La Moïse du peuple Noir: Mieux vaut mourir que voir un esclave asservi!

L’histoire commence en 1821 dans la ville de Araminta Ross, une ville du Marylan, au sud des Etats-Unis. Une esclave noire donne naissance à son premier enfant, une petite fille qu’elle prénomme simplement Harriet, car à cet époque, les esclaves n’ont pas de nom de famille. En grandissant, Harriet verra naître ses 9 frères et soeurs et exécutera comme eux des tâches diverses telles que le ménage dans la maison du maître, l’extraction de coton sur les plantations ou les travaux pénibles de la ferme. Ses journées en sont remplies, elle ne fait rien d’autre que ça. A chaque fois qu’elle décide de souffler un peu ou de travailler à son aise, elle reçoit d’horribles coups de fouets, et même si Harriet n’est qu’une enfant, tout ça lui semble terriblement injuste! Harriet n’est encore qu’une fillette lorsqu’elle décide d’aider un petit esclave à fuir de la plantation. Le gamin a commis une  grave bêtise et on lui a promis un terrible châtiment. Certains esclaves supportent mal leurs punitions et y perdent la vie, Harriet préfère alors que son ami prenne le risque de fuir. Malheureusement,  la tentative de fuite échoue, elle et son compagnon ramassent plusieurs coups de massue sur la tête. Harriet qui frôle la mort finit quand même par s’en remettre.
harriet 1Adolescente, Harriet et d’autres esclaves de la même plantation sont vendus au Docteur Anthony Thomson, un prédicateur protestant, moins violent que leur ancien maître. Mais quelques années plus tard, elle sera revendue à un autre maître qui l’obligera à épouser un certain John Tubman, un Noir libre. Harriet deviendra Harriet Tubman. Non seulement ce mariage arrangé ne la rendra pas heureuse, mais il ne l’émancipera pas non plus. Ainsi, après quelques années, elle se séparera de John et passera de maître en maître. Très vite, elle comprend que même son ancienneté ne fera jamais d’elle une femme libre, et à trente ans, elle sait que les mauvais traitements qu’elle a toujours enduré la mèneront un jour vers la mort. Entre fuir ou mourir, elle choisit la fuite!
Harriet 2Lorsqu’ Harriet décide de fuir cette nuit d’été, aucun de ses compagnons ne l’encouragent, et pas un seul d’entre eux n’accepte de la suivre; et ils n’ont pas tellement tort car le châtiment réservé à un esclave rattrapé lors de sa fuite équivaut à une visite aux portes de l’enfer, et beaucoup y restent. Si le maître est sans pitié, il n’hésitera pas à pendre l’esclave, à le lyncher jusqu’à la mort ou à lui sectionner les tendons. Harriet ne recule pas face à ces éventualités atroces et s’en va. Mais où va t-elle? En Pennsylvanie, un état où l’esclavage a déjà été abolie. Il suffit pour elle de traverser la frontière en empruntant la direction du Nord du Maryland.

La chance accompagne Harriet: elle rencontre un homme noir qui fait parti de l’Underground Railroad (traduction: Chemin de Fer Souterrain), un réseau qui aide les Noirs à fuir des plantations et atteindre les Etats du Nord, là où l’esclavage a déjà été abolie. L’employé aidera Harriet à se dissimuler dans un train, dans un sac de marchandises. Après plusieurs jours de souffrance extrême, elle parvient à destination sans s’être faite repérer.

L’ Underground Railroad aide Harriet à s’installer à Philadelphie, elle est enfin une femme libre! Toutefois, malgré une nouvelle vie et une liberté gagnée, Harriet ne cesse de penser aux mauvais traitements et autres atrocités que subissent les compagnons qu’elle a laissé. La colère va vite s’emparer d’elle: elle se dit qu’il faut absolument arracher tous les Noirs des mains des esclavagistes. Il n’est pas question pour elle de rester à Philadelphie pendant que ses compagnons frôlent la mort tous les jours. Il faut retourner sur place et les aider à s’enfuir!

C’est ainsi qu’Harriet décide de rejoindre l’Underground Railroad et devient « passeuse », au péril de sa vie. Elle étudiera attentivement les leçons apprises par les membres de l’Underground Railroad: comment s’infiltrer secrètement dans les plantations, comment entrer en contact avec les esclaves désireux de s’enfuir, comment aider des familles entières à passer les frontières, comment manipuler une arme à feu, comment échapper aux chasses policières, etc…Tout un tas de techniques quasi militaires.

Une fois prête, Harriet décide de retourner dans son ancienne plantation pour délivrer sa soeur et ses deux enfants. L’opération réussie et l’encourage à continuer à libérer les autres qui le désirent. Petit à petit, elle deviend une experte des « passes » et on dénombre pas moins de 19 voyages d’Harriet dans les plantations du Sud. Au bout de quelques années, elle aura aidé plus de 300 esclaves à fuir et devenir libres sans qu’aucun d’entre eux ne soit capturé.Voici les différentes péripéties auxquelles Harriet fait face lors des voyages clandestins:

– elle doit parfois se montrer fin psychologue car pendant ces passes, beaucoup d’esclaves manifestent des crises d’angoisses. Harriet passe souvent des nuits entières à leur parler pour chasser leur panique.

– pour calmer les bébés susceptibles de pleurer et de les faire remarquer, Harriet se voit obligée d’avoir sur elle des somnifères qu’elle leur administre quand c’est nécessaire

– il faut faire vite, car ils n’ont que 48h avant que le maître esclavagiste n’alerte la presse pour qu’elle publie des avis de disparitions. Ce laps de temps doit leur permettre de s’éloigner le plus possible avant que la police se lance à leur poursuite

– il faut habilement éviter les chasses et les battues des policiers lancés à leur recherche. Harriet devra utiliser son fusil au cas où. Il lui est même arrivé de pointer ce même fusil à l’un des esclaves qui décidera de ne plus continuer et de se rendre à son maître. Par ce geste brutal, Harriet veut lui faire comprendre que s’il se rend, il est déjà un homme mort; elle préfèrerait donc le tuer elle même plutôt que laisser un blanc le faire. Cet esclave choisira de continuer.

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Harriet (tout à fait à gauche) photographiée avec une famille qu’elle a aidé à fuir de leur plantation

Les maîtres esclavagistes n’en peuvent plus de voir autant d’esclaves leur filer entre les doigts. Ils crée en 1850 un décret qu’ils nomment le « Fugitive Slaves Act« . Ce décret prévoit que les maîtres ont le droit de poursuivre les esclaves dans tous les Etats-Unis, c’est à dire même dans ceux où l’abolition de l’esclavage a été proclamée. Cette loi ne refroidira en rien Harriet, bien au contraire! Mieux vaut risquer sa vie en essayant de la sauver que mourir dans la lâcheté. La renommée d’Harriet se répand dans tous les Etats-Unis. Son activisme la rend célèbre et les Noirs l’admirent et la vénèrent tandis que les Blancs cherchent à avoir sa peau. Elle ne cesse de narguer les autorités et va jusqu’à libérer ses propres parents, pourtant devenus très vieux.

Même si Harriet pense qu’elle mourra certainement si elle n’abandonne pas son rôle de « passeuse », c’est un autre élément historique qui viendra lui donner l’assurance d’une longue vie. En effet, la Guerre de Sécession (La Guerre Civile) éclate et opposent les Etats du Nord et ceux du Sud. L’abolition de l’esclavage sera l’un des points clé de cette fameuse guerre. Et suite à cela, en 1863, le président des Etats-Unis Abraham Lincoln proclame l’abolition de l’esclavage.

harriet 3A la fin de l’esclavage, on aura chiffré plus de 30 000 libérations d’esclaves par l’Underground Railroad depuis sa fondation en 1780 jusqu’à l’abolition. Parmi ces esclaves, 300 auront été libérés par une femme: Harriet Tubman. Mais elle ne s’arrêtera pas là notre chère Harriet, pas en si bon chemin. Elle rejoindra l’Armée du Nord, favorable à l’abolition, qui continue à lutter contre l’Armée du Sud qui retient encore des esclaves captifs. Elle y jouera plusieurs rôles: infirmière, cuisinière, éclaireuse, et sachant de quoi elle était capable, l’Armée lui confiera mêmes des missions secrètes pendant lesquelles elle s’infiltrera dans les plantations du Sud pour rapporter des informations. Elle participera à une bataille à Combahee River, en Caroline du Sud, où elle créera sa propre équipe. Harriet est la première femme afro-américaine à avoir joué un rôle militaire dans l’Armée. On lui donnera le nom de Générale Tubman, mais il ne s’agira que d’un simple surnom. En 1865, à la fin de la guerre, Harriet Tubman se retire dans une petite ville de New-York. Elle se remarie à Nelson Davis et consacre son temps à l’éducation des enfants noirs et à aider des personnes ayant des difficultés sociales. Plus tard, en 1908, elle fait construire une maison pour accueillir les pauvres et les personnes âgées de la communauté noire. Elle leur sera dévouée jusqu’à sa mort en 1913, où Harriet Tubman sera enterrée avec les honneurs militaires au cimetière de Fort Hill.

Harriet Tubman, c’est toi, c’est moi, c’est nous, car une héroïne sommeille en chaque Femme Noire, où qu’elle soit et quelque soit son époque.

 

Natou Pedro Sakombi

 

Funmilayo Ransome Kuti, la lionne de Lisabi


funmilayo kuti1On a coutume de dire que derrière chaque grand homme se cache une grande femme. Une femme qui peut influer sur une destinée. Cette femme exceptionnelle que vous présente RHA-Magazine ne déroge pas à cette règle. Si le personnage de Funmilayo Ransome Kuti n’est hélas que peu connu du grand public, le nom de son fils le grand musicien Fela Kuti est bien ancré dans nos mémoires. Mais est-ce que Fela aurait été le fougueux artiste et activiste 
panafricain que nous connaissons s’il n’avait pas été élevé par une incroyable héroïne ? Rendons hommage à cette grande Dame de l’Afrique, figure emblématique du Nigéria et qui définitivement pour nous mérite les titres de Reine et d’Héroïne d’Afrique. Voici le parcours de Funmilayo Ransome Kuti qui fut une grande activiste politique et qui a incontestablement marqué l’histoire de son pays, notamment par sa lutte incessante pour les droits de la femme.

funmilayo-kuti-1.jpgNée au Nigéria dans la ville d’Abeokuta (dans le sud-ouest du Nigéria) le 25 octobre 1900, sous le nom de Frances Abigail Olufunmilayo Thomas, Funmilayo était de l’ethnie Yoruba et plus précisément issue de la tribu Egba (sous-groupe de l’ethnie Yoruba). Funmilayo signifie en yoruba « Donne- moi du bonheur». Le père de Funmilayo était le fils d’un esclave revenu d’Amérique et installé en Sierra Leone, qui a retracé son histoire ancestrale jusqu’à ses origines nigérianes, à Abeokuta. Converti à l’anglicanisme le père de Funmilayo éduqua ses enfants dans la foi anglicane, tout en restant néanmoins bien ancré dans les coutumes Yoruba. Il veilla à ce que sa fille ait une bonne éducation et il l’envoya poursuivre ses études en Angleterre. Après ses études, Funmilayo revint au Nigéria et devint institutrice. Le 20 janvier 1925, elle épousa le révérend Israël Olodutun Ransome Kuti. Tout comme son épouse, Israël Olodutun Ransome Kuti s’est investi dans la défense des droits des citoyens. Il fut le fondateur de l’Union des Professeurs Nigérians ainsi que de l’Union des Etudiants Nigérians. Cette organisation d’étudiants mena notamment des manifestations contre les législations imposées par le pouvoir coloniale dans le domaine de l’éducation.

En se référant aux dires de Fela tirés d’une de ses biographies (1), Funmilayo et son mari semble avoir donné une éducation très stricte à leurs enfants, influencée par le modèle coloniale anglais. Ils étaient chrétiens et rejetaient certains aspects des coutumes Yoruba comme la polygamie, ou le fait de s’agenouiller devant les autorités ou les anciens. De même leur mariage représentait plutôt un modèle d’égalité entre époux alors que dans les familles nigérianes, traditionnellement, le mari avait un rôle nettement dominant. Néanmoins, ils tenaient à leur héritage culturel, et ne manquaient pas de le valoriser. Funmilayo n’hésitait pas à faire ses discours en Yoruba. Et son mari et elle n’ont donné que des noms yorubas à leurs enfants. A partir des années 40 elle ne portera plus que les tenues traditionnelles nigérianes. C’était sa manière d’exprimer à la fois sa fierté pour ses origines mais aussi sa résistance contre le colonialisme. Elle n’a pas manqué d’emmener ses enfants dans ses campagnes politiques semant en eux les graines de l’activisme panafricain.

funmilayo-kuti-4.jpgSon combat pour le droit des femmes débuta en 1923 lorsque Funmilayo lança une association de femmes à Abeokuta, l’Abeokuta Ladies Club ou l’ALC. A l’origine ce club était destiné à l’apprentissage de l’artisanat. Une vingtaine d’années plus tard l’ALC intégrera les commerçantes et les femmes défavorisées, dont pas mal de femmes illettrées, à qui Funmilayo apprendra à lire. Le groupe deviendra l’Union des femmes d’Abeokuta, Abeokuta Women’s Union (AWU). Ce changement marqua la direction politique que prenait le groupe. C’est au sein de ce groupe, face aux inégalités faites aux femmes que la position anticoloniale de Funmilayo se radicalisa. Elle restera présidente de l’AWU jusqu’à sa mort. A cette époque coloniale, les Britanniques prélevaient des taxes directes sur les Nigérians, ce qui suscita la colère et la protestation, notamment au sein du peuple Egba. Ils protestaient aussi contre les ingérences britanniques dans leur administration. Les chefs traditionnels avaient été dépossédés de leur pouvoir, si bien que le Conseil de l’Autorité autochtone n’avait plus qu’un rôle consultatif. Et sous le règne du roi EgbaAlake Oba Ademola II, les autorités coloniales britanniques imposait leurs règles avec la complicité de ce dernier. Funmilayo a fait connaître son organisation au grand public quand elle a rallié les femmes pour protester contre le contrôle des prix qui touchait la plupart des commerçantes du marché d’Abeokuta. Le commerce représentait l’activité principale des femmes nigérianes dans l’ouest du pays. Les Britanniques s’immisçaient dans des affaires habituellement dirigés par elles. De plus, la corruption régnait et touchait les différentes strates du pouvoir au sein du gouvernement. La conséquence est qu’on réclamait une taxe due ou non due à tout bout de champs, ce qui appauvrissait davantage les commerçantes. Le roi EgbaAlake Oba Ademola II prenait part à ses actes de corruption et abusait de son pouvoir car il avait obtenu le droit de percevoir les impôts pour le compte de la couronne britannique. Funmilayo révoltée, décida de mener des manifestations contre, les autorités traditionnelles et notamment contre le roi Alake. Elle dénonça les abus de ce dernier. C’est ainsi qu’à la tête de 50 000 femmes elle se rendit à la résidence du roi afin de réclamer le son départ. Celui-ci prit la fuite et dû finalement renoncer à sa couronne. Ce fût un véritable exploit pour ces femmes.

Cet événement fit entrer Funmilayo dans la légende et lui vaudra le surnom de « Lionne de Lisabi ». Lisabi était un grand héro du peuple Egba, du 18ème siècle qui s’était battu contre l’invasion de l’empire Oyo. Et tout comme ce héro ancestrale, Funmilayo fit preuve de bravoure jusqu’à défier le District Officer anglais d’Abeokuta qui tenta de renvoyer les femmes chez elles lors des manifestations. En 1953, Funmilayo fonda la Fédération des femmes Nigérianes qui par la suite s’allia avec la Fédération Internationale démocratique des Femmes. Elle lutta pour qu’on accorde le droit de vote p aux femmes. Elle fût également longtemps membre du parti du National Council of Nigeria and The Cameroons(NCNC). Elle fût trésorière puis présidente de l’association des femmes du NCNC. En 1950, elle était l’une des rares femmes à être élue dans les instances les plus influentes du pays. Funmilayo adressa plusieurs lettres et télégrammes aux autorités, cela faisait partie de sa stratégie de pression, notamment à l’époque de l’indépendance. Elle fit d’ailleurs partie des personnes déléguées pour négocier les termes de l’indépendance du Nigéria avec le gouvernement britannique. A l’instar de Gandhi elle critiquait l’administrationn coloniale en révélant les contradictions de ce régime autoritaire par rapport aux idéaux démocratiques prônés par la Grande Bretagne. En termes de reconnaissance, Funmilayo reçut l’insigne d’honneur de l’Ordre du Nigéria en 1965. Elle fut également nommée Docteur honoris causa de l’Université d’Ibadan. Sur le plan international, Funmilayo s’illustra aussi sur la scène internationale. Elle entreprit plusieurs voyages, dans les pays de l’est de l’Europe. Ce que très peu de femmes africaines peuvent se targuer d’avoir fait à l’époque. Mais pendant la guerre froide et avant l’indépendance de son pays, il n’était pas de bon ton de se promener de ce côté du globe, et Funmilayo se mit à dos les gouvernements nigérian, américain et britannique de par ses contacts avec le Bloc de l’Est. Elle voyagea en tant qu’ambassadrice de la Fédération Internationale démocratique des femmes en URSS, en Pologne, en Hongrie et même en Chine où elle rencontra Mao Tse Tung. Funmilayo s’est même vu décerner le Prix Lénine de la paix. Finalement en 1956, on refuse de lui renouveler son passeport sous prétexte qu’elle pouvait influencer les nigérianes avec ses idées et vues politiques communistes. On lui refusa également le visa pour les Etats-Unis où on lui colla d’emblée l’étiquette de communiste.

funmilayo-kuti-2.jpgVers la fin de sa vie ce sont trois de ses fils qui ont occupé le devant de la scène par leur activisme, qui s’opposait fermement aux juntes militaires nigérianes. En février 1978, alors qu’elle vit chez son fils Fela, un assaut de militaires est orchestré contre le fief de Fela Kalakuta Republic. Ce dernier était devenu une menace pour le pouvoiren place dont il ne cessait de dénoncer les travers. Funmilayo fut projetée du deuxième étage de la résidence et tomba dans le coma. Elle ne survécut pas à ses blessures et mourut en avril 1978. Funmilayo Ransome Kuti était une féministe et une nationaliste panafricain qui a ouvert la voie à beaucoup de femmes au Nigéria. Cette femme qui fût la première à conduire une voiture dans son pays est sans nul doute un exemple de courage dont peuvent s’inspirer toutes les Reines et Héroïnes d’Afrique d’aujourd’hui.

Par Pauline Ndaya Mutombo pour RHA-Magazine
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Sources :

Raisa SIMOLA, The Construction of a Nigerian Nationalist and Feminist, FunmilayoRansomeKuti, University of Joensuu, 1999.
Cheryl JOHNSON-ODIM, Nina Emma MBA, For Women and the Nation. FunmilayoKuti of Nigeria, Univ

En savoir plus sur http://reinesheroinesdafrique.doomby.com/pages/recits-des-reines-heroines/funmilayo-ransome-kuti.html#zEOxS83cpDos3FlC.99

Brenda Fassie, la Madonne des Townships

Il est de ces femmes qui savent assumer une féminité exacerbée en même temps qu’une masculinité exubérante. Elles sont extraverties à outrance, parlent à tout le monde, rient fort, touchent et papillonnent avec un regard malin qui en dit long sur ce qu’elles ont dans la tête. En général, on est assez loin du cliché que l’on peut s’en faire ! Brenda Fassie est de ces femmes : menue, le regard pétillant et constamment en ballade, on a l’impression qu’elle scrute du regard toute situation nécessitant son intervention. Souvent de bonne humeur et parfois caractérielle, elle est capable de mettre l’ambiance partout où elle va, surtout la nuit d’ailleurs. Mais qui est donc cette femme que Madiba aimait appeler « princesse » et au chevet de qui Mandela en personne se tenait quelques jours avant sa mort? Tambo Mbecki lui-même avait pour elle une extrême sympathie, sans oublier Winnie Mandela, qui l’affectionnait comme si elle eut été sa propre fille. Qui était donc Brenda Fassie? Pourquoi est-elle citée comme la huitième plus grande personnalité de l’Afrique du Sud?

Nokuzola Fassie est née en 1964 à Langa, près de Cape Town, d’une famille de 9 enfants dont elle est la cadette. Sa mère qui s’attendait à mettre au monde un bébé de sexe masculin accepte le choix de la providence et prénomme sa petite fille Brenda, en hommage à la chanteuse américaine de country Brenda Lee. A l’âge de deux ans à peine, la future étoile sud-africaine perd son père. Afin de pourvoir au besoin de ses enfants, la mère, pianiste de profession, chante pour les touristes dans les rues du cap et emmène Brenda avec elle. La petite de quatre ans à peine accompagne sa mère dans les chants et fait fureur à tel point que les dales sur lesquelles elle esquisse ses pas de danse sont tapissées de pièces de monnaie et de billets. Les touristes sont  impressionnés par son talent , elle devient déjà célèbre dans les quartiers de Cape Town. C »est à cet âge qu’elle intègre son premier groupe, les « Tiny Tots ».

A treize ans, consciente de son talent, Brenda envisage de faire carrière dans la chanson. Plusieurs artistes de renom proposent de la lancer, mais la mère Fassie refuse que sa cadette arrête ses études. Agacée, Brenda décide de prendre elle-même son destin en main en quittant le domicile familial à l’insu des siens. Valise en main, elle fait de l’auto-stop pour rejoindre Johannesburg. Furieuse et inquiète, sa mère  lance la police à sa recherche et après plusieurs semaines de cavale, Brenda est retrouvée à Soweto. La police la renvoie manu militari à la maison où l’attend une sévère correction.

C’est à l’âge de 16 ans que sa carrière décolle réellement. Le célèbre producteur Koloi Lebona de Johannesburg a eu vent du talent de Brenda grâce à plusieurs musiciens de Cape Town et souhaite l’entendre de ses oreilles. Koloi n’est pas déçu, il reconnait en la jeune femme une voix et une technique extrêmement mâtures pour son âge. Pour lui il n’y a aucun doute, c’est « la voix du future ». Tout cela n’impressionne en rien la mère de Brenda. Elle a toujours fait comprendre à sa fille que les études passaient avant la musique, et que même si James Brown en personne se présentait elle ne laisserait sa fille partir sous aucun prétexte! Koloi quant à lui refuse de laisser filer ce qu’il considère comme la trouvaille du siècle et promet à la veuve de s’occuper personnellement des études de Brenda. Il lui donne sa parole, la carrière de sa fille ne sera lancée qu’après l’obtention de son diplôme.

La mère Fassie accepte et confie sa fille à Koloi Lebona. Dès ce jour, Brenda s’en va vivre avec la famille Lebona à Soweto où elle sera scolarisée comme promis. Toutefois, le destin en décide autrement, et ce n’est pas pour déplaire à Brenda. L’une des chanteuses du trio « Joy » dont s’occupe Koloi doit prendre son congé de maternité. Brenda se propose spontanément mais Koloi refuse se rappelant de la promesse faite à la mère Fassie. Mais après plusieurs castings, le producteur a du mal à trouver une remplaçante. Il rompt sa promesse et Brenda  rejoint le trio Joy après qu’il ait pris soin de lui faire signer son contrat. Les frères et soeurs de Brenda aideront à dissiper la colère de la veuve, tous persuadés de la réussite de Brenda.

Lorsque le contrat avec le groupe « Joy » prend fin, on lui propose de signer pour son propre groupe, « Brenda and the Big Dudes », où elle enregistrera son premier single et premier succès, « Weekend-Special ». Le morceau sera classé meilleure vente de l’époque. Il connait un succès international et ouvre au groupe la porte vers d’autres horizons avec des tournées aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Australie, dans plusieurs villes d’Europe, en Australie et au Brésil. Brenda obtient son premier disque d’or, et la décennie qui suivra la sortie de « Week-end special » marquera le début de sa carrière solo.

En 1985, Brenda donne naissance à son fils unique, Bongani, dont le père n’est autre que l’un des musiciens de « Brenda and the Big Dudes ». Malheureusement, le couple ne fait pas long feu et se sépare. Mais malgré une carrière bien remplie et florissante, Brenda se comporte en mère attentionnée et très présente pour son fils.

A la fin des années quatre-vingts, Brenda signe avec le producteur Sello Chicco Twala. Leur partenariat qui est l’un des plus fructueux de l’histoire du show-biz sud-africain donnera naissance à l’album « Too Late for Mama », classé disque de platine en 1989. Parmi les titres de l’album se trouve « Black President », un morceau que Brenda écrit en l’honneur de Nelson Mandela. Dans le titre, elle accuse les méfaits de l’apartheid et annonce la fin imminente du système. Beaucoup ont ressenti une sorte de provocation dans l’écriture du morceau, surtout à une époque où peu pensait qu’un Noir deviendrait président. Néanmoins, des années plus tard, Brenda sera considérée comme une visionnaire. La chanson est interdite par le gouvernement sud-africain, ce qui pousse Brenda à dénoncer davantage les injustices de son pays et accroit sa popularité. Brenda réalise pour la première fois qu’elle représente une voix pour son peuple et que les choses peuvent bouger grâce à son talent. Elle se rapproche de plus en plus des populations délaissées des bidonvilles et lutte pour les conditions de la femme des townships. Ses textes sont une fenêtre ouverte sur la vie de ses frères et soeurs des ghettos, une ouverture qui permer aux classes plus élevées  et au monde entier d’enfin découvrir une réalité méconnue.

Brenda devient l’ennemi du gouvernement mais cela ne lui empêche pas de dire haut et fort son appartenance aux mouvements anti-apartheid. Elle réalise qu’elle risque sa vie, mais elle chante et milite en même temps, persuadée d’être porteuse d’une mission pour les siens. Certains ne verront donc aucun hasard qu’à cette même période les médias passent la vie privée de Brenda au crible, surtout quand elle épouse Nhlanhla Mbambo et divorce de ce dernier en 1991 après deux années de mariage à peine, suite à des violences conjugales. L’année 1993 se montre particulièrement rude avec Brenda. La même année, elle apprend le décès de sa mère et doit faire face à la fin de sa collaboration avec Twala. C’est le début d’une spirale infernale pour Brenda qui trouve refuge dans la cocaïne et en devient très vite l’esclave. Bien souvent incapable de se présenter sur scène, plusieurs de ses concerts sont annulés. Certains de ses fans ne le lui pardonnent pas et sa popularité baisse terriblement. Lorsqu’on surprend Brenda inconsciente dans une chambre d’hôtel aux côtés d’une certaine Poppie Sihlahla dont le corps inanimé révèle une mort par overdose, Brenda n’a nulle autre choix que d’accepter de se faire interner dans un centre de désintoxication. Les médias s’en prennent à coeur joie, ils divulguent au monde entier la bisexualité de la chanteuse.

Trois années plus tard, Brenda refait surface, fière d’avoir lutté et réussi à se défaire de la cocaïne. Elle enregistre un duo avec l’artiste congolais Papa Wemba et renoue avec Twala. Sa carrière va refaire un bon en avant avec la sortie de l’album « Memeza » qui signifie « Cri ». Brenda confie avoir les larmes aux yeux en interprétant le succès, car elle se voit dans cette spirale ou seule, elle crie si fort mais personne ne l’entend. Le plus gros succès après son come back reste incontestablement « Vulindlela » (https://www.youtube.com/watch?v=1RvfDkzUOos) qui lui fera remporter l’award de la meilleure vente aux SAMAS, South African Music Awards (les awards sud-africains) et grâce à quoi elle est sacrée meilleur arstiste féminin pour la 4e édition des Kora Music Awards. Durant la cérémonie, Brenda fait un véritable triomphe! On se souviendra notamment d’elle offrant une banane à Nelson Mandela pendant son show et faisant danser de joie Madiba. C’est cette soirée qui la révèlera en Afrique. « Vulindlela » sera également choisie comme l’hymne national de la campagne éléctorale de l’ANC et Brenda elle-même sera invitée à l’interpréter à la cérémonie de l’inauguration de la présidence de Thabo Mbeki.

Ses fans se comptent désormais par millions de par le monde, on la surnomme affectueusement « Ma-Brrr » et le Timemagazine de décembre 2001 lui donne le titre de la « Madonne des Townships », car dans la plupart de ses morceaux elle dépeint la vie quotidienne des ghettos plutôt que celle des quartiers riches où elle réside. Elle n’hésite pas à rendre visite aux quartiers des déshérités et à montrer son soutien à cette population souvent oubliée. Ce qui étonne dans ses oeuvres, c’est ce côté « ghetto » qui revient sans cesse et qui semble même convenir  aux classes plus élevées. Brenda Fassie devient la conciliatrice, l’intermédiaire entre les différentes classes de la société sud-africaine, et c’est ainsi qu’elle parvient à se réapproprier son public.

Face aux attaques des médias, Brenda n’a qu’une seule arme: elle-même! Le sourire narquois, les sourcils froncés, elle aime dire à la presse et à ses ennemis:

« Plus vous me critiquez, plus vous me rendez forte. Mon secret c’est la confiance que j’ai en moi-même! J’aime choquer! Je suis née pour choquer et j’aime créer la controverse autour de moi, c’est ma marque de fabrique ».

En effet,  elle est ce qu’elle est et ne changera pour rien au monde. Elle admet avoir des faiblesses, des fantomes contre qui elle se bat mais déclare haut et fort:

« Il faut m’accepter comme je suis. Je ne suis pas parfaite, mais la seule chose que je sais c’est qu’une héroïne vit en moi. Voyez le succès que Dieu me donne, qui sait, demain je deviendrai votre nouvelle papesse, tout est possible dans ce bas monde!…« .

Brenda reconnait qu’elle doit tout à ses fans, mais au-delà de son talent et de tout ce qu’elle pouvait leur offrir, elle ne pouvait pas toujours leur plaire. Lors d’une interview qu’elle donne dans sa chambre (comme elle aime à le faire), allongée sur son lit, cigarette et verre d’alcool à la main elle parle à ses fans:

« Je vous aime, c’est vous m’avez faite. Mais ne m’en demandez pas trop, ne me demandez pas de vivre selon vos exigences. Laissez-moi vivre ma vie, on ne vit qu’une fois… ».

Brenda Fassie ne rompt pas totalement avec la cocaïne, elle y replonge petit à petit et en réalité autant qu’auparavant. Elle reconnait sa lente descente aux enfers et parle de plus en plus de la mort, comme si son destin l’y emmenait sans qu’elle puisse se débattre. Elle dira:

« Vous savez, je n’ai pas de rêve. Je ne suis pas devenue ce que je suis aujourd’hui en rêvant mais en le désirant ardemment! Je ne rêve jamais, je désire les choses et me bats pour les obtenir. Et quand bien même je les obtiens, j’en demande encore plus. J’aime ce que je suis devenue, mais je ne suis pas satisfaite de ce que je suis.(…)Je vis les choses à l’instant présent, je ne pense pas à demain car je ne sais pas de quoi sera fait demain.(…) Je sens mon corps s’affaiblir de jour en jour et je me demande de plus en plus à quoi ressemble la mort.« 

Le 26 avril 2004, Brenda se plaint difficultés respiratoires, comme c’est le cas depuis quelques années. Ce jour là, c’est son frère Temba qui lui tient compagnie. Soudainement, alors que ce dernier à le regard tourné ailleurs, il est interpellé par des bruits que Brenda réussit à faire pour attirer son attention. Elle lui fait comprendre qu’elle ne peut plus respirer. Temba emmène sa soeur prendre l’air à l’extérieur, mais rien ne s’arrange, elle perd connaissance. Il appelle les secours et Brenda est transportée d’urgence dans un hopital de Johannesburg, elle vient de faire un arrêt cardiaque. Les médecins parviennent à la réanimer mais elle glisse tout doucement dans un coma qui durera plusieurs jours. La presse annonce sa mort de façon prématurée laissant les fans de la Reine des vocalistes dans la panique. Le président Mbeki en est furieux et ordonne à la presse de cesser immédiatement de diffuser des nouvelles sans en avoir la confirmation.La rumeur sur la mort de la diva est rapidement démentie et pendant deux semaines, le pays entier la soutien dans des prières de toutes sortes. Elle reçoit les visites de grandes personnalités telles que Nelson Mandela qu’elle affectionnait et pour qui elle avait écrit « Black President », ou Thabo Mbeki qui vient prier aux chevets de celle qui l’avait tant soutenu durant sa campagne électorale.

Le 9 Mai 2004, le temps était arrivé pour la Madonne des bidonvilles d’aller rejoindre ses ancêtres qui, selon elle, veillaient sur elle nuit et jour. Elle allait rejoindre ce Dieu dont elle disait:

« Il est toujours avec moi. Je ne vais jamais dans sa maison mais lui vient toujours vers moi… »

D’après les médecins, la mort de « Ma Brrr » serait causée par de l’ asthme mal soigné. Plus tard, la presse s’empressera de démentir la cause en parlant d’overdose de cocaïne et même de sida. Mais un scoup bien plus malheureux surprendra les fans de Brenda Fassie: la dose de cocaïne qu’aurait prise la diva sud-africaine aurait été mélangée à de la mort au rat!

Les funérailles officielles de Brenda Fassie eurent lieu le 23 mai à Langa, sa ville natale. On y reconnaissait les plus grandes personnalités sud-africaines, même ceux qui la combattaient alors qu’elle dénonçait l’injustice qui régnait dans son pays. Sa famille demanda à ses nombreux fans venus par milliers de ne pas pleurer son départ mais de se réjouir dans les chants et les danses, pendant que les funérailles se déroulaient dans l’intimité. C’était impressionnant, une foule  immense riait aux éclats et dansait de joie sur les succès de Brenda.

Ernest Adjovi, président et producteur exécutif des Kora dira de Brenda:

« Brenda était une folle, une provocatrice. Elle avait une personnalité très controversée. C’était une anti-conformiste : aujourd’hui mariée, demain divorcée. Tantôt avec un compagnon, tantôt avec une compagne. Elle savait donner à la presse de la matière à vendre du papier mais c’était une dame au grand coeur et d’une grande sensibilité.Sur scène Brenda était une vraie professionnelle. C’était une bête de scène qui savait tenir en haleine son public. Pour les promoteurs c’était l’artiste qu’il fallait avoir à tout prix. Mais une fois qu’on l’avait, on ne savait pas si elle viendrait jouer. Quand elle était là, on ne savait pas si elle monterait sur scène. Elle était imprévisible. Il fallait beaucoup de patience, mais aussi de la fermeté pour ne pas lui passer tous ses caprices. »

Que penser de « Ma Brrr », d’une femme noire née dans un pays de Noirs où les Noirs sont détestés? Que dire d’une femme qui très tôt a su comprendre qu’une héroïne vivait en elle et que sa mission sur terre était de parler pour son peuple, de faire danser son peuple et lui faire oublier la dureté de la vie? Lorsqu’on prend conscience à un si bas âge que l’on est existe pour donner, donner et encore donner, on en oublie parfois de vivre pour soi-même. Elle s’en est allée après nous avoir donné une vraie leçon de vie: le don de soi. Et surtout elle nous a appris à ne pas rêver ni vivre dans les rêves, mais à désirer ardemment les choses jusqu’à voir leur accomplissement. C’est ça, être visionnaire!

A notre tour, nous souhaitons qu’elle sache que ses faiblesses et ses erreurs de parcours pèsent tellement peu sur la balance de notre coeur. Pour nous, Brenda Fassie restera à jamais la Madonne des oubliés, la voix de ceux que l’on n’entend pas, une Reine et Héroïne d’Afrique.

Natou Pedro Sakombi

 

Bella Bellow – La blueswoman d’Afrique

téléchargementBella Bellow, qui donc se cachait derrière ce nom de scène aussi mélodieux?

Mais qui est donc cette artiste-chanteuse dont l’effigie orne magnifiquement bien les timbres du Togo à certaines périodes? Peut être l’avez-vous déjà entendu chanter, et certainement avez-vous été charmé par son talent. Ou alors vous ne la connaissez simplement pas. Bella Bellow est la pionnière de la chanson togolaise moderne, une artiste africaine inoubliable qui nous a quitté dans la fleur de l’âge, une Reine et une Héroïne d’Afrique…Voici son histoire.

Georgette Nafiatou Adjoavi alias Bella Bellow est née le 1er janvier 1945 à Tsévié, une ville à 35 km de Lomé (Togo).

Son enfance, elle le passe à Agoué-Nyivé dans la préfecture du Golfe. Ayant terminé ses études primaires et secondaires avec brio, Georgette décide poursuivre des études de secrétariat à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où elle apprend le solfège à l’École des Beaux-Arts. En 1963, la Belle offre pour la première fois au public l’occasion de l’écouter chanter, lors d’une fête scolaire. Sa beauté, sa voix suave et le charisme qu’elle dégage sur scène faisant grande  impression, on ne cessera plus de l’inviter aux fêtes populaires et aux récitals scolaires. L’un de ses professeurs aux Beaux-Arts qui voit en elle une carrière plus que prometteuse, la présente au grand Gérard Akueson, producteur qui perce dans les milieux du show-biz.

téléchargement (2)Akueson devient son impressario, on lui donne son nom de scène, Bella Bellow, et on lui déniche de bonnes prestations. Ainsi, en 1965, Bella Bellow est sollicitée par le Président Hubert Maga du Bénin pour chanter à l’occasion de la fête de l’Indépendance de l’ex-Dahomey. En 1966, elle participe au tout premier Festival mondial des Arts Nègres à Dakar au Sénégal. Le public est parfaitement et simplement tétanisé en écoutant la voix chaude et veloutée de la jeune togolaise. Il émane d’elle ce que personne ne parvient à décrire, même si les avis sont unanimes sur un fait, hommes et femmes veulent  contempler et écouter Bella Bellow chanter à n’en plus finir. On parle de douceur, de candeur, de frissons, de mélancolie mêlée à de la joie et et de beaucoup d’autres caractéristiques pour décrire la présence de Bella Bellow sur scène. On la sait fan de l’artiste sud-africaine Miriam Makeba, de qui elle s’inspire notamment en reprenant les folklores togolais et en leur apportant une rythmique plus moderne, mais on ne dénote en elle aucun soucis d’ imitation de Mama Afrika; Bella Bellow reste elle-même, c’est à dire une artiste unique en son genre.

 

Au départ du Festival mondial des Arts Nègres, la bella et charmante Bellow voit les portent de la scène internationale s’ouvrir davantage à elle. L’Afrique entière la réclame, de Cotonou, Dakar, Bamako, en passant par Libreville, Douala, Brazzaville ou Kinshasa, l’artiste fait salle comble. Ses prestations débutent toujours en face d’un public émerveillé, en pleine hystérie ensuite et saluant la note finale de Bella par un standing ovation.

Gérar Akuesson, son producteur et premier éditeur phonographe africain en France, l’emmène à Paris.

Bella Bellow y voit le rêve de tous les artistes de son époque s’accomplir pour elle en montant sur la scène de l’Olympia.

Après cette prestation remarquable, le destin fantastique de notre diva la conduira sur d’autres podiums internationaux. Ainsi, elle est invitée au Festival de la chanson populaire de Rio de Janeiro au Brésil, où elle se produit au mythique Stade de Maracana devant plus de 100 000 spectateurs qu’elle enivre par sa voix mielleuse.

On la surnomme rapidement la « Blueswoman d’Afrique« , et c’est désormais toute l’Europe qui lui ouvre ses portes.

Elle est invitée à Athènes en Grèce, à Split en ex-Yougoslavie, à Rennes en France ou à Berlin, en Allemagne. Le public des Antilles aussi veut l’entendre, elle preste en Guyane et en Guadeloupe.

bella bellowBella Bellow enregistrera son premier disque à Paris, Rockya, qui fera parti de la compilation d’un album intitulé « Trente ans de musique africaine ». Mais lorsqu’elle décide de vivre à Paris, la blueswoman se sépare de Gérard Akueson.

On attribue à l’artiste et à son producteur une liaison amoureuse qui serait à l’origine de leur séparation. L’amour et les affaires ont ils eu raison du couple? On ne le saura jamais. Toutefois, les mauvaises langue insinuent qu’Akueson aurait gardé une dent contre Bellow. Il a fait d’elle une grande étoile internationale et sa réussite après lui entraine toute une série de ressentiments. Et pour cause, Bella fait fureur en créant son propre groupe musical « Gabada », du nom d’un rythme musical du terroir togolais.

Le point fort de Bella Bellow est de transmettre des émotions en tout genre. Elle touche par exemple ses auditeurs avec Blewu, une prière dans la douleur et véritable negro spiritual. Avec Lafoulou, elle fait rêver les foules sous un rythme de bossa nova. Les hommes aiment particulièrement l’entendre interpréter Nye Dzi, un chant dans lequel Bella rassure son amour : « Je ne te tromperai jamais ! Où tu iras, j’irai. Où tu seras enterré, je mourrai. Même la mort ne saura nous séparer ». Et il y a sa chanson fétiche, « Dényigban », une ode à la mère patrie, le Togo.

Mais Bella Bellow n’a pas qu’une vocation artistique, elle veut être femme au foyer et mère. Elle épouse le magistrat togolais Théophile Jamier-Lévy et donne naissance à sa fille unique,  Nadia Elsa.

Sa nouvelle vie de famille lui coûtera quelques temps d’absence sur scène, mais son public ne lui en tiendra pas rigueur, elle méritait tant d’être heureuse!

En 1973, la diva prépare son retour avec le roi de la soul Makossa, le Camerounais Manu Dibango, qui lui propose une tournée internationale et cette fois, jusqu’aux Etats-Unis. Cette tournée n’aura malheureusement jamais lieu.

Nous sommes le 10 décembre 1973. Bella Bellow se trouve à bord d’une Ford Capri conduite par son chauffeur. Elle revient de sa ville natale, et se dirige vers Lomé, et c’est là que la malheur la arrive! Un accident plus qu’absurde les surprend son chauffeur et elle, vers Lilikopé, dans la préfecture de Zio. Jusqu’à ce jour, on ne parvient à expliquer de quelle façon le véhicule s’est retrouvé quatre pneus en l’air! Projetée au dehors, Bella se cogne la tête contre le bitume. Elle meurt sur le coup, victime d’une hémorragie cérébrale. Elle n’a que 27 ans.

bella bellow2Plusieurs bruits circulent autour de la mort tragique et imprévue de l’artiste. Certains y voient un assassinat réussi grâce au sabotage du véhicule de la diva. D’autres vont jusqu’à mettre en cause Akweson, l’ex-producteur et amant de Bella Bellow, qui aurait souhaité l’éliminer avant sa tournée aux USA. Certaines rumeurs ont évoqué une rivale éprise de jalousie et qui aurait payé le personnel domestique de la chanteuse pour saboter la voiture; bref, on peut compter par centaines les avis et les différentes versions sur les circonstances de la mort de Bella Bellow. Si elles pouvaient au moins la ramener…Hélas, la diva repose encore à ce jour sur sa terre natale, et elle s’est tu à jamais.

Le Togo est toujours à la recherche d’une artiste digne du talent de Bella Bellow. Qui sait, on ne la trouvera sans doute jamais. Plus qu’une simple artiste de la chanson, Bella Bellow faisait la fierté de son pays. Elle n’est et ne sera jamais oubliée. Une salle de spectacle dénommée « Salle Bella Bellow » en est certainement le témoignage le plus marquant.

C’était le récit de la vie de la blueswoman d’Afrique, Bella Bellow, une Reine et Héroïne d’Afrique.

Natou Pedro Sakombi

 

Muilu Marie, Héroïne de la foi Kimbanguiste

muilu

L’épouse du grand SIMON KIMBANGU participa véritablement à établir les fondations de l’église africaine la plus imposante et la plus organisée de l’histoire. Et on peut sans conteste affirmer qu’elle marqua le début du « kimbanguisme » et qu’elle en est le pilier. Invincible et téméraire, MAMAN MUILU ne fléchit jamais face aux intimidations et aux menaces des autorités coloniales mais suivit scrupuleusement les recommandations de son époux afin de poursuivre son oeuvre. Et si Simon Kimbangu est aujourd’hui reconnu comme l’un des plus grands prophètes d’Afrique, beaucoup ignorent encore l’impact extraordinaire qu’eut son épouse sur les événements qui suivirent son incarcération et son assassinat.

Muilu Marie Kiawanga Nzitani, fille de papa Mfuka du village de Nkamba et de mama Tuba du village de du village de Kingombe est née le 7 mai 1880 à Nkamba. Elle fut mariée pour la première fois à Ndompetelo Mpata Mia Mbongo, cousin de Simon Kimbangu, qui plus tard deviendra son époux. Ils vécurent ensemble durant plusieurs années et de leur union naquit une fille, Nkitudia Nelly.

Plus tard, lorsqu’il sentit sa mort proche, Ndompetelo fit appeler son cousin Simon et lui fit cette recommandation :

« Simon, je suis ton cousin. Je sens la mort approcher à grand pas, et lorsque je quitterai la terre des hommes, je souhaiterais que tu prennes comme épouse Marie Muilu. C’est moi-même ton cousin qui en a décidé ainsi, car je ne veux pas que Marie et ma fille soient désorientées. Voilà pourquoi en ce jour je te la confie, épouse-la ! ».

Après la disparition de Ndompetelo, les anciens du village se réunirent pour étudier les dernières volontés du défunt et voir comment les appliquer. Toutes les modalités furent arrêtées et une dot fut payée pour le deuxième mariage de Muilu. Ainsi, elle devint l’épouse de Simon Kimbangu et sa fille, Nelly Nkitudia, en devint la fille adoptive. Simon Kimbangu qui avait au départ songé à épouser une certaine Mademoiselle Mbangi, préféra plutôt accomplir les dernières volontés de son cousin en épousant coutumièrement Marie Muilu.  Et le 4 juillet 1915, juste après leur baptême, le couple se maria religieusement. La cérémonie du baptême se déroula à Ngombe-Lutete et le mariage religieux fut célébré au village de Masangi par le diacre Kusandanga de la Baptist Missonary Society de Ngombe- Lutete.

muilu-marie-3Vers 1918, Kimbangu se mit à monologuer régulièrement dans son sommeil. Et un jour, Muilu interrogea son époux sur ce fait pour le moins étrange: «Pourquoi donc parles-tu dans ton sommeil ? ». Ce dernier lui répondit que Jésus-Christ était en train de lui confier une très grande mission. A ces mots, Muilu ne put que l’encourager et lui faire la promesse de le soutenir quoi qu’il advienne. Ainsi, le 5 avril 1921 exactement, Kimbangu demanda à son épouse de faire retentir la cloche qui annoncerait le rassemblement des fidèles pour le premier culte matinal. Le 6 avril 1921 à 6h du matin, Muilu fit effet sonner la cloche,  et ce fut la coutume avant chaque culte.

Le 12 septembre 1921, un évènement viendra bousculer à jamais la vie du couple et le devenir de la congrégation : Kimbangu est arrêté par l’autorité coloniale belge, ce qui marque le début d’une période de péripéties pour Muilui et ses enfants, Kisolokele Charles Daniel, Dialungana Salomon et Diangienda Kuntima Joseph. Le 15 septembre 1921, ils sont tous arrêtés puis séparés les uns des autres. L’aîné, Kisolokele, est envoyé à Boma alors que Muilu et les deux autres enfants, Dialungana et  Diangienda, sont assignés à Ngombe Kinsuka à N’Kamba.

Le 3 octobre, le jugement rendu à l’encontre de Simon Kimbangu le condamne à mort. Mais avant son incarcération, il demande à voir sa femme et ses enfants. Sa requête est acceptée et la rencontre a lieu le 10 octobre 1921. C’est ce jour-là précisément qu’ il confiera à son épouse la mission de préserver l’église et de veiller sur les fidèles. Muilu Marie deviendra de ce fait la responsable officielle de l’église que nous connaîtrons plus tard comme l’Eglise kimbanguiste.

Durant sa mission, Muilu fit preuve d’un courage exemplaire, car en dépit de l’interdiction formelle de se rassembler en des lieux de prières, elle organisait clandestinement des rencontres à Ngombe Kinsuka depuis l’arrestation de Simon Kimbangu jusqu’à sa mort, à savoir entre  1921 et 1959.

muilu-marie-2On rapporte au sujet de Muilu Marie qu’elle était une femme remarquable, dotée d’un amour vrai et toujours prête à aider son prochain. Elle possédait un sens inné de l’hospitalité, bien qu’il manquait souvent à elle et à ses enfants de quoi se vêtir et se mettre sous la dent. Aussi, les mauvais traitements que les missionnaires belges lui infligeaient ne la décourageaient pas, bien au contraire, on la disait très forte moralement et spirituellement, sa foi lui permettant de surmonter chaque épreuve.

Le 12 avril 1959, Muilu octroie des cartes de catéchistes aux premiers responsables de l’Eglise Kimbanguiste dans le but de poursuivre l’œuvre laissée par son époux. Le même jour, elle délégua la direction de l’église à son fils Diangienda. Et quinze jours plus tard, le 27 avril 1959 exactement, Muilu rendit son dernier souffle et se fit enterrer après deux jours à Ngombe Kinsunka, soit le 29 avril 1959. Elle aurait déclaré avant sa mort : « Si je ne pars pas, cette situation ne changera guère ! La parole de Dieu doit s’accomplir ! » Et en effet, c’est après son décès que l’Église kimbanguiste fut reconnue officiellement par l’État colonial belge. C’était le 24 décembre 1959.

Si plusieurs personnages illustres de l’Histoire eurent à leur côté des femmes exceptionnelles,  il faut reconnaître que l’histoire tend à oublier l’impact et le rôle décisif qu’avait joué Muilui Marie, épouse de Simon Kimbangu, pendant sa mission, durant son incarcération et après sa disparition. En effet, derrière le prophète africain et le père-fondateur de l’Eglise kimbanguiste, se cachait en réalité une femme de haute estime, Muilu Marie,  dont le courage et la persévérance furent la pierre angulaire de l’Eglise kimbanguiste.

YENNENGA-Mère fondatrice du peuple Mossi

« La liberté est un choix »

Nos choix de vie peuvent parfois influencer celles des autres, voire le destin de tout un peuple. Pour illustrer cette réalité, rien de tel que le récit de la Princesse Yennenga, mère fondatrice du peuple « Mossi »,  l’un des plus importants du Burkina Faso. En effet, l’histoire nous raconte que cette jeune femme serait à l’origine même de la création du Royaume Moogo, voilà pourquoi elle demeure à jamais une femme hors du commun, vénérée jusqu’à ce jour par les Burkinabés.

Les historiens situent la naissance de la Princesse Yennenga  au XIème ou le XVème siècle, dans la ville de Gambaga, dans le Ghana actuel. Le père de Yennenga, le Roi Nedega qui dirige le peuple Dagomba et Mamproussi, éprouvait beaucoup de fierté à l’égard de sa fille, fondant pour sa douceur et admirant son caractère bien trempé. Enfant choyé par son père, la Princesse a une terrible passion pour les animaux. Elle passe la majeure partie de son temps à recueillir ceux qui sont malades et mourants pour tenter de les soigner. Elle concocte pour eux des remèdes traditionnels dont elle tient les recettes de sa grand-mère. Yennenga n’a aucune peur des animaux, pas même des serpents les plus dangereux. Elle a pourtant une préférence pour le cheval qui, selon elle, est le meilleur ami de l’homme. Elle aime à observer avec émerveillement cet animal qui souvent s’en va galoper des heures durant dans la brousse et jamais ne manque de revenir auprès des humains. Il y a cependant une ombre au tableau: dans la tradition de son peuple, le cheval est réservé aux hommes. Mais pour Yennenga qui, rappelons-le, possède un tempérament de feu, il est bien entendu hors de question de se plier à cette interdiction.

Son père qui ne lui refuse rien, lui accorde de longues balades aux dos des chevaux de son choix. Les gens de la cour en sont offusqués, mais que dire, elle est la fille du roi! Yennenga est est une amazone extraordinaire : meilleure cavalière que ses frères et les guerriers, elle manie les armes à la perfection et devient rapidement chef de guerre de l’armée de son père.

Détrompez-vous tout de même, Yennenga n’est pas un garçon manqué. Il suffit de la regarder et vous tomberez sans aucun doute sous le charme de sa grâce. Son prénom qui signifie « la Mince », n’a pas été choisi au hasard, et elle le porte plus que bien. Elancée, un joli visage aux traits harmonieux, une peau couleur ébène et une démarche féline, Yennenga est ce joyau que son père aime exposer lors de grandes fêtes royales. D’ailleurs les plus grandes familles rêveraient de marier « la Mince » à l’un de leur fils. Les prétendants se succèdent, mais à chaque demande de mariage, son père oppose un veto catégorique. Aucun d’entre eux n’est assez bien pour sa fille. Et même si d’habitude ‘il ne lui refuse jamais rien, un mariage n’est pas à prendre à la légère, il lui faut le meilleur des gendres, sinon sa fille ne se mariera pas.

Mais voilà, Yennenga souhaite se marier et tous ces refus commencent sérieusement à l’agacer. Surtout quand ils sont essuyés par les jeunes hommes qui dont elle rêve secrètement de devenir l’épouse. Pour finir, l’on décide que la jeune fille est si précieuse à son peuple et à son père qu’il ne faut pas la marier. Yennenga bouleversée par cette décision et ne parvenant pas à instaurer le dialogue avec son père, décide de semer un champ de gombo. Les gombos mûrissent et Yennenga les laisse dépérir sans les cueillir. Son père, étonné lui demande la raison de cette négligence. Elle lui répond:

Mon père, vous me laissez dépérir comme dépérit ce champ de gombo.

Ce dernier, furieux, n’accepte pas de recevoir de leçon de moral qui que ce soit, et encore moins de sa fille! Il l’enferme pour la punir! Mais la nuit tombée, la nature rebelle de la jeune femme l’incite à quitter sa prison dorée et à monter silencieusement sur l’un des chevaux de son paternel. Yennenga la cavalière téméraire s’enfuit dans la brousse et commence un long voyage vers l’inconnu. Son cheval blanc qui contraste tellement bien avec son teint ébène devient son compagnon fidèle tout au long de cette fuite et de cette recherche de liberté.

Après plusieurs heures de galop, Yennenga arrive dans la région des Boussanés.  Elle décide de quitter sa monture pour se reposer lorsqu’elle découvre une case bien accueillante sur son chemin. Tout la pousse à s’y approcher et à demander au propriétaire un peu d’hospitalité pour la nuit. Et à son grand étonnement, c’est un beau jeune homme qui en sort, il s’appelle Rialé. Ce dernier accepte de lui offrir son aide, pensant d’abord avoir affaire à un jeune homme comme lui, et pour cause, il n’avait jamais vu de femme à cheval auparavant. Mais au réveil, c’est la surprise: son invité pour la nuit est une jeune femme! Curieux, Rialé échange avec cette demoiselle peu ordinaire qu’est Yennenga et ils apprennent à se connaitre. Rialé est lui-même de descendance princière, lui aussi a quitté sa famille pour fuir aux exigences royales; ils ont tellement de points commun qu’ils ne se quitteront plus.

Plus tard, Yennenga et Rialé ont un fils qu’ils nomment Ouedraogo, ce qui signifie « cheval mâle », en l’honneur du coursier blanc grâce à qui ils se sont rencontré. Quand son fils devient un jeune homme, Yennenga, nostalgique de son enfance à Gambaga, ressent le besoin de présenter son fils à sa famille. Elle décide de l’envoyer rencontrer les siens, et avant son départ elle lui dit:

« Tu trouveras un vieil homme dans ce village. Il m’aimait beaucoup et je me suis enfuie loin de lui. Tu lui donneras de mes nouvelles, et tu me diras en retour s’il m’a pardonné et s’il t’a bien accueilli ».

Lorsque le Roi Nedega rencontre Ouedraogo son petit fils, il est pris d’une émotion intense. Il reconnait en lui le visage de sa fille qu’il n’a plus jamais revue.Il dit à son petit fils: « Tu m’apportes une bien grande consolation à la fin de ma vie, et tu en remercieras ta mère » . Le vieil homme est  tellement heureux qu’il organise en l’honneur de son petit fils des festivités qui durent plusieurs jours.

Pour l’accompagner sur son chemin de retour, Nedega ordonne à une escorte de guerriers Dagomba d’accompagner Ouedraogo. Il n’oublie de lui couvrir de présents et d’en rapporter à ses parents. Ces guerriers finiront par s’installer dans la région des Boussanés et c’est cette rencontre entre les Dagomba et les Boussanés qui donnera naissance au peuple Mossi.

Le terme Mossi vient de la célèbre phrase de Rialé:

« Je suis venu seul dans ce pays, maintenant j’ai une femme et j’aurai beaucoup d’hommes ».

En bambara, « beaucoup d’hommes »se traduit par « Morho-si » ou « Mogo-si » , « Moro » signifiant « homme » et « Si » « beaucoup ». Le village fut donc appelé Morosi  qui par déformation devient Mossi.

Après la mort de Yennenga, mère fondatrice du royaume des Mossi, sa tombe deviendra un lieu de pélérinage et un monument très vénéré. Le peuple Mossi n’oubliera pas que sans leur reine-mère et sans sa soif de liberté, ils n’auraient pu exister.

Natou Pedro-Sakombi

Image: YENNENGA L’ÉPOPÉE DES MOSSÉ
par Roukiata Ouedraogo

Ngalifourou – Souveraine intemporelle du Royaume Teke

Toute personne familière à  l’histoire du Moyen Congo vous parlera sans hésitation de Sa Majesté la Reine Ngalifourou. Et pour cause, il s’agit de l’une des personnalités les plus charismatiques de l’histoire du pays, la personnification même de la puissance du Royaume des Teke. Toutefois, aussi exceptionnelle que fut la Reine des Teke, certains risquent de trouver en elle une excentricité hors norme. Malheureusement pour ces derniers, ces quelques lignes ne suffiront pas à justifier le caractère curieux du personnage, et d’ailleurs, là n’est pas le but de ce récit. Née en 1864 à Ngabé, cette femme extraordinaire a fait brillé le Royaumedes Teke de mille feux pendant plus d’un demi-siècle. Son nom signifie « la maîtresse du feu ». Fille de Bokapa, elle épousera le Makoko Ngayouo (« makoko » était le titre pour désigner le roi), comme seconde épouse à l’âge de 15 ans.

En 1879, on la nomme « gardienne du Nkwe Bali », ce qui fait d’elle l’épouse en chef. Elle régna en véritable exemple de dignité, de force et d’intégrité. Et à la mort de son époux, Ngalifourou sera choisie pour monter sur le trône à cause de la grande sagesse dont elle faisait preuve. Comme le veut la tradition, elle épousera les différents rois qui se succèderont à Mbé, la capitale du royaume, mais son attachement sera plus porté sur son second mari l’Onkoo Ngaywo, à tel point que lorsque ce dernier mourut, elle décida d’habiter près de sa tombe à Ngabé. On retient également de Ngalifourou l’énorme pouvoir et l’influence qu’elle avait sur les rois. Elle exerçait les deux fonctions de reine et de gardienne suprême de l’armée de Nkwe Mbali. Afin de mieux cerner le pouvoir qui avait été attribué à la Souveraine des Teke, il est essentiel de rappeler le système de couronnement chez les Teke où nul ne devenait roi par sa propre volonté.

Le couronnement chez les Teke

Le choix d’un nouveau souverain se faisait selon des règles strictes, en suivant un rituel spécifique et hautement hermétique.

Le candidat devait venir des six branches les plus importantes de la lignée royale. Et ces six familles royales étaient représentées par un total de vingt dignitaires. Ensemble, ils formaient un collège électoral appelé « Ikil-Mpuh » qui se réunissait à Mbé afin d’examiner les différents candidats. La sagesse était la qualité la plus recherchée chez chacun d’entre eux. Cependant, lorsque le makoko avait été sélectionné, seule l’autorité suprême, le « ngantsibi », pouvait lui donner sa bénédiction. En quelque sorte, même si cette procédure exigeait la participation de plus d’un, la décision finale revenait à une seule personne.

Ce système ressemble étrangement et terriblement à celui des Etats-Unis où l’élection d’un nouveau président doit être ratifiée par la Cour Suprême. Cette dernière décision revenait donc à la Reine Ngalifourou. Elle avait le pouvoir de consacrer le nouveau souverain lors d’une cérémonie secrète. Encore une fois, nous pouvons relever une similitude avec les cérémonies d’investiture des monarchies européennes qui se terminent par un transfert de couronne.

Il est toutefois utile de rappeler que la cérémonie des couronnements chez les Teke revêtait un caractère spirituel et mystique, car le makoko recevait donc son énergie spirituelle de la Reine. Le peuple Teke demeure le groupe ethnique du Congo qui, aujourd’hui, perpétue encore les anciennes traditions. La reine et le makoko sont toujours considérés avec autant d’estime, et ensemble, ils forment le lien entre le monde visible et invisible, la force divine et vitale qui fait vivre Nkwe Mbali.

Ngalifourou et la colonie française

Pour revenir au rôle qu’a joué la souveraine des Téké dans l’histoire, il est essentiel de rappeler le respect et l’importance qu’elle avait su tirer aux yeux des colons français. Beaucoup n’apprécient d’ailleurs pas cette attitude coopérative et collaborative qu’elle avait entretenue avec ces derniers.

Il faut cependant comprendre la curiosité des français face à cette souveraine hors du commun : trente ans après la mort de Pierre Savorgnan de Brazza (explorateur français d’origine italienne qui a ouvert la voie de la colonisation française en Afrique centrale et de qui la ville de Brazzaville tient son origine), les femmes françaises occupaient encore des places de femmes au foyer. Elles n’avaient ni le droit de voter ni le droit de participer à aux activités politiques et administratives.

Alors que la plus grande préoccupation de l’administration coloniale était de « civiliser » la société africaine, la position qu’occupait Ngalifourou était une rare exception.

Aux yeux de la civilisation africaine, l’entreprise européenne n’avait aucun caractère progressiste, bien au contraire, les changements que les colons étaient venu apporter mettaient des barrières à son évolution. La Souveraine des Teke avait sans doute voulu trouver le moyen de préserver certains droits à son peuple en les négociant en échange de certains privilèges.

Image originale de la Reine Ngalifourou aux côtés de Marthe de Brazza, fille de l’explorateur P. S. de Brazza, le jour où la Reine des Teke est décorée par le Général de Gaulle.

Ainsi, l’importance et la place que les Teke avait concédé à la Reine Ngalifourou lui permettaient de traiter directement avec les autorités coloniales les plus importantes.

La souveraine rencontrera par exemple le Général de Gaulle à plusieurs occasions. Et c’est notamment grâce à Ngalifourou que les Français parviendront à vaincre les troupes nazies dans les déserts africains, victoire qui conduira à la libération de Paris en aout 1944, car c’est la Reine, suite à une discussion avec de Gaulle lui-même, qui enverra les soldats Teke pour venir en aide aux soldats français.

Suite au rôle que la Souveraine aura joué dans cette bataille entre les Français et les Nazis, La France lui reconnaît des mérites éminents en lui conférant des décorations militaires, civiles et coloniales : la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur, les décorations du Bénin et l’Etoile d’Anjouan.

Elle fut également détentrice d’une épée qu’on avait appelé « l’épée De Brazza » que l’explorateur lui avait confié en 1923.

Ngalifourou mourut le 8 juin 1956, et fut enterrée une année plus tard dans un tel faste qu’on en parle encore. Si beaucoup n’ont pas toujours compris sa relation avec les occupants, on retiendra d’elle cette prestance et ce courage des femmes noires qui ont su marquer leur époque.

C’était l’histoire de Ngalifourou, souveraine du Royaume des Teke, une Reine et une Héroïne d’Afrique.

Natou Seba Pedro-Sakombi

Nandi de Zululand-Femme de haute estime

Nous sommes au 18 ème siècle, dans  cette partie de l’Afrique nommée « Zululand », située dans l’Afrique du Sud actuelle. Tout commence lorsque le prince des Zulus, Senzangakona, rencontre Nandi Bhebhe,  fille du défunt chef de la tribu des Elengani. Ce n’est pas sans insistance que le chef tentera de séduire la jeune orpheline le jour de leur rencontre. La jeune femme est connue pour avoir une extrême estime d’elle-même, et pour cause, Nandi est de loin l’une des plus jolies jeunes femmes de la région. Elancée, à la démarche féline et au port de tête majestueux, ses formes généreuses et si bien proportionnées ne laissent aucun jeune homme indifférent à son passage.

C’est donc un défi de taille que Senzangakona, prince des Zulus se décide de relever quand il rencontre enfin celle dont tout le monde parle. La jeune femme qui vient puiser de l’eau dans la rivière feint ne pas avoir aperçu ni même entendu ce chef à l’allure guerrière, à la stature impressionnante et au visage à faire fondre n’importe quelle femme de la région. Après qu’il ait à maintes reprises prononcé son prénom, Nandi daigne enfin relever la tête et jeter vers ce chef audacieux un regard interrogateur. Elle sait qui il est, mais elle se doit de lui obliger à se présenter comme tout inconnu qui oserait, pour une raison ou une autre, troubler ses occupations journalières.

Senzangakona se présente comme étant le prince des Zulus et lui fait comprendre son attirance. Mais Nandi lui fait comprendre à son tour qu’elle n’est nullement impressionnée par son rang et qu’elle n’a pas de temps à accorder à un plaisir éphémère. Le prince lui promet alors une relation des plus sérieuses et qui aboutirait à une union conjugale. Pour cette raison uniquement, Nandi accepte de se laisse aller.

Pourtant, lorsque Nandi tombe enceinte, les anciens et conseillers de Senzangakona expliquent au prince la gravité de la situation qui se présente. Il a beau montrer tous les signes d’un homme éperdument épris et amoureux, il est hors de question qu’il pense à la prendre comme troisième épouse ! Même si les deux premières épouses ne lui ont pas encore donné d’enfants, l’enfant qui se trouve à présent dans le sein de Nandi n’est rien d’autre qu’un batard, car conçu en dehors des liens du mariage. Pour un prince, épouser une femme enceinte est non seulement  inadmissible mais il s’agit d’une infraction grave des coutumes zulus. Obligé de se soumettre aux traditions de sa tribu, et encouragé par la nouvelle de la grossesse de l’une de ses femmes au même moment , Senzangakona coupe tout lien avec Nandi, l’abandonnant ainsi seule face à sa grossesse. Dans la tribu des Elengani, elle devient un sujet de vergogne et de mépris.

C’est une prêtresse qui  recueillera Nandi et lui fera comprendre que sa grossesse n’a rien d’une calamité, mais que l’enfant qu’elle porte est celui d’une grande prophétie annoncée depuis les temps anciens. 

Une prophétie selon laquelle un grand chef naîtra de la tribu des Zulus et révolutionnera toute la partie sud du continent africain…La prêtresse lui fera comprendre que l’orgueil qui lui est reprochée est finalement légitime car elle deviendra une grande reine, et le fils qu’elle porte, un grand roi. Nandi s’accrochera à ces paroles  prophétiques dès cet instant et pour le restant de sa vie.
Senzangakona, fatigué des rumeurs circulant à son égard au sujet d’un fils illégitime et d’une femme abandonnée, change finalement d’avis et décide d’épouser Nandi . Il décide de l’accueillir, elle et son fils Chaka dans son kraal.  Nandi accepte d’épouser le chef et de devenir sa troisième épouse, mais chose encore jamais faite auparavant , lors des cérémonies du mariage , c’est la future épouse elle-même qui négocie devant l’époux le montant de la dote et le prix du rachat de l’enfant illégitime. Toute la tribu zulu est surprise de constater l’audace et le courage de celle qui savait déjà qui elle était et qui était son fils. Senzangakona, quelque part humilié devant tout son clan par cette femme effrontée et sûre d’elle, celle qu’il avait séduite quelques mois avant à la rivière, cèdera en tenant fièrement l’enfant dans ses bras.
La place de Nandi en tant que troisième épouse du chef ne lui sera pas de tout repos. Elle enfantera un deuxième enfant, une fille. Mais Senzangakona n’aura jamais oublié l’humiliation que lui avait causé Nandi lors de la cérémonie nuptiale. Il manifestera ce ressentiment par des actes d’humiliation envers Nandi et devant toute la tribu à chaque grandes cérémonies, au grand plaisir des autres épouses qui la haïssent. Il humilie Nandi notamment lors de la cérémonie du mariage de sa quatrième épouse où il lui demandera de l’eau lui obligeant à porter la calebasse à ses lèvres. Quand elle obéïra, il la poussera au loin et la fera tomber à terre. Chaka, son fils, qui n’a que 6 ans à peine, ne supportera pas cette scène, il affrontera son père en le menaçant de le tuer s’il ose encore s’en prendre à sa mère. Senzangakona qui dit de Chaka qu’il est aussi orgueilleux que sa mère n’aura pas d’affection particulière pour l’enfant.

Nandi décidera finalement de fuir avec les enfants et de retourner dans sa tribu, ches les Elengani. Mais l’accueil n’a rien de chaleureux, le chef de la tribu se sent forcé de reprendre cette jeune femme qui jadis avait été un sujet de honte et qui désormais  quittait son époux, avec deux enfants et sa mère. Le scénario des insultes, des coups bas, des railleries qu’ils auront connu dans la cour zulu reprendra de plus belle. Nandi est traitée au même titre qu’une simple traînée, une femme dont l’orgueil fait finalement d’elle la risée de tout le clan. Chaka quant à lui ne démeure pas moin qu’un enfant né hors mariage et rejeté par les autres adolescents du clan. Mais il gardera ce côté protecteur vis-à-vis de sa mère et n’hésitera pas à frapper violemment quiconque s’en prend à elle . Un jour Chaka se fait frapper à mort par les jeunes de la tribu, et pour Nandi, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Elle décide une fois encore, de prendre ses enfants et sa mère et de s’en aller. Le voyage sera long et pénible et sa mère, déjà agée, mourra pendant le chemin. Nandi abatue mais pas découragée, l’enterrera elle-même et poursuivra le chemin avec ses deux enfants.

Nandi et ses enfants seront recueillis par Dingiswayo, chef de la tribu des Mthetwa, qui autrefois avait voulu épouser Nandi. L’amour qu’il avait eu pour Nandi ne s’était pas éteint ; sans hésitation, il ouvrira ses bras à cette femme aux traits fanés, au visage épuisé par  le voyage, accompagnée de deux jeunes gens aux yeux et aux lèvres trahissant la faim et la soif. Nandi l’orgueilleuse et la prétentieuse s’était encore une fois rabaissée pour l’honneur de ses enfants. Dingiswayo prendra soin de Nandi et de ses enfants comme s’ils étaient les siens. Il lui redonnera sa beauté et pour une fois depuis longtemps, Nandi se sentira à l’aise quelque part. Dingiswayo finira par remarquer le caractère courageux et les capacités guerrières remarquables de Chaka. Il entraînera le jeune homme  dans son armée  jusuq’à ce que la renommée de Chaka se fasse entendre partout. Cette renommée arrivera jusqu’aux oreilles de son  père, Senzangakona qui soudainement se demandera pourquoi un étranger devait bénéficier du courage et des capacités de guerrier de son propre fils. Il décidera alors d’aller lui-même récupérer son fils chez Dingiswayo, et uniquement son fils, refusant de récupérer sa mère.

Chaka acceptera le retour , mais en ayant en tête une idée stratégique : en apprendre un maximum sur le fonctionnement de l’armée zulu. Après l’avoir intégréet montré ce dont il était capable, son père lui enconfiera la direction.  Chaka refusera d’accepter, mais dira au roi qu’à cause de la souffrance et de l’humiliation qu’il avait fait endurer  à sa mère, il reviendrait se faire lui-même chef de l’armée et aussi chef des Zulus en arrachant le trône de force. Il s’en ira et laissera un père plein d’étonnement face à l’insolence d’un fils qui lui annonçait carrément un imminent coup d’état dans le but venger sa mère.

Lorsque Chaka apprendra la mort de son père et l’intronisation de son frère, il créera sa propre armée et, suite à une bataille extraordinaire avec l’armée des Zulu, tuera son frère et se fera couronner roi des Zulus. Toute la tribu zulu fléchira devant ce nouveau roi téméraire et puissant, et avec elle, les épouses haineuses de son défunt père, celles mêmes qui avaient autrefois mené la vie dure à sa mère. Il décidera de donner le titre de Reine Mère à Nandi, devant qui toute la tribu Zulu se prosternera.

On retiendra donc de Nandi l’image d’une femme sûre d’elle, déterminée et courageuse. On aime à dire que derrière chaque homme fort se cache une femme forte, et en effet derrière le grand et célèbre Chaka Zulu, se cachaiait sa mère, la reine Nandi. Chaka avait appris de sa mère le respect dû à la femme, et en devenant roi, il établira un régiment composé strictement de femmes qui souvent se battaient dans les premiers rangs de son armée. Cette femme avait réussi à élever son fils en vainqueur, lui instaurant la fierté de lui-même et lui rappelant sans arrêt les paroles de la prophétie. Ces mêmes paroles, Nandi se les répétaient jour et nuit et se rassurait en disant « Mon fils sera un grand roi. »

Aujourd’hui , en Afrique du Sud, lorsqu’on parle de Nandi, on fait référence à une  « femme de haute estime ».

Natou Pedro-Sakombi

YAYA KIMPA VITA-L’instrument de guerre des Kongo

En 1704, une jeune femme répondant au nom de Nsimba Margueritte Béatrice, alors âgée de 20 ans, prit le nom de KIMPA VITA, ce  qui signifie « instrument de guerre ». Après avoir reçu une révélation de Nzambia Mpungu tu Lendo (Dieu) sur son identité spirituelle réelle, une certaine Mama MAFUTA FUMARIA assurera son coaching initiatique. Elle devint alors une grande initiée aux mystères de la création de la vie et de la mort. Rapidement, elle se fait surnommer la Jeanne d’Arc en Afrique,  et sa mission était de libérer la race noire de l’oppression coloniale, en l’occurrence portugaise.

Kimpa Vita est originaire du Mont Kibangu, situé en plein Royaume Kongo, une région où coulent 5 rivières. Selon la tradition Kongo, tout lieu où coule une rivière  est un endroit sacré, car il constitue la frontière  entre le monde réel et le monde invisible. Kimpa Vita est ce qu’on appelle une NGANGA MARINDA, c’est à dire une prêtresse traditionnelle ou initiée de la société secrète “KIMPASI”. Elle y avait été initiée très jeune par Mama Mafuta Fumaria, une prophétesse de Mbanza Kongo, mais avait décidé de se retirer de la société, dont la mission était de délivrer  les gens des forces du mal  à travers des cérémonies  d’exorcisme appelées  “MBUMBA KINDONGA”. Pour les missionnaires occidentaux,  la société  KIMPASI pratiquait la sorcellerie, et la plupart de leurs temples  qui se trouvaient dans la foret avaient été détruits par les capucins. Et inversement, pour les membres de la société KIMPASI, les prêtres capucins étaient des sorciers.

KIMPA VITA,  annonça  à sa famille que Dieu lui avait donné la mission de prêcher la vraie religion des NE-KONGO. Elle avait pour habitude d’effectuer des retraites spirituelles ou « Manenga » dans la nature, et commença à prêcher sur le mont Kibangu, la montagne sacrée. Puis, elle  avait repérée une grotte à l’intérieure de laquelle ses fidèles et elle se réunissaient pour élever leurs prières. Cet endroit s’appelait « Ngum » et c’est là qu’elle reçut la révélation du nom de la religion ancestrale africaine : « Ngum-Nza », qui veut dire « Esprit de Mpungu tu Lendo ». Ce dernier se répand sur toute chair et fait de chaque homme ou femme serviteur ou servante de Mpungu tu Lendo. Pendant, les moments de prières, des énergies très puissantes descendaient sur l’assistante. L’Esprit de Mpungu tu Lendo se manifestait par des voix audibles, des prophéties et des dons spirituels.  

La prophétesse osa un jour se présenter en personne au palais du  ROI PEDRO IV pour lui demander de se joindre à elle  afin de prier le « vrai Jésus » et restaurer le royaume alors saccagé par la guerre. Un prêtre portugais, le PÈRE  BERNARDO DA GALLO, qui témoigna de cette visite de Kimpa Vita au palais, raconta qu’au passage de la jeune femme, des arbres tordus ou à terre se sont redressés et que les portes du palais se sont ouvertes elles-mêmes, comme repoussées par des mains invisibles. Kimpa Vita leur disait:

« Nous aussi nous avons des saints au Kongo. Les Blancs ont blanchi Dieu  pour  leur profit mais un nouveau royaume va naître et il faudra  reconstruire la ville, relever les maisons. »

Bientôt, on se presse de ramasser les miettes qui tombent de sa main, de lécher les gouttes d’eau qu’elle fait tomber en buvant dans sa calebasse. Et d’un simple toucher, la jeune femme rend fécondes les femmes stériles!

Selon KIMPA VITA,  le Kongo est la TERRE SAINTE, les pères de l’Eglise sont en réalité des Africains. Selon elle, l’histoire de l’église est une histoire africaine, une histoire Kongo.  JÉSUS CHRIST  est né à  MBANZA KONGO, et quand le catéchisme parle  de  BETHLÉEM , c’est en fait de Mbanza Kongo dont il est question. Il est dit que Jésus avait été baptisé à Nazareth, mais en réalité Jésus avait été baptisé au Nord de la province de NSundi. Et Marie était encore une esclave de  NZIMBA MPANGUI quand elle a enfanté le divin enfant Jésus Christ.

KIMPA VITA était toujours entourée d’une grande foule. Le PÈRE BERNARDO DA GALLO avait fini par compter et reconnaître plus de 80 milles conversions par elle. Même DONA MARIA  HIPOLITA, l’épouse du roi  PEDRO IV, s’était aussi ralliée à la nouvelle religion du BUNDU DIA MAMA KIMPA VITA, qui était décidée à restaurer le Royaume Kongo et son message était un cri qu’elle appelait « M’LOLO » pour le rassemblement et pour la renaissance  du  royaume. Selon elle, l’homme blanc était originaire d’une pierre en argile appelée « FUMA » en kikongo, et les hommes noirs sont originaires  d’un arbre  appelé « MUNSANDA ». L’arbre et la foret sont des symboles du monde invisible, et les esprits des ancêtres vivent dans des lacs et les océans, on les appelle des « NSIMBI». L’écorce de l’ARBRE MUNSANDA était la matière avec laquelle  on avait enveloppé Jésus à sa naissance et toute personne  qui sera habillée de cette écorce  recevra la bénédiction de Nzambi a Mpungu. D’ailleurs, tous les adeptes de Kimpa Vita furent vêtus  d’habits faits de l’écorce du munsanda. Toujours selon Kimpa Vita, l’arbre connu sous le nom de « TAKULA », dont l’écorce produit une sève rouge, est le sang de Jésus, qui pouvait transformer la vie.

La renommée de Kimpa Vita était devenue une  menace considérable  qui risquait de conduire à la chute de l’Eglise, à la défaite de la théologie chrétienne  et donc à la perte de contrôle du royaume par les missionnaires. Il fallait donc trouver une astuce pour éliminer la jeune prophétesse. Pour la jeune femme, les capucins étaient des sorciers. Elle les surnommait « NDOKIS » ou « NKADI A MPEMBE ».

Le conseil royal sous la présidence  de  DOM BERNARDO , LE VUZI A NKANU (LE GRAND JUGE), assisté du SECRÉTAIRE  ROYAL MIGUEL DE CASTRO  prononcera la sentence de mort  contre KIMPA VITA pour hérésie , crime de nature religieuse et mensonges, après un procès  monté de toute pièce par les capucins. Elle  fut conduite sur un grand bûcher et fut exécutée  le 2 juillet  1706.

Mais un autre miracle se produisit: à l’endroit où elle fut brûlée, on vit apparaître une grande étoile. En outre, des rumeurs circulaient  et annonçaientt que Kimpa Vita devait se réincarner  quelque part  au  KONGO. Et d’ailleurs, quelques jours après son exécution, quelqu’un  avait dit  l’ avoir  aperçue dans la région du  Mbanza Kongo.

La véritable histoire de Kimpa Vita est connue de source orale grâce aux églises qui sont nées des siecles après sa mort dont celle de SIMON KIBANGU, DIANGUENDA KUNTIMA, SIMON MPADI, SIMAO TOKAIO, toutes revendiquant la restauration  du Royaume Kongo

L’influence de YAYA KIMPA VITA  continua à se répandre après sa mort. En effet, beaucoup des prisonniers du Royaume Kongo, qui étaient vendus comme esclaves, étaient des partisans du BUNDU DIA MAMA KIMPA VITA. Ces esclaves étaient exportés à partir du port de Kabinda ou de Soyo, où les bateaux des Anglais et des Hollandais, qui dominaient  la traite, venaient « s’approvisionner en esclaves ». Pour ces esclaves du Kongo, ces voyages en bateaux relevaient du mystère, parce que selon la cosmogonie Kongo, l’eau est le lieu ou vivent les ancêtres et les morts. Ces Kongos pensaient donc  être transportés  dans l’univers des morts  par les Blancs, et la couleur blanche était d’ailleurs la couleur de la mort.

Selon le témoignage du père  LORENZO  DA LUCCA  qui avait voyagé dans le navire « Nossa Senora Do Cabo »  qui transporta des esclaves à SALVADOR (province de BAHIA au BRESIL)  le 10 aout 1709 , beaucoup d’esclaves  portaient des médailles antoniens (Notez que LES  PREMIERS ESCLAVES A ARRIVER AU BRESIL ÉTAIENT KONGOS). Des Kongos vendus comme esclaves furent aussi conduits  au SURINAM, en JAMAÏQUE , aux BARBADES, à ANTIGUA et en VIRGINIE (USA) à PORT YORK. On sait aussi que les Kongos ont travaillé dans des plantations de café en HAITI , EN CAROLINE DU SUD (USA) et plus tard à LA NOUVELLE ORLEANS (LOUISIANE-USA) où ils avaient apporté avec eux leurs cultures et leur religion, c’est à dire celle de KIMPA VITA,  pour la grande majorité d’entre eux.

Par Natou Pedro-Sakombi

Avec l’aide précieuse des recherches et de l’article sur Mama Kimpa Vita de ARSENE FRANCOEUR NGANGA, MFUMU KI KUIMBA etde Bassissa Jean De-Dieu Saturnin

Betty Shabazz, Madame Malcolm X

Plus guerrière que féministe, le Dr. Betty Shabazz peut être qualifiée de visionnaire, de leader. Principalement connue comme étant la femme du nationaliste noir El-Hajj Malik El-Shabazz,  ou Malcolm X, sa hauteur se fit surtout révéler après le décès de ce dernier. Professeur et Avocate spécialisée en droits civils, Betty se forgera rapidement une réputation de femme au courage exceptionnel, qui fit contre mauvaise fortune bon coeur en élevant dignement ses ses six filles et en se faisant une place dans la société. 

Sa persévérance la place certainement, aujourd’hui encore, parmi les femmes afros les plus respectées de l’histoire, parmi les Reines et Héroïnes d’Afrique. Voici son histoire, avant, pendant et après Malcolm.

Enfance et jeunesse de Betty

Nous sommes aux Etats-Unis, le 28 mai 1934. Ollie Mae Sanders et Shelman Sandlin donnent naissance à une petite fille qu’ils prénomment Betty. Le couple n’est pas marié, lui n’a que 21 ans, et elle, qui ne connait pas son âge, n’est qu’une adolescente à peine sortie de la puberté. Selon elle-même, Betty serait née à Détroit, dans le Michigan. Toutefois, selon les documents d’archives du collège qu’elle a fréquenté, elle serait née à Pinehurst, en Géorgie. Suite à de mauvais traitements qu’elle aurait subie, Betty sera confiée à un couple de businessmen afro-américains, Lorenzo et Helen Malloy. Le couple pourtant bien ancré dans l’activisme noir, n’évoquera jamais le racisme vécu par les Noirs avec Betty. Le racisme est un sujet tabou, on croit qu’éviter le sujet entrainera tôt ou tard sa disparition. Néanmoins, ce qu’elle apprendra des Malloy, c’est qu’il faut en aucun cas avoir honte de sa couleur et qu’il faut se battre pour se faire une place dans la société en tant qu’afro-américain.

Après le lycée, Betty quitte le domicile des Malloy pour l’Université de Tuskegee (Tuskegee Institute à l’époque), un établissement réservé aux Noirs en Alabama, où elle poursuit des études pour devenir enseignante. A cet époque, Betty ne sait absolument rien du racisme auquel les Noirs du sud doivent faire face au quotidien. Ses week-end, Betty les passe  à Montgomery, la ville la plus proche, et c’est là qu’elle découvre les dégats de la ségrégation raciale.

Dans les librairies universitaires, les étudiants noirs doivent attendre que les étudiants blancs se fassent servir avant de pouvoir acheter leurs bouquins, et encore, rien ne garantit qu’il reste assez d’ouvrages pour eux. Quand Betty rentre chez les Malloys pendant les vacances et qu’elle leur expose les faits, ces derniers refusent catégoriquement d’en parler. C’est donc dans toute cette frustration que Betty décidera de changer carrément d’orientation et de viser des études d’infirmière à New-York. Mais même là, elle se verra confrontée à toutes sortes d’actes racistes à la Montefiore Hospital où elle travaille comme stagiaire. En effet, les étudiantes noires ont droit aux tâches les plus humiliantes, voire pas du tout instructives alors que les étudiants blancs se voient octroyer les tâches les plus édifiantes.

La Nation de l’Islam – Le frère Malcolm

Une dame plus âgée que Betty et qui suit les mêmes études qu’elle lui propose de l’accompagner un vendredi soir au temple de la Nation of Islam à Harlem, où un dîner annuel est donné. Elle hésite, mais finit par accepter, et Betty se souviendra longtemps de ce fameux dîner qu’elle trouvera succulent. Après le dîner, une dame du temmple l’invite à rejoindre la Nation of Islam, mais Betty refuse poliment. La dame insiste tellement que  Betty accepte en se disant qu’elle goûterait volontiers à ces mets délicieux une nouvelle fois.

C’est à cette deuxième réunion de la Nation of Islam que Betty croisera le regard de Malcolm X pour la première fois. Plus tard, elle racontera que le regard de celui qui deviendra son mari et le père de ses enfants l’avait complètement tétanisée. Elle était tellement impressionnée par son élégance et son éloquence qu’elle perdait tout contrôle en sa présence.

Après avoir assisté à plusieurs réunions de la Nation of Islam, Betty finira par rencontrer et parler à Malcolm X personnellement. Grâce à ses discours, il avait radicalement changé sa vision de la société et de la spiritualité. Betty et Malcolm échangeront souvent sur leurs expériences respectives du racisme et sur cette anxiété qui naissait en elle et qu’elle ne comprenait pas. Malcolm lui fera comprendre qu’il s’agit d’un sentiment tout à fait légitime et normal, et qu’on pouvait s’en servir pour faire changer les choses.

Betty fréquentera désormais le Temple Numéro 7  de la Nation of Islam à Harlem, où Malcolm donne régulièrement des séminaires. Après les réunions, Malcolm répondra avec plaisir à toutes ses questions et ensemble, ils auront de longues discussions tardives sur le sort réservé au peuple noir. En 1957, Betty décide de se convertir à l’Islam. Et comme la plupart des membres de la Nation of Islam, elle changera son nom en  « X », lettre qui représente le nom de ses ancêtres qu’elle devraient normalement porter mais qu’elle ne connait pas.

En 1958, Malcolm la demande en mariage et elle accepte. Ils se marient le 14 janvier à Lansing, dans le Michigan, elle porte désormais le même titre religieux que son mari, et devient Betty Shabazz. Ce même jour, heureuse coïncidence, Betty obtient son diplôme d’infirmière.

Le couple aura six enfants: Attallah, prénom donné d’après Attila le Roi des Huns, Qubilah, d’après Kubla Khan, Ilyasah d’après Elijah Muhammad, Gamilah Lumumba, d’après Patrice Lumumba, et des jumelles, Malikah et Malaak, d’après leur père Malcolm, car nées après l’assassinat de leur père.

En 1963, suite à une déclaration qu’il fera contre l’assassinat du Président Kennedy devant les médias, Malcolm est sanctionné par la Nation of Islam qui lui interdit toute prise de parole pendant 90 jours et perd de ce fait son rôle de Porte Parole National de la Nation of Islam. En 1964, il quitte l’organisation et Betty et lui deviennent des Musulmans sunnites.

L’assassinat de Malcolm

Le 21 février 1965, Malcolm doit tenir une réunion sur le thème de l’Unité Afro Américaine dans la salle de balle Manhattan Audubon.  Betty s’y trouve, ses 4 filles et elle sont assises au premier rang.

Pendant la prise de parole de Malcom, une dispute se fait soudainement entendre dans la salle.  Malcolm et ses gardes du corps s’apprêtent à intervenir mais un homme armé se précipite à l’avant de la salle, s’approche du pupitre et tire sur la poitrine de Malcolm. Deux autres hommes armés tirent également et Malcolm s’écroule, victime de 16 balles fatales!

Dès que Betty entend les coups de feu, elle couche ses quattre fillettes au sol et les pousse en dessous des chaises. Quand  les coups s’arrêtent, elle a à peine le temps de relever la tête qu’elle aperçoit son époux à terre, le costume ensanglanté. Elle court rapidement vers le podium et essaie de le réanimer machinalement selon ce qu’elle avait appris de ses cours de secourisme. Les officiers de police et les associés de Malcolm débarquent et entourent le corps inerte, repoussant l’épouse qui comprend qu’une simple tentative de réanimation ne sauvera en rien son époux. Il sera ramené à la Columbia Presbyterian Hospital où sa mort sera prononcée. Les trois coupables aperçus par des témoins auraient été arrêtés et emprisonnés. Tous trois feraient partis de la Nation of Islam.

Cette épreuve qu’elle croit d’abord insurmontable entraîne chez la veuve de Malcolm des troubles d’ordre pyschologiques pendant deux semaines entières. Elle souffre de paranoïa, d’insomnie et de cauchemars. De plus, Betty est enceinte des jumelles de Malcolm et l’idée qu’elles ne connatront jamais leur père la pousse dans un désespoir insupportable. Elle n’a aucune idée de la façon dont elle va élever ses 6 filles, elle est complètement désemparée.

La suite ne sera pas simple. Ses enfants lui donneront le courage de continuer à vivre et à lutter. La publication de l’autobiographiede Malcolm lui sera finalement d’une aide précieuse puisqu’elle en touchera une partie des royalties.

L’activiste Ruby Dee et Juanita Poitier (épouse de Sidney Poitier) fonderont The Committee of Concerned Mothers, une association permettant de récolter des fonds pour acheter une maison et assurer les frais scolaires de la famille Shabazz. Une maison dans le Mount Vernon leur sera offerte.

En mars 1965, Betty décide de faire un pèlerinage à la Mecque tel que son mari l’avait fait un an plus tôt. Elle en reviendra forte et proclamera que le fait de prier pour toutes ces personnes qui lui sont venu en aide lui aura fait un bien fou et lui aura permis de détourner son esprit de ceux qui veulent du mal à elle et à sa famille.

Certes, élever seule ses 6 filles a complètement épuisé Betty, mais lorsqu’elles sont devenues indépendantes, elle ne s’est pas arrêté pour autant. La combattante Madame X passera par les titres de Représentante des parents d’élèves à présidente de la Westchester Day Care Council, ou oratrice de plusieurs meetings et séminaires dans des collèges et universités, partageant toujours la philosophie du nationalisme noire de Malclom X et aussi son expérience en tant que femme seule au foyer.

Chose étonnante, cette femme extraordinaire décide même de reprendre des études fin 1969 et s’inscrit au Jersey City State College. Son rêve de devenir enseignante ne s’était jamais éteint, elle obtiendra un master degree en administration des soins de santé. En 1972, elle poursuit ses études et entre à la Massachussetts Amherst University. Pendant trois ans, elle apprendra, étudiera et se battra pour obtenir des diplômes. En juillet 1975, elle défend sa thèse et obtient son doctorat.

En Janvier 1976, Betty devient professeur des Sciences de la Santé au Collège Medgar Evers à New-York. Ses étudiants sont noirs à 90%, leur âge moyen est de 26 ans; 75% sont des femmes, et les 2/3 sont des mères de famille. Et bien évidemment, Betty était au courant de ces statistiques lorsqu’elle a décidé d’y enseigner.

En 1980, Betty devient Directrice d’un des département du collège destiné à l’avancement institutionnel et en 1984, elle devient Directrice à l’ Institutional Advancement and Public Affairs, et la même année elle dirige la convention de la National Council of Negro Women.

Toute ma force me vient de Malcolm. Toute la tolérance et l’amour que j’ai pour mon peuple me viennent de Malcolm. Comment pensez-vous que j’ai réussi à élever seule 6 enfants, aider ceux qui étaient dans le besoin alors que je n’avais rien et décrocher  tous ces diplômes? C’est parce que j’ai hérité de ce sens des responsabilités et de cette sagesse de Malcolm.

 

Vers les années 90, elle se montrera très active dans la National Urban League. Et lorsque Winnie et Nelson Mandela visitent Harlem en 1990, Betty demandera à rencontrer Winnie et les deux femmes partageront des moments inoubliables.

Betty  s’impliquera dans des associations avec Myrlie Evers-Williams, la veuve de Medgar Evers et avec Coretta Scott King, veuve de Martin Luther King, Jr.. Toutes les trois ont un point commun: elles ont  vecu l’expérience douloureuse de perdre leur mari activiste à un jeune âge.

Betty vivra longtemps avec un énorme ressentiment pour la Nation of Islam, et surtout pour Louis Farrakhan, son représentant, qu’elle soupçonnera d’être directement impliqué dans l’assassinat de son mari.

En janvier 1995, l’une de ses filles, Qubilah, tentera d’assassiner Farrakhan et sera accusée de tentative de meurtre. La famille Shabazz sera cependant surprise de la réaction de Farrakhan, qui non seulement dira tout haut qu’il espère que Qubilah ne soit pas condamnée, mais récoltera des fonds pour soutenir le procès en faveur de Qubilah. Cette dernière s’en sortira avec des obligations d’un suivi psychologique de deux ans, mais ne sera pas condamnée à purger une peine de prison. C’est après ce comportement inattendu, que Betty renouera des liens avec la Nation of Islam et avec Farrakhan: « Il faut aider la famille du frère Malcolm, a dit le Ministre Louis Farrakhan. Et j’ai aimé l’entendre dire cela, car j’espère qu’il continuera à considérer Malcolm comme son frère. »

Son petit-fils, le fils de Qubilah, prénommé Malcolm en souvenir de son grand père, sera confiée à Betty durant toute la durée de son traitement. Mais en juin 1997, le petit Malcolm mettra involontairement le feu à la maison de sa grand-mère. Betty est sévèrement brûlée des suites de cette incendie  et passe trois semaines aux soins intensifs du Jacobi Medical Center. Helas, elle succombe de ses brulures le 23 juin 1997 et est enterrée au cimetière de Ferndiff, au côté de son époux Malcolm X.

Archive vidéo (anglais)

Betty Shabazz & Minister Farrakhan: A New Beginning

(voir à partir de 1:57′)

Le respect que peut nous inspirer Madame Malcolm X provient certainement du fait que cette femme au courage indéniable ne s’est jamais permise de baisser les bras. S’il y a de celles qui sont nées pour lutter, pour servir d’exemple et pour marquer l’histoire, Betty Shabazz était sans nul doute de celles-là: une reine et héroïne d’Afrique.

Natou Pedro-Sakombi