de pratique religieuse, incitant ainsi son époux à la suivre dans sa nouvelle démarche spirituelle. Elle occupe d’ailleurs des places importantes dans les cérémonies, elle devient la grande Prêtresse du culte voué à Atona. Et bien plus que des initiateurs, son époux et elle deviennent des intermédiaires obligatoires entre les hommes et le dieu du disque solaire. Tout être humain qui souhaite adorer Atona doit impérativement  passer par Nefertiti et Akhenaton. Le changement radical s’opère même dans leurs noms, et elle qui jusqu’alors se prénommait Néfertiti change son nom et devient Néfernéferouaton ce qui signifie Belle est la perfection d’Atona . Amenhotep prend le nom d’Akhénaton, c’est à dire Celui qui est bénéfique (ou utile) à Atona. Ils quittent leurs palais de Thèbes et de Memphis pour habiter à Akhet-Aton, « la ville de l’horizon d’Aton », une cité merveilleuse construite dans la plaine entre les falaises et le Nil, où toute  la cour et l’administration royales vont également déménager. Lorsqu’ils y emménagent, la nouvelle résidence est encore en pleine construction. Les temples dédiés au dieu unique Aton sont construits à ciel ouvert pour permettre à ses rayons bienfaisants d’y entrer.

 Hélas, la division va peu à peu s’installer au palais: des clans se forment et la relation du couple royale s’envenime. Après 12 ans de vie commune, les époux décident de se séparer définitivement. Akhenaton renie finalement sa promesse à Atona et à son peuple en rentrant  à Thèbes et en laissant Néfertiti seule à Akhet-Aton. Mais la Reine est une femme de caractère, farouche et déterminée, certes avec un brin de désespoir, elle s’acharnera à poursuivre le rêve chancelant.

C’est d’ailleurs à ce moment là que le grand maître sculpteur Djéhoutymosé taille le fameux buste immortel de Néfertiti. Elle a 25 ans, elle est jeune et déjà presque déchue, mais malgré cela, son regard demeure celui de l’éternité. , Petit à petit, la capitale Akhet-Aton est abandonnée par ses habitants. Nefertiti se retrouve seule au palais, passant en revue les multiples possibilité de relever les promesses faites à Atona. Akhenaton meurt à 30 ans des suites d’une longue maladie, laissant une Égypte affaiblie et désarmée devant ses voisins.

nefertitiFaux buste de Nefertiti (oeuvre de Borchardt qui a souhaité lui donner des apparences caucasiennes)

Personne ne connait le sort final de la Grande Néfertiti si ce n’est qu’elle serait morte à 35 ans et qu’on aurait perdu toute trace d’elle. Et pour cause, Horemheb, dernier pharaon de la XVIIIème dynastie ainsi que ceux qui lui succèderont maudiront la Cité et effaceront toute trace d’Akhenaton, de Néfertiti et du dieu Soleil.

On ne retrouvera le vestige de la Cité mystique d’Akhenaton et le buste polychrome de Néfertiti qu’en 1912, suite aux fouilles de l’archéologue allemand Ludwig Borchardt. Rappelez-vous ce fameux buste de la Reine Nefertiti. Elle vous apparait telle une femme de grande beauté, à la peau claire et aux traits caucasiens. Ne soyez pas dupes!  D’autres chercheurs allemands qui se sont basés sur une sculpture vieille de 3.400 ans et signé Djéhoutymosé, ont pu démontrer selon la tomographie du visage de cette œuvre que la Reine avait une petite bosse au niveau du nez et des traits qui visiblement étaient très éloignés de ce buste de Bordchardt.

 

nef1En juin 2003, la scientifique britannique Joann Fletcher de l’université de York et son équipe annoncent à la presse qu’une momie a été retrouvée dans une tombe anonyme et qu’ils sont presque certains qu’il s’agisse d’une célèbre reine égyptienne : Néfertiti.

Pour confirmer son identité et, ils font appel à deux experts britanniques spécialistes dans le domaine de l’investigation médico-légale, Damian Schoffield de l’université de Nottingham et Martin Evison de l’université de Sheffield. Ils sont tous deux spécialisés dans la reconstitution de visages à partir de crânes pour des meurtres dont l’identité des victimes n’est pas connue. Les deux spécialistes vont utiliser la méthode des rayons X qu’ils passeront tout autour de la boîte crânienne de la momie pour déterminer son identité. Ils ont ensuite mis au point un logiciel d’ordinateur à images 3-D  pour repérer là où les tissus humains devaient être incorporés. Puis, ils ont ajouté les muscles faciaux au visage pour lui donner son aspect et sa morphologie. Pour finir, c’est un graphiste qui a ajoutera la texture de la peau, les yeux, la couleur, les lèvres et la couronne. A leur grand étonnement, c’est le visage d’une femme de type négro-africain qui apparait! Fletcher confiera à la presse : « Cela m’a bouleversé, et pour être honnête, c’est le visage d’une personnalité forte. Elle avait un si beau profil, elle était ravissante« . Mais trois jours plus tard, pour Zahi Hawass, directeur de l‘ESCA (Conseil suprême des Antiquités égyptiennes), il n’y a aucune preuve pour affirmer l’hypothèse qu’il s’agisse bien de Néfertiti, il parle même supercherie. Joan Fletcher sera bannie de l’Esca, mais continuera à affirmer que la momie est bien celle de Nefertiti d’Égypte.

nef2Ce visage, est-ce bien celui de Néfertiti? L’une des plus grandes reines qu’ait connu Kemet? On ne pourra peut-être jamais l’affirmer avec certitude. Par contre, une chose ne doit jamais pas quitter nos esprits car les faits ont été démontrés scientifiquement et sont irréfutables: l’empire égyptien antique , a accueilli la première et plus grande civilisation dans l’histoire humaine, et cette civilisation était appelée à l’origine Kemet, ce qui veut dire en medu netjer (égyptien ancien) « la terre des Noirs« . Le peuple de l’Égypte antique était donc bel et bien NOIR.

C’était un récit sur la vie de Néfertiti, l’une des plus grandes Reine d’Afrique…

Natou Pedro Sakombi

 

Brenda Fassie, la Madonne des Townships

Il est de ces femmes qui savent assumer une féminité exacerbée en même temps qu’une masculinité exubérante. Elles sont extraverties à outrance, parlent à tout le monde, rient fort, touchent et papillonnent avec un regard malin qui en dit long sur ce qu’elles ont dans la tête. En général, on est assez loin du cliché que l’on peut s’en faire ! Brenda Fassie est de ces femmes : menue, le regard pétillant et constamment en ballade, on a l’impression qu’elle scrute du regard toute situation nécessitant son intervention. Souvent de bonne humeur et parfois caractérielle, elle est capable de mettre l’ambiance partout où elle va, surtout la nuit d’ailleurs. Mais qui est donc cette femme que Madiba aimait appeler « princesse » et au chevet de qui Mandela en personne se tenait quelques jours avant sa mort? Tambo Mbecki lui-même avait pour elle une extrême sympathie, sans oublier Winnie Mandela, qui l’affectionnait comme si elle eut été sa propre fille. Qui était donc Brenda Fassie? Pourquoi est-elle citée comme la huitième plus grande personnalité de l’Afrique du Sud?

Nokuzola Fassie est née en 1964 à Langa, près de Cape Town, d’une famille de 9 enfants dont elle est la cadette. Sa mère qui s’attendait à mettre au monde un bébé de sexe masculin accepte le choix de la providence et prénomme sa petite fille Brenda, en hommage à la chanteuse américaine de country Brenda Lee. A l’âge de deux ans à peine, la future étoile sud-africaine perd son père. Afin de pourvoir au besoin de ses enfants, la mère, pianiste de profession, chante pour les touristes dans les rues du cap et emmène Brenda avec elle. La petite de quatre ans à peine accompagne sa mère dans les chants et fait fureur à tel point que les dales sur lesquelles elle esquisse ses pas de danse sont tapissées de pièces de monnaie et de billets. Les touristes sont  impressionnés par son talent , elle devient déjà célèbre dans les quartiers de Cape Town. C »est à cet âge qu’elle intègre son premier groupe, les « Tiny Tots ».

A treize ans, consciente de son talent, Brenda envisage de faire carrière dans la chanson. Plusieurs artistes de renom proposent de la lancer, mais la mère Fassie refuse que sa cadette arrête ses études. Agacée, Brenda décide de prendre elle-même son destin en main en quittant le domicile familial à l’insu des siens. Valise en main, elle fait de l’auto-stop pour rejoindre Johannesburg. Furieuse et inquiète, sa mère  lance la police à sa recherche et après plusieurs semaines de cavale, Brenda est retrouvée à Soweto. La police la renvoie manu militari à la maison où l’attend une sévère correction.

C’est à l’âge de 16 ans que sa carrière décolle réellement. Le célèbre producteur Koloi Lebona de Johannesburg a eu vent du talent de Brenda grâce à plusieurs musiciens de Cape Town et souhaite l’entendre de ses oreilles. Koloi n’est pas déçu, il reconnait en la jeune femme une voix et une technique extrêmement mâtures pour son âge. Pour lui il n’y a aucun doute, c’est « la voix du future ». Tout cela n’impressionne en rien la mère de Brenda. Elle a toujours fait comprendre à sa fille que les études passaient avant la musique, et que même si James Brown en personne se présentait elle ne laisserait sa fille partir sous aucun prétexte! Koloi quant à lui refuse de laisser filer ce qu’il considère comme la trouvaille du siècle et promet à la veuve de s’occuper personnellement des études de Brenda. Il lui donne sa parole, la carrière de sa fille ne sera lancée qu’après l’obtention de son diplôme.

La mère Fassie accepte et confie sa fille à Koloi Lebona. Dès ce jour, Brenda s’en va vivre avec la famille Lebona à Soweto où elle sera scolarisée comme promis. Toutefois, le destin en décide autrement, et ce n’est pas pour déplaire à Brenda. L’une des chanteuses du trio « Joy » dont s’occupe Koloi doit prendre son congé de maternité. Brenda se propose spontanément mais Koloi refuse se rappelant de la promesse faite à la mère Fassie. Mais après plusieurs castings, le producteur a du mal à trouver une remplaçante. Il rompt sa promesse et Brenda  rejoint le trio Joy après qu’il ait pris soin de lui faire signer son contrat. Les frères et soeurs de Brenda aideront à dissiper la colère de la veuve, tous persuadés de la réussite de Brenda.

Lorsque le contrat avec le groupe « Joy » prend fin, on lui propose de signer pour son propre groupe, « Brenda and the Big Dudes », où elle enregistrera son premier single et premier succès, « Weekend-Special ». Le morceau sera classé meilleure vente de l’époque. Il connait un succès international et ouvre au groupe la porte vers d’autres horizons avec des tournées aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Australie, dans plusieurs villes d’Europe, en Australie et au Brésil. Brenda obtient son premier disque d’or, et la décennie qui suivra la sortie de « Week-end special » marquera le début de sa carrière solo.

En 1985, Brenda donne naissance à son fils unique, Bongani, dont le père n’est autre que l’un des musiciens de « Brenda and the Big Dudes ». Malheureusement, le couple ne fait pas long feu et se sépare. Mais malgré une carrière bien remplie et florissante, Brenda se comporte en mère attentionnée et très présente pour son fils.

A la fin des années quatre-vingts, Brenda signe avec le producteur Sello Chicco Twala. Leur partenariat qui est l’un des plus fructueux de l’histoire du show-biz sud-africain donnera naissance à l’album « Too Late for Mama », classé disque de platine en 1989. Parmi les titres de l’album se trouve « Black President », un morceau que Brenda écrit en l’honneur de Nelson Mandela. Dans le titre, elle accuse les méfaits de l’apartheid et annonce la fin imminente du système. Beaucoup ont ressenti une sorte de provocation dans l’écriture du morceau, surtout à une époque où peu pensait qu’un Noir deviendrait président. Néanmoins, des années plus tard, Brenda sera considérée comme une visionnaire. La chanson est interdite par le gouvernement sud-africain, ce qui pousse Brenda à dénoncer davantage les injustices de son pays et accroit sa popularité. Brenda réalise pour la première fois qu’elle représente une voix pour son peuple et que les choses peuvent bouger grâce à son talent. Elle se rapproche de plus en plus des populations délaissées des bidonvilles et lutte pour les conditions de la femme des townships. Ses textes sont une fenêtre ouverte sur la vie de ses frères et soeurs des ghettos, une ouverture qui permer aux classes plus élevées  et au monde entier d’enfin découvrir une réalité méconnue.

Brenda devient l’ennemi du gouvernement mais cela ne lui empêche pas de dire haut et fort son appartenance aux mouvements anti-apartheid. Elle réalise qu’elle risque sa vie, mais elle chante et milite en même temps, persuadée d’être porteuse d’une mission pour les siens. Certains ne verront donc aucun hasard qu’à cette même période les médias passent la vie privée de Brenda au crible, surtout quand elle épouse Nhlanhla Mbambo et divorce de ce dernier en 1991 après deux années de mariage à peine, suite à des violences conjugales. L’année 1993 se montre particulièrement rude avec Brenda. La même année, elle apprend le décès de sa mère et doit faire face à la fin de sa collaboration avec Twala. C’est le début d’une spirale infernale pour Brenda qui trouve refuge dans la cocaïne et en devient très vite l’esclave. Bien souvent incapable de se présenter sur scène, plusieurs de ses concerts sont annulés. Certains de ses fans ne le lui pardonnent pas et sa popularité baisse terriblement. Lorsqu’on surprend Brenda inconsciente dans une chambre d’hôtel aux côtés d’une certaine Poppie Sihlahla dont le corps inanimé révèle une mort par overdose, Brenda n’a nulle autre choix que d’accepter de se faire interner dans un centre de désintoxication. Les médias s’en prennent à coeur joie, ils divulguent au monde entier la bisexualité de la chanteuse.

Trois années plus tard, Brenda refait surface, fière d’avoir lutté et réussi à se défaire de la cocaïne. Elle enregistre un duo avec l’artiste congolais Papa Wemba et renoue avec Twala. Sa carrière va refaire un bon en avant avec la sortie de l’album « Memeza » qui signifie « Cri ». Brenda confie avoir les larmes aux yeux en interprétant le succès, car elle se voit dans cette spirale ou seule, elle crie si fort mais personne ne l’entend. Le plus gros succès après son come back reste incontestablement « Vulindlela » (https://www.youtube.com/watch?v=1RvfDkzUOos) qui lui fera remporter l’award de la meilleure vente aux SAMAS, South African Music Awards (les awards sud-africains) et grâce à quoi elle est sacrée meilleur arstiste féminin pour la 4e édition des Kora Music Awards. Durant la cérémonie, Brenda fait un véritable triomphe! On se souviendra notamment d’elle offrant une banane à Nelson Mandela pendant son show et faisant danser de joie Madiba. C’est cette soirée qui la révèlera en Afrique. « Vulindlela » sera également choisie comme l’hymne national de la campagne éléctorale de l’ANC et Brenda elle-même sera invitée à l’interpréter à la cérémonie de l’inauguration de la présidence de Thabo Mbeki.

Ses fans se comptent désormais par millions de par le monde, on la surnomme affectueusement « Ma-Brrr » et le Timemagazine de décembre 2001 lui donne le titre de la « Madonne des Townships », car dans la plupart de ses morceaux elle dépeint la vie quotidienne des ghettos plutôt que celle des quartiers riches où elle réside. Elle n’hésite pas à rendre visite aux quartiers des déshérités et à montrer son soutien à cette population souvent oubliée. Ce qui étonne dans ses oeuvres, c’est ce côté « ghetto » qui revient sans cesse et qui semble même convenir  aux classes plus élevées. Brenda Fassie devient la conciliatrice, l’intermédiaire entre les différentes classes de la société sud-africaine, et c’est ainsi qu’elle parvient à se réapproprier son public.

Face aux attaques des médias, Brenda n’a qu’une seule arme: elle-même! Le sourire narquois, les sourcils froncés, elle aime dire à la presse et à ses ennemis:

« Plus vous me critiquez, plus vous me rendez forte. Mon secret c’est la confiance que j’ai en moi-même! J’aime choquer! Je suis née pour choquer et j’aime créer la controverse autour de moi, c’est ma marque de fabrique ».

En effet,  elle est ce qu’elle est et ne changera pour rien au monde. Elle admet avoir des faiblesses, des fantomes contre qui elle se bat mais déclare haut et fort:

« Il faut m’accepter comme je suis. Je ne suis pas parfaite, mais la seule chose que je sais c’est qu’une héroïne vit en moi. Voyez le succès que Dieu me donne, qui sait, demain je deviendrai votre nouvelle papesse, tout est possible dans ce bas monde!…« .

Brenda reconnait qu’elle doit tout à ses fans, mais au-delà de son talent et de tout ce qu’elle pouvait leur offrir, elle ne pouvait pas toujours leur plaire. Lors d’une interview qu’elle donne dans sa chambre (comme elle aime à le faire), allongée sur son lit, cigarette et verre d’alcool à la main elle parle à ses fans:

« Je vous aime, c’est vous m’avez faite. Mais ne m’en demandez pas trop, ne me demandez pas de vivre selon vos exigences. Laissez-moi vivre ma vie, on ne vit qu’une fois… ».

Brenda Fassie ne rompt pas totalement avec la cocaïne, elle y replonge petit à petit et en réalité autant qu’auparavant. Elle reconnait sa lente descente aux enfers et parle de plus en plus de la mort, comme si son destin l’y emmenait sans qu’elle puisse se débattre. Elle dira:

« Vous savez, je n’ai pas de rêve. Je ne suis pas devenue ce que je suis aujourd’hui en rêvant mais en le désirant ardemment! Je ne rêve jamais, je désire les choses et me bats pour les obtenir. Et quand bien même je les obtiens, j’en demande encore plus. J’aime ce que je suis devenue, mais je ne suis pas satisfaite de ce que je suis.(…)Je vis les choses à l’instant présent, je ne pense pas à demain car je ne sais pas de quoi sera fait demain.(…) Je sens mon corps s’affaiblir de jour en jour et je me demande de plus en plus à quoi ressemble la mort.« 

Le 26 avril 2004, Brenda se plaint difficultés respiratoires, comme c’est le cas depuis quelques années. Ce jour là, c’est son frère Temba qui lui tient compagnie. Soudainement, alors que ce dernier à le regard tourné ailleurs, il est interpellé par des bruits que Brenda réussit à faire pour attirer son attention. Elle lui fait comprendre qu’elle ne peut plus respirer. Temba emmène sa soeur prendre l’air à l’extérieur, mais rien ne s’arrange, elle perd connaissance. Il appelle les secours et Brenda est transportée d’urgence dans un hopital de Johannesburg, elle vient de faire un arrêt cardiaque. Les médecins parviennent à la réanimer mais elle glisse tout doucement dans un coma qui durera plusieurs jours. La presse annonce sa mort de façon prématurée laissant les fans de la Reine des vocalistes dans la panique. Le président Mbeki en est furieux et ordonne à la presse de cesser immédiatement de diffuser des nouvelles sans en avoir la confirmation.La rumeur sur la mort de la diva est rapidement démentie et pendant deux semaines, le pays entier la soutien dans des prières de toutes sortes. Elle reçoit les visites de grandes personnalités telles que Nelson Mandela qu’elle affectionnait et pour qui elle avait écrit « Black President », ou Thabo Mbeki qui vient prier aux chevets de celle qui l’avait tant soutenu durant sa campagne électorale.

Le 9 Mai 2004, le temps était arrivé pour la Madonne des bidonvilles d’aller rejoindre ses ancêtres qui, selon elle, veillaient sur elle nuit et jour. Elle allait rejoindre ce Dieu dont elle disait:

« Il est toujours avec moi. Je ne vais jamais dans sa maison mais lui vient toujours vers moi… »

D’après les médecins, la mort de « Ma Brrr » serait causée par de l’ asthme mal soigné. Plus tard, la presse s’empressera de démentir la cause en parlant d’overdose de cocaïne et même de sida. Mais un scoup bien plus malheureux surprendra les fans de Brenda Fassie: la dose de cocaïne qu’aurait prise la diva sud-africaine aurait été mélangée à de la mort au rat!

Les funérailles officielles de Brenda Fassie eurent lieu le 23 mai à Langa, sa ville natale. On y reconnaissait les plus grandes personnalités sud-africaines, même ceux qui la combattaient alors qu’elle dénonçait l’injustice qui régnait dans son pays. Sa famille demanda à ses nombreux fans venus par milliers de ne pas pleurer son départ mais de se réjouir dans les chants et les danses, pendant que les funérailles se déroulaient dans l’intimité. C’était impressionnant, une foule  immense riait aux éclats et dansait de joie sur les succès de Brenda.

Ernest Adjovi, président et producteur exécutif des Kora dira de Brenda:

« Brenda était une folle, une provocatrice. Elle avait une personnalité très controversée. C’était une anti-conformiste : aujourd’hui mariée, demain divorcée. Tantôt avec un compagnon, tantôt avec une compagne. Elle savait donner à la presse de la matière à vendre du papier mais c’était une dame au grand coeur et d’une grande sensibilité.Sur scène Brenda était une vraie professionnelle. C’était une bête de scène qui savait tenir en haleine son public. Pour les promoteurs c’était l’artiste qu’il fallait avoir à tout prix. Mais une fois qu’on l’avait, on ne savait pas si elle viendrait jouer. Quand elle était là, on ne savait pas si elle monterait sur scène. Elle était imprévisible. Il fallait beaucoup de patience, mais aussi de la fermeté pour ne pas lui passer tous ses caprices. »

Que penser de « Ma Brrr », d’une femme noire née dans un pays de Noirs où les Noirs sont détestés? Que dire d’une femme qui très tôt a su comprendre qu’une héroïne vivait en elle et que sa mission sur terre était de parler pour son peuple, de faire danser son peuple et lui faire oublier la dureté de la vie? Lorsqu’on prend conscience à un si bas âge que l’on est existe pour donner, donner et encore donner, on en oublie parfois de vivre pour soi-même. Elle s’en est allée après nous avoir donné une vraie leçon de vie: le don de soi. Et surtout elle nous a appris à ne pas rêver ni vivre dans les rêves, mais à désirer ardemment les choses jusqu’à voir leur accomplissement. C’est ça, être visionnaire!

A notre tour, nous souhaitons qu’elle sache que ses faiblesses et ses erreurs de parcours pèsent tellement peu sur la balance de notre coeur. Pour nous, Brenda Fassie restera à jamais la Madonne des oubliés, la voix de ceux que l’on n’entend pas, une Reine et Héroïne d’Afrique.

Natou Pedro Sakombi

 

Bella Bellow – La blueswoman d’Afrique

téléchargementBella Bellow, qui donc se cachait derrière ce nom de scène aussi mélodieux?

Mais qui est donc cette artiste-chanteuse dont l’effigie orne magnifiquement bien les timbres du Togo à certaines périodes? Peut être l’avez-vous déjà entendu chanter, et certainement avez-vous été charmé par son talent. Ou alors vous ne la connaissez simplement pas. Bella Bellow est la pionnière de la chanson togolaise moderne, une artiste africaine inoubliable qui nous a quitté dans la fleur de l’âge, une Reine et une Héroïne d’Afrique…Voici son histoire.

Georgette Nafiatou Adjoavi alias Bella Bellow est née le 1er janvier 1945 à Tsévié, une ville à 35 km de Lomé (Togo).

Son enfance, elle le passe à Agoué-Nyivé dans la préfecture du Golfe. Ayant terminé ses études primaires et secondaires avec brio, Georgette décide poursuivre des études de secrétariat à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où elle apprend le solfège à l’École des Beaux-Arts. En 1963, la Belle offre pour la première fois au public l’occasion de l’écouter chanter, lors d’une fête scolaire. Sa beauté, sa voix suave et le charisme qu’elle dégage sur scène faisant grande  impression, on ne cessera plus de l’inviter aux fêtes populaires et aux récitals scolaires. L’un de ses professeurs aux Beaux-Arts qui voit en elle une carrière plus que prometteuse, la présente au grand Gérard Akueson, producteur qui perce dans les milieux du show-biz.

téléchargement (2)Akueson devient son impressario, on lui donne son nom de scène, Bella Bellow, et on lui déniche de bonnes prestations. Ainsi, en 1965, Bella Bellow est sollicitée par le Président Hubert Maga du Bénin pour chanter à l’occasion de la fête de l’Indépendance de l’ex-Dahomey. En 1966, elle participe au tout premier Festival mondial des Arts Nègres à Dakar au Sénégal. Le public est parfaitement et simplement tétanisé en écoutant la voix chaude et veloutée de la jeune togolaise. Il émane d’elle ce que personne ne parvient à décrire, même si les avis sont unanimes sur un fait, hommes et femmes veulent  contempler et écouter Bella Bellow chanter à n’en plus finir. On parle de douceur, de candeur, de frissons, de mélancolie mêlée à de la joie et et de beaucoup d’autres caractéristiques pour décrire la présence de Bella Bellow sur scène. On la sait fan de l’artiste sud-africaine Miriam Makeba, de qui elle s’inspire notamment en reprenant les folklores togolais et en leur apportant une rythmique plus moderne, mais on ne dénote en elle aucun soucis d’ imitation de Mama Afrika; Bella Bellow reste elle-même, c’est à dire une artiste unique en son genre.

 

Au départ du Festival mondial des Arts Nègres, la bella et charmante Bellow voit les portent de la scène internationale s’ouvrir davantage à elle. L’Afrique entière la réclame, de Cotonou, Dakar, Bamako, en passant par Libreville, Douala, Brazzaville ou Kinshasa, l’artiste fait salle comble. Ses prestations débutent toujours en face d’un public émerveillé, en pleine hystérie ensuite et saluant la note finale de Bella par un standing ovation.

Gérar Akuesson, son producteur et premier éditeur phonographe africain en France, l’emmène à Paris.

Bella Bellow y voit le rêve de tous les artistes de son époque s’accomplir pour elle en montant sur la scène de l’Olympia.

Après cette prestation remarquable, le destin fantastique de notre diva la conduira sur d’autres podiums internationaux. Ainsi, elle est invitée au Festival de la chanson populaire de Rio de Janeiro au Brésil, où elle se produit au mythique Stade de Maracana devant plus de 100 000 spectateurs qu’elle enivre par sa voix mielleuse.

On la surnomme rapidement la « Blueswoman d’Afrique« , et c’est désormais toute l’Europe qui lui ouvre ses portes.

Elle est invitée à Athènes en Grèce, à Split en ex-Yougoslavie, à Rennes en France ou à Berlin, en Allemagne. Le public des Antilles aussi veut l’entendre, elle preste en Guyane et en Guadeloupe.

bella bellowBella Bellow enregistrera son premier disque à Paris, Rockya, qui fera parti de la compilation d’un album intitulé « Trente ans de musique africaine ». Mais lorsqu’elle décide de vivre à Paris, la blueswoman se sépare de Gérard Akueson.

On attribue à l’artiste et à son producteur une liaison amoureuse qui serait à l’origine de leur séparation. L’amour et les affaires ont ils eu raison du couple? On ne le saura jamais. Toutefois, les mauvaises langue insinuent qu’Akueson aurait gardé une dent contre Bellow. Il a fait d’elle une grande étoile internationale et sa réussite après lui entraine toute une série de ressentiments. Et pour cause, Bella fait fureur en créant son propre groupe musical « Gabada », du nom d’un rythme musical du terroir togolais.

Le point fort de Bella Bellow est de transmettre des émotions en tout genre. Elle touche par exemple ses auditeurs avec Blewu, une prière dans la douleur et véritable negro spiritual. Avec Lafoulou, elle fait rêver les foules sous un rythme de bossa nova. Les hommes aiment particulièrement l’entendre interpréter Nye Dzi, un chant dans lequel Bella rassure son amour : « Je ne te tromperai jamais ! Où tu iras, j’irai. Où tu seras enterré, je mourrai. Même la mort ne saura nous séparer ». Et il y a sa chanson fétiche, « Dényigban », une ode à la mère patrie, le Togo.

Mais Bella Bellow n’a pas qu’une vocation artistique, elle veut être femme au foyer et mère. Elle épouse le magistrat togolais Théophile Jamier-Lévy et donne naissance à sa fille unique,  Nadia Elsa.

Sa nouvelle vie de famille lui coûtera quelques temps d’absence sur scène, mais son public ne lui en tiendra pas rigueur, elle méritait tant d’être heureuse!

En 1973, la diva prépare son retour avec le roi de la soul Makossa, le Camerounais Manu Dibango, qui lui propose une tournée internationale et cette fois, jusqu’aux Etats-Unis. Cette tournée n’aura malheureusement jamais lieu.

Nous sommes le 10 décembre 1973. Bella Bellow se trouve à bord d’une Ford Capri conduite par son chauffeur. Elle revient de sa ville natale, et se dirige vers Lomé, et c’est là que la malheur la arrive! Un accident plus qu’absurde les surprend son chauffeur et elle, vers Lilikopé, dans la préfecture de Zio. Jusqu’à ce jour, on ne parvient à expliquer de quelle façon le véhicule s’est retrouvé quatre pneus en l’air! Projetée au dehors, Bella se cogne la tête contre le bitume. Elle meurt sur le coup, victime d’une hémorragie cérébrale. Elle n’a que 27 ans.

bella bellow2Plusieurs bruits circulent autour de la mort tragique et imprévue de l’artiste. Certains y voient un assassinat réussi grâce au sabotage du véhicule de la diva. D’autres vont jusqu’à mettre en cause Akweson, l’ex-producteur et amant de Bella Bellow, qui aurait souhaité l’éliminer avant sa tournée aux USA. Certaines rumeurs ont évoqué une rivale éprise de jalousie et qui aurait payé le personnel domestique de la chanteuse pour saboter la voiture; bref, on peut compter par centaines les avis et les différentes versions sur les circonstances de la mort de Bella Bellow. Si elles pouvaient au moins la ramener…Hélas, la diva repose encore à ce jour sur sa terre natale, et elle s’est tu à jamais.

Le Togo est toujours à la recherche d’une artiste digne du talent de Bella Bellow. Qui sait, on ne la trouvera sans doute jamais. Plus qu’une simple artiste de la chanson, Bella Bellow faisait la fierté de son pays. Elle n’est et ne sera jamais oubliée. Une salle de spectacle dénommée « Salle Bella Bellow » en est certainement le témoignage le plus marquant.

C’était le récit de la vie de la blueswoman d’Afrique, Bella Bellow, une Reine et Héroïne d’Afrique.

Natou Pedro Sakombi

 

Miriam Makeba, l’exilée qui devint Mama Africa

Johannesburg 1932, Nomkomendelo, une jeune sangoma (guérisseuse traditionnelle) de la tribu des Swazi , donne naissance à une petite fille qu’elle nomme Uzenzile Makeba Qgwashu Nguvama. Son nom de baptême est Miriam,  mais on préfère l’appeler affectueusement Zenzi, diminutif de Uzenzile, qui signifie « Tu ne dois t’en prendre qu’à toi-même ».

La famille de six enfants dont Zenzi est la cadette, vit dans une situation si précaire que pour aider son époux dans les dépenses du ménage, la jeune mère vent illégalement l’umqombothi, fameuse bière traditionnelle sud-africaine. Mais Zenzi n’a que dix-huit jours lorsque sa mère est arrêtée pour cette activité illicite et écope d’une peine d’emprisonnement de six mois fermes. Ainsi, les six premiers mois de l’enfant se passeront  dans un univers carcéral.

Toutefois, Zenzi ne gardera aucune séquelle de cette période; c’est une fillette pleine de vie qui déjà très tôt va manifester un goût prononcé pour le chant. Sa mère savait jouer de plusieurs instruments traditionnels et son père était le leader d’un groupe de chant appelé The Mississippi 12. La petite Zenzi a pratiquement baigné dans la musique durant toute son enfance, entre les chansons traditionnelles de sa mère et les morceaux d’Ella Fitzgerald que jouait son frère Joseph.

Le décès de son père viendra brutalement marquer l’enfance de la petite Senzi, un départ qui assombrit son ciel bleu alors qu’elle n’a que cinq ans. Suite au décès de son époux, Nomkomendelo et ses enfants déménagent à Pretoria, où, après s’être plusieurs fois faufilée dans les répétitions Senzi est acceptée à la chorale de l’église. A treize ans, la gamine gagne le concours des jeunes talents de l’école missionnaire de la  ville, et anime  les mariages et autres célébrations.

Adolescente, la jeune Senzi est forcée de gagner sa vie pour aider sa mère et la famille. Elle travaille comme servante pour les familles blanches et ses seules occupations sont dédiées au chant et à son petit ami, le jeune James Kubali. À 17 ans, elle tombe enceinte et donne naissance à son premier et unique enfant, Sibongile, surnommée  Bongi. Mais l’infidélité et la violence de Kubali séparent le jeune couple. Le jeune homme abandonne la jeune mère et l’enfant, les laissant à charge de sa mère qui vit de ses maigres revenus de guérisseuse traditionnelle. Chants traditionnels, percussions et danse effaceront la misère quotidienne et inspireront plus que jamais la jeune Senzi.

En 1950, Senzi décide de confier sa fille à sa mère pour regagner Johannesburg, là où la carrière de celle qui deviendra Miriam Makeba va réellement décoller. Elle rejoint le groupe de jazz sud-africain les Manhattan Brothers, et pour la première fois, son visage apparaît publiquement grâce au poster du groupe. En 1953, elle enregistre avec eux son premier hit « Laku Tshoni Ilanga ». Elle devient rapidement une mini-star nationale, gagnant le surnom de «rossignol».

Mais Miriam finit par quitter le groupe pour créer sa propre bande, uniquement composée de femmes. Leur répertoire reprend surtout des mélodies traditionnelles sud-africaines. En 1956, elle sort le célèbre single Pata Pata, qui connaîtra plus tard un succès mondial. La chanson est diffusée sur toutes les radios du matin au soir et provoque une véritable furie dans les rues de Johannesburg. Hélas, le tube à succès n’améliorera en rien le train de vie modeste de Miriam, elle n’obtient que quelques miettes malgré son succès.

C’est en 1959 que la future diva connaît sa percée avec son apparition dans Come Back Africa, un documentaire dénonçant les méfaits de l’apartheid. Le réalisateur, Lionel Rogosinen obtient une nomination au Festival de Venise et insiste pour que Miriam l’accompagne à la première du film. C’est donc sur le sol italien que la jeune femme se fait remarquer par les plus grands cinéastes et qu’elle se voit proposer la voix lead feminine pour la présentation de la version sud-africaine de King-Kong à Broadway, aux côtés de celui qui deviendra son époux, le trompettiste sud-africain Hugh Masekela (leur mariage ne durera que deux ans).

Pour se rendre aux Etats-Unis, la nouvelle étoile se rend à Londres pour y introduire sa demande de visa qui sera acceptée grâce à sa rencontre et au coup de pouce du grand Harry Belafonte. L’arrivée de Miriam au pays de l’Oncle Sam va donner un véritablement élan de succès à sa carrière.

Je souhaitais quitter l’Afrique du Sud, mais je ne savais pas qu’en le faisant, on m’empêcherait d’y revenir. Si je l’avais su, je ne l’aurais probablement jamais fait. C’est très douloureux de se retrouver loin de ce que l’on a toujours connu. Personne ne connait la douleur de l’exile avant d’avoir connu l’exile. Et peu importe où vous êtes, il y aura toujours un moment où les gens vous feront comprendre que même si vous êtes avec eux, vous ne serez jamais des leurs.

En 1960, Miriam apprend la terrible nouvelle du décès de sa mère. Elle souhaite regagner l’Afrique du Sud pour assister aux funérailles, mais le constat est sévère et brutal: son passeport est refusé suite à une annulation officielle du gouvernement sud-africain. C’est le début d’une longue période d’exile pour la jeune artiste engagée. En effet, pour avoir dénoncé le régime de l’apartheid de son pays, on lui en interdit indéfiniment  l’accès.

En 1962, Miriam  signe avec RCA Records et sort son premier album aux Etats-Unis, « Miriam Makeba« . Elle accompagne son ami Belafonte à la soirée d’anniversaire du président Kennedy au Madison Square Garden, mais prend congé de l’aftershow suite à un malaise. Toutefois, Kennedy qui souhaitait ardemment rencontrer la chanteuse africaine à la voix incomparable insiste auprès de Belafonte pour qui’il puisse la convaincre de revenir. Un convoi officiel vient la reprendre, et ce soir là, Miriam rencontre  le Président des Etats-Unis en personne.

En 1963, Miriam décide de dénoncer les méfaits de l’apartheid auprès des Nations Unies. Elle est une femme sans pays et accuse l’Afrique du Sud d’avoir volontairement crée cette situation d’apatride. D’autres pays comme la Guinée, le Ghana ou la Belgique, touchés par cette déclaration, lui accordent un passeport international. Pour finir, Miriam devient une citoyenne du monde en se voyant octroyer  10 passeports par 10 pays différents.

En 1966, Miriam et Belafonte se voient décerner le Grammy Award du Meilleur Disque Folklore. L’album « An Evening with Belafonte/Makeba »  traite des conditions politiques injustes dans lesquelles vivent les Noirs en Afrique du Sud. Les chants sont en Zulu, Sotho et Swahili. Après ce succès flamboyant, Miriam brille mondialement de mille feux et enregistre les classiques tels que « The Click Song » en Xhosa, langue de la tribu de son père ou « Malaïka«  en swahili.

Malgré ce succès qui ne cesse de grandir, une chose étrange attire l’attention des fans et des journalistes, provoquant une sorte de curiosité sur la personne de la diva sud-africaine: Miriam refuse systématiquement et catégoriquement de se maquiller quand elle doit monter sur scène, ou lorsqu’elle est invitée sur un plateau télé. On lui attribue un style, l »Afro look« .

En 1967, plus de dix ans après la première sortie de « Pata Pata« , le morceau sort aux Etats-Unis et connait un succès phénoménale.

« Cela fait désormais dix ans que je suis en exile. Le monde est libre, même si certains pays ne le sont pas. Voilà pourquoi je suis restée. »

En 1968, deux ans après son divorce de Masekela, l’amour va à nouveau s’emparer du cœur de la diva. Elle épouse Stokely Carmichael, activiste des droits civils originaire de Trinidad et membre des Black Panthers. Cette union crée la controverse aux USA, Miriam en perd ses contrats et voit ses concerts annulés. Le couple vit mal cette injustice autour de leur union et décide de quitter les Etats-Unis pour s’installer en Guinée.

Durant les quinze années de leur union, Miriam et Stokely tissent des liens d’amitié avec le couple présidentiel Ahmed et Andrée Sékou Touré. Grâce à cette relation, Miriam est nommée déléguée officielle aux Nations-Unies et se voit attribuer le Prix de la Paix de la Dag Hammarskjöld. En 1973, elle se sépare de Stokely et poursuit ses tournées mondiales. Elle retourne même aux Etats-Unis où, comme elle s’y attendait, elle rencontre un boycott total.

« Durant les premières années de mon retour aux Etats-Unis, certains me demandaient pourquoi je ne chantais plus. Je répondais: mais je chante dans le monde entier! En fait, quand un chanteur ne chantait pas aux Etats-Unis, c’est comme s’il ne chantait pas du tout. »

L’année 1974 marque le grand retour et succès de Miriam en Afrique lorsqu’elle est invitée par le Président Mobutu du Zaïre pour divertir le public de Rumble in the Jungle, fameux combat entre Muhammad Ali et George Foreman.

En 1975, la diva africaine qui se fait désormais surnommer Mama Africa interpelle à nouveau les Nations-Unies: il se passe des choses injustes en Afrique du Sud, que font les nations?

En 1985, un grand malheur vient à nouveau frapper la vie de Miriam. Elle perd sa fille unique Bongi, devenue elle aussi chanteuse, d’ailleurs toute aussi talentueuse et énergique que sa mère. La jeune femme qui n’a que 35 ans décède en Guinée des suites d’un accouchement difficile. Miriam en souffre effroyablement et décide de quitter la Guinée pour vivre à Bruxelles. C’est là qu’elle rencontre Paul Simon, qui l’aide à renouer avec le publique américain grâce au Graceland Tour.

A la fin des années quatre-vingts, Miriam participe activement à la Freedomfest,  la Free Nelson Mandela Concert, et la Mandela Day, des événements destinés à réclamer la libération de l’activiste sud-africain  Nelson Mandela. Ces événements feront pression sur le gouvernement sud-africain qui, le 11 février 1990, décidera de la libération de Mandela. Cet événement signera également la fin de l’exile de Miriam qui, enfin,  reposera les pieds sur la terre qui l’a vue naître. Mama Africa regagne l’Afrique du Sud le 10 juin 1990 à l’aide de son passeport français.

Le 16 octobre 1999, Miriam Makeba est nommée Ambassadrice de bonne volonté de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). En 2005 , elle décide de mettre fin à sa carrière, tout en continuant à se battre pour les causes qu’elle estime dignes.

Le dimanche 9 novembre 2008, Zenzi s’éteint à l’âge de 76 ans, à Naples en Italie. Après avoir participé à un concert de soutien pour Roberto Saviano, écrivain et journaliste italien traqué par la mafia napolitaine.

Durant plus de la moitié de sa vie, Miriam Makeba aura été exclue de sa terre natale. Bien qu’elle fut reconnaissante vis à vis des différentes nations qui l’avaient accueillie à bras ouverts, son coeur n’avait cessé de battre pour l’Afrique du Sud. Et pour avoir lutté toute sa vie pour les siens à travers son talent, pour n’avoir jamais perdu l’espoir de retourner librement chez elle, celle que l’on connait encore aujourd’hui comme la « Mama Africa »  mérite divinement bien le titre de Reine et d’Héroïne d’Afrique.

Certainement qu’après la lecture de ce récit, certains d’entre vous écouteront la voix divine de la diva sud-africaine, tout en faisant défiler dans leur pensée les différentes étapes de son parcours. C’est cela la magie de la musique, la magie que nous offre Mama Africa à tout jamais… Et si vous êtes d’humeur joyeuse, je me permets de vous proposer « The click song« ; si vous êtes d’humeur amoureuse, je vous propose « Malaïka« ; et si vous êtes d’humeur triste, écoutez donc « The Lion Sleeps Tonight« …

Mais si vous le faites, et si vous le faites bien, vous l’entendrez chanter l’hymne de ceux et celles à qui l’on a retiré la liberté, mais qui n’ont jamais dit leur dernier mot…

C’était le récit de la vie de Miriam Makeba, une reine et héroïne d’Afrique.

Natou Pedro Sakombi

pour Reines & Héroïnes d’Afrique – Rha-Magazine